Nouvelles des Amériques

Quoique puissent en dire nos hommes politiques, la situation économique de la France n'est pas florissante et aucune amélioration n'est à attendre dans un futur proche. 
Le chômage élevé n'est pas en passe de diminuer malgré, ou plus exactement à cause, de mesures comme les 35 heures adoptées par le gouvernement en place. 
Le moral des français est au plus bas, et rares sont ceux qui peuvent se vanter d'avoir un emploi dans lequel ils s'épanouissent. Le nombre de personnes vivant de la " charité publique" ne cesse de progresser tandis que le nombre de personnes travaillant pour financer la générosité d'un État dépensier continu à fondre comme la neige au soleil. 
Mais le plus grave est sans aucun doute l'augmentation impressionnante du nombre de personnes sans logement dans les rues de notre capitale. Ce phénomène, jusqu'à présent réservé aux Etats-Unis, ne manquait jamais d'être souligné par tous les Français de passage à New York ou dans les autres grandes villes américaines. Cependant, tout ceux qui se sont rendus aux Etats-Unis récemment et à New York en particulier ont pu être frappés du changement très positif opéré ces derniers années dans les rues du Nouveau Monde, d'où la misère tend à disparaître. 

Alors que s'est il passé? 
La réponse est simple, les Etats-Unis dont la situation n'était guère plus brillante que la notre il y 25 ans, connaissent depuis quelques temps une situation de plein-emploi et la croissance économique profite à tous. 
La chance ou le hasard n'ont rien à voir dans ce retournement de situation. En réalité, le gouvernement s'est ressaisi et a pris les mesures qui s'imposaient face à une crise économique qui n'avait que trop duré et qui aboutissait à l'exclusion d'un nombre toujours croissant de personnes, vers la misère et la violence.
A la suite de Reagan, les gouvernements qui se sont succédés ont réduit les impôts ou du moins ont cessé de les augmenter, ils ont réduit ou dans le pire des cas maintenu les déficits, ils ont cessé de pratiquer une politique clientéliste ruineuse pour les contribuables, et ont laissé respirer les entreprises et les personnes productives du pays de manière à donner un nouveau souffle de vie dans un pays en difficulté et à créer de l'emploi pour tous.
Aujourd'hui, le taux marginal d'imposition maximum frappant un américain est de 48% alors qu'il est de 79% pour un français.

Le cas américain est loin d'être isolé. 
La Nouvelle Zelande, très influencée par un tout jeune parti politique :
" Association of Consumers and Tax payers" dont les idées fortes sont la réduction des impôts et l'adoption d'une Flat Tax, la privatisation de la sécurité sociale, ou encore la réforme de l'Etat providence, a accompli des miracles et a réduit considérablement son chômage. 
Même les ayatollahs iraniens ont fini par baisser fortement les impôts dans les années 1980.
Il convient alors de se demander pourquoi la solution apportée à nos problèmes par nos intégristes politiques consiste systématiquement en plus d'impôts, plus de réglementation et plus d'intervention étatique.
Cependant, la vraie question qu'il convient de se poser est la suivante: Comment se fait-il que face à une situation économique pour le moins difficile, les gouvernements américains, même démocrates, ont réagit en adoptant des mesures dites " libérales ", alors que nos gouvernements, même de droite, réagissent en adoptant des mesures toujours plus socialistes ?
Comment se fait-il que la réponse à un même problème soit toujours la réduction des impôts et le recul de l'Etat dans un pays alors que l'autre pays répond par toujours plus d'impôt, de réglementation, et d'intervention étatique ?

Malheureusement, la réponse est de celle qui laisse peu d'espoir à notre pays: elle se trouve dans la culture française

La seule vraie et incontournable contrainte à laquelle un gouvernement doit faire face est l'opinion publique. 
Or l'opinion publique en France est profondément étatique si bien que face à un problème donné les français se tournent vers l'Etat dans l'attente d'une solution qui prend souvent la forme de plus de subventions et plus d'impôts plutôt que de compter sur eux même. C'est un fait que vivre aux dépends des autres semble être un réflexe acquis pour la plupart des français.
Ce phénomène trouve ses origines dans la façon même dont est né l'Etat français. En effet, dans leurs aspirations à un pouvoir politique centralisé les fondateurs de l'Etat ont eu à surmonter les nombreuses barrières que constituent autant de langues, de cloisonnement géographiques et d'institutions différentes, à compter avec de fortes traditions de souverainetés locales, à assurer la défense de frontières étendues et donc à maintenir une activité militaire importante nécessitant de lourds moyens financiers que ne possédait certainement pas le roi de France à cette époque. 
La fragmentation de l'économie, du pouvoir politique et du pays lui-même était un obstacle important à la levée de l'impôt. 
La France de l'Ancien Régime était faite d'une mosaïque de juridictions conflictuelles se recouvrant les unes les autres, accumulées pièces par pièces par les rois français en plusieurs siècles de conquêtes, de mariages et d'héritages. Ainsi pour garder en mains ces provinces diverses et souvent insoumises, le roi devait constamment faire des compromis, mais surtout il devait acheter la loyauté de groupes locaux influents en reconnaissant des institutions et en conférant des privilèges. 
Ainsi, afin de financer les privilèges octroyés aux marchands de Marseille, le roi devait prélever un impôt sur les marchands de vins de Bordeaux. 
Il contenait la révolte en accordant un passe-droit financé par les luthiers de Paris. 
Par ces échanges de pouvoir et de services, le roi s'assurait le soutien de groupes locaux organisés et puissants, ce qui facilitait la collecte de revenus, indispensables pour asseoir son autorité sur les places prospères du royaume.
Malheureusement, s'il étendait de façon considérable son autorité et son champ d'action, l'uniformité de son pouvoir se trouvait lourdement affectée par la distribution de trop nombreux privilèges. 

Peu à peu, les fondateurs de l'Etat français se retrouvaient dans cette situation inextricable où malgré l'omniprésence étatique dans toutes les sphères de l'activité économique du pays, la royauté française était réduite à marchander séparément avec chaque partie ce qui limitait considérablement sa marge de manœuvre.

Chaque province va vite comprendre l'intérêt de négocier avec la royauté pour préserver ses exemptions spécifiques sans se soucier du poids accru qui pèse sur les régions voisines et sans s'apercevoir de l'augmentation fiscale qu'elle-même doit supporter du fait de l'action identique des autres provinces. 

La prédominance de l'Etat et de ses privilèges fiscaux est malheureusement toujours de mise aujourd'hui et est devenue la règle fiscale. 

Mais surtout, le procédé par lequel les différents groupes d'intérêt faisaient financer leurs privilèges par les autres groupes de la société s'est perpétué et amplifié au point d'être profondément ancré dans la culture et le mode de fonctionnement de notre pays. 

Ainsi, les travailleurs financent les non travailleurs, les non retraités financent les retraités, les bien portants financent les malades à un point qui dépasse de très loin ce que l'on voudrait appeler de la solidarité. 

Dans la situation actuelle chaque français est devenu un sorte d'esclave à la solde des autres et a renoncé à son droit fondamental à la liberté.

Quel contraste avec l'histoire américaine! 
Il faut avant tout se rappeler que l'Amérique est née d'une révolte fiscale. Celle des Pères Fondateurs contre la Couronne britannique. Tous ces hommes, ces leaders de la révolution sont à l'origine des rebellions contre l'impôt anglais. Ils croient tous, et leurs écrits à ce titre sont édifiants, que la fiscalité, à l'exception de celle destinée au financement des fonctions régaliennes du gouvernement, n'est rien d'autre qu'un " vol légalisé ", une phrase qu'ils utilisent de façon répétée. Ces Fondateurs, ces immigrés, sont des révoltés contre l'impôt, dont le but est de se battre pour la liberté, leur liberté face à l'impôt. Ils sont arrivés d'Europe emportant avec eux de vifs et douloureux souvenirs des folies fiscales de l'Europe. 
Du système fiscal français, les Pères Fondateurs de l'Amérique ont appris les conséquences diaboliques qu'un mauvais impôt (par cela ils entendent élevé, non uniforme et instable) ne manque jamais de produire, que ce soient les injustices du gouvernement ou même les atrocités que des contribuables en colère sont capables de commettre. Ils savent pertinemment que la violence et le désordre social, le meurtre, le vol et la misère, résultent inévitablement d'un système fiscal injuste. C'est pour toutes ces raisons que ces colons voient en l'impôt les racines mêmes du mal de toutes sociétés civilisées, et sont déterminés, naïvement, à ne pas renouveler les erreurs des pays européens. 

Par ailleurs, si la plupart des français seraient incapables de citer le nom des fondateurs de l'Etat de leur pays, l'admiration que les Américains vouent encore aujourd'hui à leurs Pères Fondateurs est impressionnante. La pensée de JEFFERSON, PAINE, MADISON ou encore MORRIS continue indéniablement à influencer l'histoire contemporaine de l'Amérique. 

A titre d'exemple, on rappellera que la croyance de JEFFERSON dans la nécessité et le droit du peuple à se révolter contre l'impôt, tellement chère aux Pères Fondateurs, qu'elle a trouvé sa place dans la Constitution et demeure incroyablement vivace de nos jours. 

Les nombreuses révoltes qui ont secoué le pays de sa création jusqu'à nos jours ont toutes laisser leur trace dans la culture américaine. 

Indéniablement, l'esprit rebelle des Moonshiners est toujours présent chez chaque américain. 

La révolte fiscale de la fin des années 70, connue sous le nom de proposition 13, fournit à ce titre un exemple flagrant. A l'évidence, cette révolte est le reflet du nouvel état d'esprit des contribuables américains qui ne veulent plus supporter les abus de la taxe sur la propriété et un Etat toujours plus gros. Il est intéressant de constater que l'esprit de la révolte survit encore, malgré deux décennies d'attaques incessantes des Démocrates contre les politiques de décrues fiscales menées par Reagan et ses successeurs puisque des sondages menés récemment aux Etats-Unis montrent que la Proposition 13 est toujours aussi populaire. 

Elle a fait plus que produire une réduction d'impôt et elle a conduit à une série de limitations fiscales et budgétaires qui jouent aujourd'hui encore comme autant de freins à l'appétit du gouvernement. 

Même s'il est certain que les Etats-Unis ne sont pas aujourd'hui tels que les Pères Fondateurs l'avaient rêvé, on peut dire que contrairement à la vieille Europe, écrasée sous le chômage et la fiscalité, le pari de JEFFERSON ou de MADISON peut paraître presque gagné , en particulier alors que semble renaître dans le pays un intérêt pour la pensée des classiques. Les dirigeants américains, plus conscients que jamais du potentiel révolutionnaire de leurs concitoyens, sont à la recherche de meilleurs impôts comme le montrent les nombreux débats sur la Flat Tax (un impôt dont le taux serait faible, uniforme, identique pour tous, stable et très proche des exigences fiscales de JEFFERSON). La contrainte que représente l'opinion publique et qui a été modelée depuis deux cents ans par les révoltes successives, joue aujourd'hui son rôle de mieux en mieux.

Les Français d'aujourd'hui ont malheureusement hérité de leurs ancêtres cette dépendance et cette accoutumance à l'intervention étatique et ont depuis longtemps perdu le potentiel rebelle nécessaire pour contrer la volonté hégémonique de l'Etat. 

Les Etats-Unis, malgré de nombreux dérapages, ont su garder l'esprit de rébellion de ses Pères qui les a jusqu'à présent sauver de la déchéance et qui, lorsque cela a été nécessaire a su leur indiquer la route de la convalescence. 

On peut alors se demander si la France saura un jour retrouver cette flamme et ce goût de la liberté que nous ont pourtant enseigné de leur temps de grands penseurs français comme TOCQUEVILLE, TURGOT ou RUEFF.

Véronique de Rugy

Ndlr : Véronique de Rugy termine un doctorat d'économie aux E.U. Elle fait parti de ses jeunes talents français qui ont choisi de s'expatrier. C'est une spécialiste des mécanismes économiques.

 

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