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Euro-zonards La masse monétaire M3 de la zone euro augmente de 6,5 % (en janvier 2005 sur un an) alors que la croissance du PIB réel est presque nulle (0,2 % au 4° trimestre 2004), et même négative en Allemagne et en Italie. Le ratio M3 / PIB qui était normal jusqu'en 1998 (de l'ordre de 75 %) atteint maintenant 86 %. L'inflation renaît donc et elle est déjà incontrôlable. Cette situation est grave.La cause en est la suivante : l'agrégat M1 (l'argent qui se trouve dans les poches des Euro-zonards et sur leurs comptes courants) augmente de 8 à 10 % et atteint 38 % du PIB alors qu'il est stable aux Etats-Unis à 12 % du PIB, ce qui signifie que les Euro-zonards utilisent de l'argent non gagné. Qu'en est-il ? C'est d'abord de l'argent distribué par l'Etat dans le cadre d'une politique keynésienne de relance par la consommation (et par l'augmentation des dépenses publiques) financée par des impôts (qui pénalisent la production, ce qui est récessif) et par des déficits budgétaires c'est à dire de l'argent non gagné (c'est inflationniste). Une telle politique ne fait donc qu'aggraver le mal en bloquant la croissance et en créant de l'inflation. Il aurait fallu faire le contraire : augmenter le pouvoir d'achat de ceux qui produisent (c'est l'économie de l'offre) et baisser les impôts (c'est la loi de Laffer) comme le fait le gouvernement Bush. C'est ensuite de l'argent non gagné créé dans les entreprises par des dysfonctionnements comptables, ce qui s'est déjà produit aux Etats-Unis à la fin des années 90 (c'était l'une des causes profondes de la bulle boursière de 2000 et de la récession de 2001-2002 qui s'en est suivie). Les problèmes les plus importants concernent en particulier la comptabilisation des ventes, des provisions et des survaleurs. Les ventes Les comptables européens enregistrent des ventes qui ne sont pas certaines, c'est à dire qui ne seront pas payées finalement par des clients (elles restent inscrites en dettes ou en provisions). Ainsi, des auditeurs américains ont révisé à la baisse (parfois jusqu'à 30 %) le chiffre d'affaires de sociétés européennes opérant aux Etats-Unis. Avec un taux de marge nette de 5 %, une révision à la baisse du chiffre d'affaires de 10 % fait apparaître des pertes réelles de 5 %. Les salariés (et les fournisseurs) sont alors payés avec de l'argent qui n'existe pas : de l'argent non gagné (ils ont travaillé, mais le produit de leur travail n'est pas payé !). Beaucoup d'entreprises européennes sont dans une telle situation, des petites comme des grandes (Parmalat, des entreprises du BTP en Allemagne, etc). Les provisions Les entreprises européennes qui constatent des risques sur certaines opérations ne les comptabilisent pas en charges (ce qui diminuerait le résultat net) mais en provisions au passif. Ainsi par exemple, EADS enregistre 5 milliards d'euros de provisions alors que ce sont des pertes prévisibles (Boeing incorpore toujours de tels risques en charges ce qui diminue les bénéfices d'autant). Ces 5 milliards d'euros sont de l'argent qui a été payé aux salariés et aux fournisseurs d'EADS qui n'en a pas reçu la contrepartie, c'est donc de l'argent non gagné en circulation (en M1). Les survaleurs Les déficits publics et les dysfonctionnements comptables entraînent une création monétaire qui se retrouve déjà dans les augmentations de prix de produits de consommation courante et surtout dans l'immobilier. Ce sont les premières manifestations d'une inflation durable qui va s'amplifier au fil du temps car les causes de ce type d'inflation perdurent. * Les Américains ont été confrontés à des problèmes semblables en 2000 et les autorités politiques et monétaires ont donné très rapidement (dès 2001 parfois) de bonnes
solutions aux causes de cette forme d'inflation. Les pays de la zone euro doivent impérativement mettre fin à l'augmentation des agrégats monétaires en menant des politiques libérales de l'offre et en adoptant des règles comptables comme celles qui sont en vigueur aux Etats-Unis, ce qui aura des effets fortement négatifs dans un premier temps avec une multiplication des faillites (y compris de grandes entreprises comme France Télécom par exemple) et une augmentation du chômage, mais ensuite, la croissance pourrait repartir sur des bases saines. Malheureusement, dans leur très grande majorité, les Euro-zonards sont fondamentalement opposés à toute mesure salvatrice d'inspiration libérale. Ils ne sont pas conscients de la gravité de la situation présente et à venir.. C'est du suicide collectif a dit un jour Silvio Berlusconi. Les Japonais ont déjà subit de telles mésaventures : ils n'ont pas voulu prendre de telles mesures drastiques, si bien que la croissance a été stoppée net depuis une quinzaine d'années. *** Aux Etats-Unis, la politique économique du gouvernement n'est pas inflationniste et les entreprises tiennent correctement leurs comptes, sans laisser circuler d'argent non gagné. L'inflation ne pourrait provenir que d'un emballement de la croissance du PIB, ce qui n'est pas envisageable dans un avenir proche. Depuis le mois de juin 2004, l'évolution des agrégats monétaires de la zone euro diverge par rapport à celle des Etats-Unis. En remontant son taux de base (pour le rendre neutre), la Fed a réussi à faire baisser le ratio M3 / PIB de 80 à 78 % alors qu'il augmente de plus en plus vite dans l'Euroland, de 4,5 % en mai 2004 à 6,5 % en janvier 2005, pour totaliser plus de 86 % du PIB. Les dirigeants de la BCE savent bien que les déséquilibres budgétaires des Etats européens créent de l'inflation, mais ils donnent l'impression de ne pas avoir compris qu'il en est de même pour les dysfonctionnements comptables. Comme les causes réelles de l'inflation ne sont pas combattues, ils se trouvent maintenant devant des choix impossibles : soit ils maintiennent une politique monétaire accommodante au risque de perpétuer une croissance zéro durable, avec du chômage et une inflation croissante, soit ils augmentent leur taux de base pour suivre celui de la Fed, ce qui aura des effets récessifs et augmentera le chômage sans freiner l'inflation car ses causes réelles sont toujours présentes. Le pire peut être envisageable : une récession déflationniste. Jean-Pierre CHEVALLIER
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