La République Fromagère Dans Ses Appartements

Les « principes » de la République Fromagère ou R.F. sont immuables et ne souffrent pas d’exception depuis au moins 60 ans. Rappelons que la R.F. est l’exploitation du peuple (les « moujiks ») par une caste réduite (Les « Hifis »), toute la vie publique étant orientée non vers le bien commun mais vers l’enrichissement personnel des Hifis.

Les économistes depuis longtemps désignent généralement l’opération par d’autres noms comme « socialisme » ou « constructivisme » ou « dirigisme. »
Le terme de R.F. est plus pertinent car il désigne le cœur du phénomène, le moteur infernal qui commande tout son fonctionnement intime.

La R.F. s’observe certes partout dans le monde, mais à un degré maximum en France ; au risque de ridiculiser une fois de plus l’exception française, les journalistes ont bien été obligés de révéler que la France est un des seuls pays où les ministres sont logés par les contribuables-moujiks.

Ces principes de la République Fromagère que j’ai défini dans plusieurs livres sont nombreux et s’enchevêtrent entre eux, l’un conduisant à l’autre. Nous allons en voir quelques-uns seulement, tels qu’ils s’appliquent en particulier au logement des ministres et de bien d’autres Hifis.

« Pas vu, pas pris » est un principe clé. Si le canard enchaîné, malgré son idéologie gauchiste, n’avait pas joué correctement son rôle d’observatoire national des écuries d’Augias, personne n’aurait rien su et Raffarin n’aurait pas sorti, rouge de confusion, une circulaire réglementant la matière, sans d’ailleurs rien changer de fondamental : tout aurait continué comme devant.

« Les Hihis disposent de la richesse suprême, qui est celle de pouvoir mépriser et ignorer l’argent. » Ce principe vient d’être illustré benoîtement par plusieurs Hifis de haut niveau dans leurs déclarations multiples autour de l’affaire.

Autre principe : « L’enrichissement personnel est fait principalement d’argent informel et d’avantages souvent masqués. »

L’avantage annuel représenté par l’usage du fameux et fastueux appartement en discussion peut être évalué à 600 000 euros.

Cette faculté de dépenser sans limite est bien de la richesse, même si, dans le cadre du « pas vu, pas pris », l’avantage devait rester invisible sauf bien sûr pour les camarades-hifis qui devaient être conviés à y faire la fête. Il s’ajoute une immense capacité d’épargne : d’autres journaux poursuivant l’enquête ont révélé la fortune immobilière considérable qu’un Hifi peut accumuler en quelques années, alors qu’un chef d’entreprise lambda travaillant à rendre service sur un marché peut mettre trente ans, sauf exception, à bâtir une honnête fortune. Cela nous montre au moins que ces gens ont le talent de gérer leur fortune ce qui est une qualité, faute d’avoir celle de gouverner et surtout de libérer la France.

Voici le principe des centimes qui s’écrit ainsi : « Un centime pris sur cent centimes, cela peut se voir encore ; sur des milliards de milliards, il devient invisible. »

Qu’importent par exemple 2 millions de frais de bouche annuels dans l’océan de gaspillages d’une gigantesque mairie ?

Ce principe pousse sans cesse à l’aggravation des dépenses publiques, à la floraison des organismes, à l’opacité des comptes, une foule de Hifis de divers grades étant embusqués au bord de la rivière argentée. Il explique aussi la folie des grandes unités ; un « petit » maire a du mal à ruiner ses concitoyens pour s’enrichir ; à Bruxelles les hifis-eurocrates naviguent sans contrôle véritable sur la rivière argentée et n’ont aucun mal à s’enrichir dans le « pas vu, pas pris. »

Aux USA, quand un ministre part, il disparaît dans le privé pour gagner honnêtement sa vie.

Ici : « Le droit au reclassement indéfini fait partie de la richesse incroyable des Hifis. »

L’avant dernier ministre des finances étant parti, il a récupéré « son » siège de député, après une négociation serrée avec la suppléante ; celle-ci a obtenu de haute lutte une « compensation » selon le langage sans nuances du milieu, à savoir la dignité de « P.Q. » (sic), ce qui veut dire Personnalités Qualifiées, ceci pour entrer au paradis sans limite du conseil économique et social.

La liste des principes observables dans cette affaire est sans fin. Le principe de la solidarité des Hifis s’énonce comme suit : «  La solidarité des Hifis entre eux dépasse tous les clivages politiques, l’essentiel de toute action étant toujours le développement et le partage du butin étatique. »

Chacun a remarqué, en effet, que la prétendue opposition a su doser la critique dans une discrétion saluée pour son élégance : quand on connaît les pratiques de cette prétendue opposition alors qu’elle détenait seule les clés du coffre et les espoirs qu’elle a de les récupérer, la discrétion s’imposait au nom de ce principe.

«  L’enrichissement personnel des Hifis se réalise tout à fait légalement, la loi, toute loi ayant pour objectif l’enrichissement personnel des fabricants de la loi. » Ce principe est extrêmement fort. Le Premier des ministres a dit avec raison que dans cette affaire tout était légal et il faut en donner acte tout en saluant bien bas les artistes. Le déluge de lois et de règlements, lui-même à la source de l’effet de ruine général, offre en outre une justification apparente à l’enrichissement : on nous a dit sans rire qu’un ministre pouvait travailler 150 heures par semaine (!), ce qui expliquait qu’il n’ait pas le temps de connaître le prix des choses et qu’il puisse le mépriser au nom du principe déjà cité.

Terminons par le plus pernicieux  : le principe d’auto destruction : « La boulimie étatique, fruit de l’avidité des Hifis, conduit inévitablement aux contradictions et aux batailles internes, l’action étatique apparemment utile disparaissant dans une autodestruction permanente. »

Les déboires du dernier en date des ministres des finances nous rappelle aujourd’hui que son épouse avait fait valoir ses droits, elle aussi, à une « compensation » de la part des contribuables moujiks ; elle avait donc été nommée en 2003 Ambassadrice déléguée aux investissements internationaux et Présidente d’une Agence correspondante, toutes fonctions créées tout exprès pour elle.

Or si les étrangers n’investissent pas suffisamment en France, c’est uniquement à cause de l’action destructrice des pouvoirs publics et si le socialisme était démantelé comme ce pouvoir avait la possibilité et le devoir de le faire il n’y aurait aucun problème, mais hélas aussi il n’y aurait plus d’Agence !

Dans le cas très particulier et épisodique du récent vaudeville, ce dernier principe est fort drôle car il aurait pu, si la situation avait perduré, conduire à des batailles de polochons et il n’y aurait pas eu pour les mener à bien les espaces immenses qu’un collaborateur bien trop zélé pour être attentif avait prévu !

MICHEL DE PONCINS

 

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