| Peu à peu, les
fondateurs de l'Etat français se retrouvaient dans cette
situation inextricable où malgré l'omniprésence étatique
dans toutes les sphères de l'activité économique du pays, la
royauté française était réduite à marchander séparément
avec chaque partie ce qui limitait considérablement sa marge de
manœuvre.
Chaque province va vite
comprendre l'intérêt de négocier avec la royauté pour préserver
ses exemptions spécifiques sans se soucier du poids accru qui pèse
sur les régions voisines et sans s'apercevoir de l'augmentation
fiscale qu'elle-même doit supporter du fait de l'action
identique des autres provinces.
La prédominance de l'Etat et de
ses privilèges fiscaux est malheureusement toujours de mise
aujourd'hui et est devenue la règle fiscale.
Mais surtout, le procédé par
lequel les différents groupes d'intérêt faisaient financer
leurs privilèges par les autres groupes de la société s'est
perpétué et amplifié au point d'être profondément ancré
dans la culture et le mode de fonctionnement de notre pays.
Ainsi, les travailleurs financent
les non travailleurs, les non retraités financent les retraités,
les bien portants financent les malades à un point qui dépasse
de très loin ce que l'on voudrait appeler de la solidarité.
Dans la situation actuelle chaque
français est devenu un sorte d'esclave à la solde des autres
et a renoncé à son droit fondamental à la liberté.
Quel contraste avec l'histoire américaine!
Il faut avant tout se rappeler que l'Amérique est née d'une révolte
fiscale. Celle des Pères Fondateurs contre la Couronne
britannique. Tous ces hommes, ces leaders de la révolution sont
à l'origine des rebellions contre l'impôt anglais. Ils croient
tous, et leurs écrits à ce titre sont édifiants, que la
fiscalité, à l'exception de celle destinée au financement des
fonctions régaliennes du gouvernement, n'est rien d'autre qu'un
" vol légalisé ", une phrase qu'ils utilisent de façon
répétée. Ces Fondateurs, ces immigrés, sont des révoltés
contre l'impôt, dont le but est de se battre pour la liberté,
leur liberté face à l'impôt. Ils sont arrivés d'Europe
emportant avec eux de vifs et douloureux souvenirs des folies
fiscales de l'Europe.
Du système fiscal français, les Pères Fondateurs de l'Amérique
ont appris les conséquences diaboliques qu'un mauvais impôt
(par cela ils entendent élevé, non uniforme et instable) ne
manque jamais de produire, que ce soient les injustices du
gouvernement ou même les atrocités que des contribuables en
colère sont capables de commettre. Ils savent pertinemment que
la violence et le désordre social, le meurtre, le vol et la misère,
résultent inévitablement d'un système fiscal injuste. C'est
pour toutes ces raisons que ces colons voient en l'impôt les
racines mêmes du mal de toutes sociétés civilisées, et sont
déterminés, naïvement, à ne pas renouveler les erreurs des
pays européens.
Par ailleurs, si la plupart des
français seraient incapables de citer le nom des fondateurs de
l'Etat de leur pays, l'admiration que les Américains vouent
encore aujourd'hui à leurs Pères Fondateurs est
impressionnante. La pensée de JEFFERSON, PAINE, MADISON ou
encore MORRIS continue indéniablement à influencer l'histoire
contemporaine de l'Amérique.
A titre d'exemple, on rappellera
que la croyance de JEFFERSON dans la nécessité et le droit du
peuple à se révolter contre l'impôt, tellement chère aux Pères
Fondateurs, qu'elle a trouvé sa place dans la Constitution et
demeure incroyablement vivace de nos jours.
Les nombreuses révoltes qui ont
secoué le pays de sa création jusqu'à nos jours ont toutes
laisser leur trace dans la culture américaine.
Indéniablement, l'esprit rebelle
des Moonshiners est toujours présent chez chaque américain.
La révolte fiscale de la fin des
années 70, connue sous le nom de proposition 13, fournit à ce
titre un exemple flagrant. A l'évidence, cette révolte est le
reflet du nouvel état d'esprit des contribuables américains
qui ne veulent plus supporter les abus de la taxe sur la propriété
et un Etat toujours plus gros. Il est intéressant de constater
que l'esprit de la révolte survit encore, malgré deux décennies
d'attaques incessantes des Démocrates contre les politiques de
décrues fiscales menées par Reagan et ses successeurs puisque
des sondages menés récemment aux Etats-Unis montrent que la
Proposition 13 est toujours aussi populaire.
Elle a fait plus que produire une
réduction d'impôt et elle a conduit à une série de
limitations fiscales et budgétaires qui jouent aujourd'hui
encore comme autant de freins à l'appétit du gouvernement.
Même s'il est certain que les
Etats-Unis ne sont pas aujourd'hui tels que les Pères
Fondateurs l'avaient rêvé, on peut dire que contrairement à
la vieille Europe, écrasée sous le chômage et la fiscalité,
le pari de JEFFERSON ou de MADISON peut paraître presque gagné
, en particulier alors que semble renaître dans le pays un intérêt
pour la pensée des classiques. Les dirigeants américains, plus
conscients que jamais du potentiel révolutionnaire de leurs
concitoyens, sont à la recherche de meilleurs impôts comme le
montrent les nombreux débats sur la Flat Tax (un impôt dont le
taux serait faible, uniforme, identique pour tous, stable et très
proche des exigences fiscales de JEFFERSON). La contrainte que
représente l'opinion publique et qui a été modelée depuis
deux cents ans par les révoltes successives, joue aujourd'hui
son rôle de mieux en mieux.
Les Français d'aujourd'hui ont
malheureusement hérité de leurs ancêtres cette dépendance et
cette accoutumance à l'intervention étatique et ont depuis
longtemps perdu le potentiel rebelle nécessaire pour contrer la
volonté hégémonique de l'Etat.
Les Etats-Unis, malgré de
nombreux dérapages, ont su garder l'esprit de rébellion de ses
Pères qui les a jusqu'à présent sauver de la déchéance et
qui, lorsque cela a été nécessaire a su leur indiquer la
route de la convalescence.
On peut alors se demander si la
France saura un jour retrouver cette flamme et ce goût de la
liberté que nous ont pourtant enseigné de leur temps de grands
penseurs français comme TOCQUEVILLE, TURGOT ou RUEFF.
Véronique de Rugy
Ndlr : Véronique de Rugy termine
un doctorat d'économie aux E.U. Elle fait parti de ses jeunes
talents français qui ont choisi de s'expatrier. C'est une spécialiste
des mécanismes économiques.
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