Attentats du 11 septembre : éléments de réflexion

Les attentats odieux du 11 septembre 2001 entraînent déjà des réactions avec le blocage des avoirs de 27 entités soupçonnées d’être liées aux réseaux des extrémistes musulmans et le déploiement des forces américaines dans le Moyen-Orient.

Au lendemain de l’attentat sur le Pentagone et les tours jumelles du World Trade Center, on ne peut qu’être bouleversé devant des actes de barbarie tels que l’égorgement des hôtesses de l’air à coup de cutters ou le meurtre d’ innocents dont la seule erreur aura été de se rendre à leur travail. Rien ne peut excuser les attentats commis contre les victimes américaines ou européennes présentes ce jour là dans New York.

Les limites de l’abjection ont vraiment été franchies, d’autant que ceux qui en sont les instigateurs frapperont un jour ou l’autre, aveuglement et dans tous les pays industrialisés.

Il est certain également que l’acte du 11 septembre est la conclusion d’une incurie dramatique des politiques étrangères de nombres de pays industrialisés suivies depuis maintenant près de cinquante ans.

Par exemple, c’est bien par la volonté de Mr Giscard d’Estaing et de Mr Carter que l’on a abandonné le Shah d’Iran au profit de Khomeini, dans les années 70, donnant ainsi naissance à l’un des tous premiers états islamistes dur.
La diplomatie française et américaine se rappelle encore à nous lorsqu’il y a peu de temps, on refusait encore de recevoir le Commandant Massoud, opposant des taliban, anticommuniste, et francophile ( Et oui, il y en a encore !), finalement tué juste avant l’attaque sur les États-Unis.
La responsabilité de nos dirigeants politiques de tout bord dans la tuerie du 11 septembre est énorme Même si aujourd’hui personne ne peut anticiper précisément la réaction de G W Bush, on peut prédire que la politique américaine du XXIème siècle ne pourra plus être celle suivie pendant le XXème.

G W. Bush aura à gérer les conséquences des politiques qui ont armé des islamistes extrémistes saoudiens ou tchétchènes. Il ne pourra plus fermer les yeux sur les narco dollars du Pakistan ou de l’Afghanistan. Il sera même obligé de revoir ses alliances, et en particulier avec les Russes et l’Iran, clés majeurs de la région.

Les américains vont redevenir des alliés objectifs, même s’il est frappant dans les prémices de la réaction armée, qu’ils ne demandent l’aide de personne. Il n’est toujours pas question d’une implication de l’ONU.

G.W. Bush a précisé clairement devant le Congrès américain que : « ceux qui ne sont pas avec sont contre nous. ».
Les États-Unis sont avant tout une puissance « pragmatique », connues pour ne pas travailler dans la dentelle. Cette fois ci, G.W. Bush va devoir pourtant faire acte de doigtés.

Deux éléments géo-politiques nous ont paru incontournables pour bien comprendre les revirements de la politique américaine:

  • L’émergence du terrorisme islamique et des puissances économiques et démographiques du monde asiatique,

  • Les enjeux pétrolifères de la mer caspienne, même si ceux-ci paraissent encore « lointains » dans le conflit naissant.

La situation géopolitique mondiale de l’après guerre froide a donné naissance à un monde à la fois multipolaire (la Russie et les États-Unis ne sont pas les deux seules puissances en lice) et unipolaire, la suprématie américaine demeurant, pour l'heure, sans égale. Or, les stratèges d'outre-Atlantique savent pertinemment que cette « unipolarité », cette position globale qu'ils détiennent, permise par l'effondrement de la menace soviéto-communiste et de la Russie, est momentanée. Par ailleurs, les orientations géopolitiques américaines doivent tenir compte de plusieurs phénomènes également consécutifs à la chute de l'Union soviétique que Washington peut difficilement enrayer avec le renouveau général de l'Islam.

Examinons la place accordée par les Etats-unis lors du XXème siècle aux différentes aires géo-culturelles du monde islamique et tout proche du monde asiatique.

Le monde arabo-islamique

Cette zone constitue elle aussi un espace géostratégique d'une importance capitale. Forte d'un milliard de fidèles unis par une même foi conquérante et prosélyte, héritier d'une civilisation jadis brillante et hégémonique et donc d'une tradition impériale et révolutionnaire propre, le monde islamique détient 75 % des richesses pétrolières et renferme une bonne partie des réserves de gaz de la planète. Il constitue l'une des masses démographiques et consommatrices majeures du monde. Hétérogène certes, mais de plus en plus réfractaire au modèle occidental - notamment en raison de la « réislamisation » radicale et anti-occidentale visible dans tous les États musulmans - le monde islamique revêt toutefois une capacité militaro-stratégique non négligeable. Plusieurs États islamiques possèdent désormais (Pakistan) - ou sont sur le point de posséder (Iran, Libye, Algérie, etc.) - la force de frappe nucléaire en plus des redoutables armes bactériologiques et chimiques. Cependant, le monde islamique ne constitue pas encore, d'après les stratèges américains en tout cas une menace stratégique et politico-économique globale, en raison de son retard technologique colossal vis-à-vis des États occidentaux industrialisés.

A la fin du XIXe siècle, la Grande-Bretagne, inspiratrice de la diplomatie des Américains, avait soutenu les forces mondiales de l'Islam : les Ottomans contre la Russie, l'Autriche et la France; les Frères musulmans dès leur création par Hassan al-Banna en 1928, pour contrer les nationalistes du parti Wafd ; ainsi que la Muslim League dans les Indes, afin de diviser le camp anti-colonialiste, ce qui aboutit à la création, en 1947, du Pakistan islamique. Mieux, lorsque dans les années 1830, Ali Pacha avait tenté une modernisation technique et philosophique du monde islamique, améliorant même le sort des minorités non musulmanes, les Britanniques firent tout pour que le monarque musulman éclairé abandonnât ses réformes ambitieuses. Cette stratégie permit de faire échec aux mouvements réformistes et nationalistes, adversaires des panislamistes de l'époque. Elle contribua également à compromettre le développement scientifique et économique du monde islamique, prisonnier de préceptes religieux archaïques. Parfaits héritiers d'Albion, les Américains poursuivirent cette stratégie confessionnaliste avec la création de l'Arabie Saoudite, puis en finançant à leur tour les Frères musulmans, afin de déstabiliser le président égyptien Gamal Abdel Nasser, coupable d'avoir choisi le camp soviétique . La même politique pro-islamiste fut poursuivie au cours de la dernière décennie du XXe siècle, notamment en Irak, en Algérie, en Afghanistan, au Pakistan et dans les Balkans.

Depuis la fin des années 70, voire depuis les années 30, avec la création de l'État saoudien, les Etats-Unis ont régulièrement soutenu des mouvements islamistes anti-occidentaux, principalement sunnites, allant des Frères musulmans syriens aux talibans afghans et à la Gamaa égyptienne, en passant par le FIS, les GIA, les Islamistes bosno-albanais, sans oublier les wahhabites saoudiens, précurseurs et financiers de la mouvance islamiste sunnite. On peut rétorquer que les attentats anti-américains perpétrés en août 1998 à Dar es-Salam et Nairobi, comme ceux du World Trade Center ou de Dharan, quelques années plus tôt, ne témoignent pas de l'entente la plus parfaite entre Américains et islamistes, les raids américains contre des bases terroristes au Soudan et en Afghanistan venant conforter cette apparente évidence. Mais la stratégie américaine étant une stratégie à long terme, Washington n'avait pas pour autant remis en question sa politique « philo-islamique »

Washington, comme Londres, d'ailleurs, a fait d'énormes concessions pour ne pas être évincé du Moyen-Orient, du Maghreb, du Caucase et d'Asie centrale.

La stratégie américaine pour le monde islamique, essentiellement fondée sur le contrôle des réserves et des routes du pétrole, a consisté principalement en l'intégration dans le « monde occidental » et l'OTAN, de l'aire turco-islamique (Asie centrale, Turquie, Caucase et Balkans islamiques), théoriquement susceptible d'embrasser une « conception laïque » de l'Islam, tout en continuant à encourager, en sous-main, en d'autres points du globe, le fondamentalisme islamique. Il s'agissait là d'exacerber les pierres d'achoppement identitaires génératrices de division afin de maintenir le monde islamique dans le sous-développement technologique et culturel et l'instabilité chronique donc dans la dépendance technologique et militaire.

Enfin, il s'agissait de se concilier l’Islam non seulement pour contrôler les routes du pétrole mais pour empêcher le(s) concurrents) asiatique(s) (Chine, Inde, etc.) et l'ancien ennemi russe, donc les puissances terrestres du continent eurasiatique, de se les approprier ou de les maintenir dans leur orbite.

La première conséquence des attentats du 11 septembre sera de remettre en question totalement cette politique.

On ne voit pas aujourd’hui les Etats Unis financer les extrémistes saoudiens ou pakistanais comme ils ont pu le faire dans le passé.

On ne voit pas les américains permettre le trafic de drogues et fermer les yeux sur les narco dollars qui fourmillent en Afghanistan.

La clef de la future politique américaine dans la région passe également par la position de l’Iran. Téhéran se demande de quel côté pencher.

L'Asie très proche, détient aujourd’hui près de 500 millions d’islamistes

Le nouveau défi qui a longtemps hanté les États-Unis venait incontestablement de la proche Asie : Chine, Inde; Indonésie, Japon et même Vietnam, l'ensemble représentant près de 4 milliards d'individus (3,7 milliards d'âmes), soit les 3/5 de la population mondiale (6 milliards). D'ici 2040, les démographes estiment que l'Asie passera de 3,7 milliards à 5,1 milliards d'individus, l'Europe - Russie incluse -ne dépassant pas les 680 millions d'habitants, majoritairement vieux, et l'ensemble Etats-Unis - Canada les 350 millions d’habitants.

Discrète, mais émergeante, l'Inde pourrait atteindre, aux horizons de l'an 2020, le 1,5 milliard d'habitants, soit plus que l'empire du Milieu. Sur le plan économique, et cela en dépit de la « crise asiatique », les économistes s'accordent à dire que la moitié de la croissance mondiale, au cours des dix prochaines années, sera imputable à l'Asie, cette aire étant supposée représenter plus de 40 % du PNB mondial dès 2020, contre 18 % pour les États-Unis et 14 % pour l'Union européenne. De plus, l'Asie, aire abritant au moins trois puissances nucléaires, est, avec les États-Unis, la région du monde où les dépenses militaires augmentent le plus nettement. La part des États d'Asie dans les dépenses militaires mondiales est ainsi passée de 10 % en 1987 à 20 % en 1996, progression qui en fait d'ores et déjà, devant les États du Moyen-Orient, le deuxième marché d'armes au monde, la totalité des États asiatiques ayant entrepris de moderniser leurs forces armées.

Inéluctablement, un nationalisme asiato-pacifique se développe.
Il n'est d'ailleurs pas exclu qu'un jour, le Japon devienne une puissance militaire nucléaire et que la Chine récupérant Taiwan, ultime étape, après Hong-Kong (1997) et Macao (1999), bénéfice d'un vaste programme de redéploiement et de recouvrement de son espace national « naturel ». Plus grand ensemble démographique du monde, l'Asie sera le principal pôle géo-économique du siècle prochain, cessant ainsi d'être un simple marché fructueux pour les États-Unis et, dans une moindre mesure, pour l'Europe. À l'intérieur de l'Asie, la Chine apparaît comme étant la principale puissance montante capable de défier les États-Unis. En 1996, Alain Peyrefitte décrivait la formidable évolution économique de la Chine depuis les réformes introduites par Deng Xiaoping en 1978, inventeur de la célèbre formule « un État, deux systèmes » . Ces réformes reposent essentiellement sur l'« économie socialiste de marché » , concept traduisant l'acceptation de l'économie de marché à l'intérieur de « zones économiques spéciales » (ouvertes aux investissements étrangers), comme Macao, Canton, Shenzhen ou Dông Guang, lesquelles ont vocation à faire partie du groupe des « dragons > asiatiques

Avec Singapour, Taiwan et Hong-Kong, qui rentrent toutes progressivement dans le giron chinois, la Chine peut devenir la première puissance économique et politique du monde au XXIe siècle. Les analystes prévoient que le PNB chinois dépassera peut-être celui des Américains aux alentours de 2020-2040, le taux de croissance annuel de la Chine variant de 7 à 13 %, comme c'était le cas de la plupart des « dragons voisins » avant la crise asiatique de 1998. Toutes ces données font de la Chine le plus grand marché de l'Asie du Sud-Est (ASEAN-APEC), la zone de développement économique stratégique la plus dynamique du monde. « D'ici vingt ans environ, la Chine deviendra une puissance mondiale de même envergure que les Etats Unis ou l’Europe, elle serait non seulement l’Etat dominant de l’Extrême Orient mais aussi une puissance globale de tout premier ordre. » Aussi l'État chinois est-il en train de se donner les moyens militaires de sa puissance, les accords militaires stratégiques russo-chinois ayant vocation à permettre, d'ici 2006, de lancer la fabrication d'avions de combat modernes, de systèmes modernes de ravitaillement en vol augmentant la distance de vol et de doter la marine chinoise de capacités océaniques, etc. Mieux, d'après l'International Institute for Strategic Studies de Londres, la Chine sera dotée, d'ici 2011, d'une véritable force nucléaire stratégique, « bien plus puissante » qu'en 1997, Pékin disposant alors déjà de 50 à 70 missiles balistiques intercontinentaux (8 à 12 000 km de portée) capables d'atteindre toute l'Asie, la Russie occidentale et même les États-Unis. Dans un discours prononcé en août 1994, Deng Xiaoping avait défini les objectifs fondamentaux de la politique chinoise « en premier lieu, s'opposer à toute hégémonie ou politique d'intimidation et sauvegarder la paix, en second lieu, établir un nouvel ordre politique et économique mondial ». Ces objectifs remettant radicalement en cause le Nouvel Ordre mondial, et la Chine ayant, à l'occasion de la guerre du Kosovo et des crises de Taiwan, averti à plusieurs reprises que l'« Amérique ne fera pas la loi en Asie », nombre de stratèges américains sont conscients que la Chine, puissance nucléaire, mais aussi l'Inde, sont en passe de devenir des « zones dures » de moins en moins dociles.

L’Afghanistan est aux portes de près de 500 millions de musulmans dans une région s’étendant de l’Inde à l’Indonésie en passant par la Chine et la Birmanie.

Par exemple, le groupe d’Abu Sayyaf et ses troupes basées au Philippines sont dans tous les mauvais coups contre l’occident.

Toute ingérence dans cette zone ne peut qu’embraser le fanatisme religieux guerrier.

Quelle sera la position de tous ces pays dans le conflit naissant ?
Favoriseront ils le choc des religions ?

D’autant que tout est sous tendu par des intérêts vitaux dont le pétrole et le gaz émergeants en particulier de la très proche mer caspienne. Ces intérêts vitaux pourraient bien modifier dans le temps l’union des « partenaires » d’un jour et être à l’origine de revirements spectaculaires.

Caspienne : Des enjeux énergétiques et stratégiques

Redécouverte après la chute de l’URSS, la Caspienne est devenue un espace de nouveaux rapports de force dont le contrôle des hydrocarbures est un enjeu essentiel. La partie qui s'y joue aujourd'hui à coups de déclarations, d'accords et de contrats, mais aussi de conflits armés, déterminera sans doute à terme une nouvelle ligne de partage entre l'Ouest et l'Est. De nombreux intérêts s'y enchevêtrent :

  • ceux des producteurs de pétrole et de gaz d'Asie centrale (Kazakhstan, Turkménistan, Ouzbékistan) et de Transcaucasie (Azerbaïdjan),

  • ceux des pays concernés par le transit des hydrocarbures vers les marchés extérieurs (principalement la Russie, la Turquie, la Géorgie, l'Arménie, l'Iran et l’Afghanistan),

  • ceux des pays consommateurs, européens comme asiatiques (Chine, Japon, Corée du Sud, Pakistan et Inde),

  • enfin ceux de pays aux préoccupations plus stratégiques (États-Unis, Arabie Saoudite).

Une région riche en hydrocarbures

Zone d'exploitation ancienne, la région a produit en 1999 une soixantaine de millions de tonnes de pétrole (33 millions au Kazakhstan, 14,5 millions en Azerbaïdjan), et quelque 120 milliards de m3 de gaz (56 milliards en Ouzbékistan, 46 milliards au Turkménistan). Les réserves prouvées sont importantes malgré les incertitudes sur les chiffres (2 à 5,5 milliards de tonnes de pétrole, auxquelles on peut ajouter 10 à 20 milliards de tonnes de réserves possibles, et 6 700 à 9 200 milliards de m3 de gaz; avec 8 000 milliards de m3 supplémentaires possibles). Ces réserves représentent 1,5 à 4 % des réserves mondiales de pétrole et 6 % des réserves de gaz. De plus, la géologie régionale laisse espérer d'autres découvertes.

En attendant, les sociétés étrangères se concentrent sur les réserves prouvées de pétrole notamment à Tenguiz (Kazakhstan) et à Azéri-Chiraq-Guneshi (Azerbaïdjan) dont elles espèrent tirer quelque 80 millions de tonnes par an.

L’ouverture de la région aux investisseurs étrangers est d'autant plus nécessaire que les riverains de la Caspienne n'ont pas les moyens de développer eux-mêmes leur production d'hydrocarbures : leurs gouvernements comptent précisément sur les gains pétroliers et gaziers pour assurer leur indépendance financière et stimuler l'investissement dans les autres secteurs de l'économie.

Bien qu'ils se soient dotés de législations relativement attrayantes, ce qui leur a permis d'attirer jusqu'à présent plus de 5 milliards de dollars d'investissements et de signer des promesses d'un montant global de 60 milliards, ces pays à régimes autoritaires sont relativement en retard dans la mise en oeuvre des réformes institutionnelles (réglementation, douanes, fiscalité...) ; ils manquent de transparence dans leur gestion économique, associée trop souvent à des pratiques de corruption. Signataires de la « Charte énergétique » en vigueur depuis avril 1998 (code de bonne conduite signé à Lisbonne en décembre 1994 par les représentants des pays pétroliers et de l'Union européenne), ils garantissent en principe l'égalité de traitement entre les investisseurs nationaux et étrangers.

De fait, leur attractivité pour les investisseurs étrangers est fortement tributaire de l'évolution des prix des hydrocarbures et de leur transport ; de plus, elle est freinée par le problème des voies d'exportation.

Une géopolitique complexe

Tous enclavés, ces pays ne peuvent accéder aux marchés internationaux qu'à travers des pays voisins. Les systèmes d'acheminement hérités de l'URSS passent tous par la Russie. Leur capacité actuelle est insuffisante pour le pétrole (8,5 millions de tonnes pour la Transcaucasie et l'Asie centrale en 1998). Pour le gaz, jusqu'en 1999, la Russie a manifesté une véritable réticence à partager ses marchés. Or, vers 2010, l'Asie centrale et la Transcaucasie envisagent d'exporter plus de 100 millions de tonnes de brut par an et quelque 100 milliards de m3 de gaz. Plusieurs projets - la plupart fort coûteux - doivent permettre de désenclaver la région et d'accéder aux marchés européens et asiatiques, mais ils traversent ou passent à proximité de régions et pays politiquement instables (Nagorno-Karabakh, Tchétchénie, Afghanistan) ou « préoccupants » (Iran). L’information sur ces projets ne permet pas toujours de distinguer le réel du virtuel. La carte des routes futures prend pourtant forme.

D'un côté, la Russie s'applique à accroître la capacité des « voies du nord » pour conserver le transit du pétrole caspien et kazakh ; elle achève le contournement de la Tchétchénie par le Daghestan ; elle espère terminer la construction du gazoduc en partie sous-marin « glue Stream » entre la côte russe (Izobilnoiè, Djoubga) et la Turquie (Samsun, Ankara) en avril 2001. Transneft, le transporteur russe, a baissé ses prix de transit pour le pétrole et Gazprom multiplie les accords de swap pour le gaz turkmène. De plus, la Russie elle-même pourrait devenir importatrice de pétrole et de gaz dans la mesure où ceux-ci seraient moins chers que ceux qu'elle tire de ses propres gisements (Sibérie, Yamal).

D'un autre coté, l'Iran, aidée de la Chine, la Suisse et des financements organisés par la France (accord de mars 2000), accélère la construction d'un oléoduc sur son territoire, entre Neka, sur la côte Caspienne, et Rey, pour approvisionner la région de Téhéran dès 2002 en pétrole azerbaïdjanais, kazakh ou turkmène. Par ailleurs, l'Iran prévoit la mise en service d'un gazoduc entre Tabriz (Iran) et Ankara (Turquie) en septembre 2001 et négocie des accords de swap pour le gaz avec le Turkménistan.

Face à ces projets déjà avancés, les Etats-unis, malgré 10 années de diplomatie active dans la région, ont eu bien du mal à faire financer l'oléoduc, bien plus coûteux, qu'ils parrainent entre Bakou (Azerbaïdjan) et Ceyhan (Turquie), et le gazoduc « Transcaspien » qui devrait passer sous la Caspienne entre le Turkménistan et l'Azerbaïdjan pour acheminer le gaz vers la Géorgie et la Turquie. L’objectif de ces projets est stratégique : il vise certes à diversifier les routes d'approvisionnement, mais surtout à empêcher la Russie de restaurer son influence dans la région et à maintenir l'isolement de l'Iran.

La configuration actuelle des routes d'exportation rétablit pour les prochaines années la suprématie de la Russie et de l'Iran dans la région. Toutefois, à long terme, il faudra compter sur la Chine, dont la demande d'hydrocarbures ne cesse de croître et qui s'intéresse particulièrement aux pétrole et gaz kazakhs et turkmènes.

G W Bush marche sur des œufs. D’autant que l’on ne sait pas toujours pas le devenir des marchés financiers.
Au moment de la guerre du Golfe, ceux-ci avaient plongé jusqu’aux premières frappes. La Bourse a horreur de l’incertitude.
L’économie mondiale est donc suspendue maintenant aux premiers engagements militaires.
Notre vie quotidienne, dans une certaine mesure, aussi.

Patrice Planté


Pour en savoir plus

Groupe d'échanges et de réflexion sur la Caspienne (1999), Recueil des comptes rendus de réunion (décembre 1997-octobre 1998), CEPII, document de travail, Paris, novembre.

International Energy Agency (1999), Caspian Oit and Gas : 1999 Update, texte ronéoté préparé pour le séminaire de l'IEA,18-19 mars.

International Energy Agency (1998), Caspian Oil and Gas, the Supply Potential of Central Asia and Transcaucasia, en coopération avec l'Energy Charter Secrétariat.

Alexandre Del Valle “Guerres contre l’Europe” Editions des Syrtes

Locatelli, Catherine (1998), « Les enjeux Caspienne-Russie dans l'approvisionnement gazier asiatique », Revue de l'énergie, n° 501, novembre.

 

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