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Chômage
et démotivation fiscale
par
Pascal Salin, Professeur d'économie
Pourquoi existe-il du chômage
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Si l'employeur et le
travailleur potentiels ne se rencontrent pas, c'est qu'il
y a des obstacles qui les en empêchent. Ces obstacles
sont réglementaires et fiscaux.
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Les obstacles réglementaires
sont le SMIC, les réglementations restrictives à l'embauche et
au licenciement. En Nouvelle Zélande par exemple, la
quasi-suppression du droit du travail a permis de diminuer
considérablement le taux de chômage.
Les obstacles fiscaux à l'emploi
sont également fort nombreux.
L'impôt diminue le niveau de
l'emploi car il y a, simultanément, augmentation du coût du
travail et diminution du salaire net obtenu par le travailleur.
La rémunération du travail est moins intéressante pour le
travailleur, donc l'emploi diminue. On appelle cette représentation
le coin fiscal ou social : l'impôt crée une dissociation entre
le coût du travail et ce que reçoit le salarié.
L'effet est exactement le même,
que l'impôt soit payé par le travailleur ou l'employeur, car
celui qui supporte le poids de l'impôt (le travailleur) n'est
pas nécessairement celui qui le paie. Ainsi et nécessairement,
un prélèvement fiscal se traduit par une diminution du niveau
de l'emploi.
Cependant, si en même temps une
réglementation comme celle du salaire minimum doit être prise
en compte, l'employeur ne peut guère répercuter l'impôt sur
les salaires individuels et n'a donc pas d'autre choix que de
diminuer l'offre d'emploi.
Ainsi, l'impôt quel qu'il soit
se traduit toujours par une diminution de l'emploi, que ce soit
directement (baisse de l'offre de travail) ou indirectement
(baisse de la demande de travail).
L'IMPOT ET L'ÉCHANGE
L'impôt attaque l'échange lui-même
en même temps que les deux partenaires de l'échange. Du moment
que les individus entrent dans une relation contractuelle, ils
sont handicapés par l'impôt.
Le progrès de l'espèce humaine
vient de l'échange, échange qui implique la capacité des
hommes à se spécialiser. Mais, à partir du moment où deux
individus entrent dans une relation d'échange, celleci devient
visible et mesurable. Elle peut par conséquent être saisie par
l'agent du fisc, qui relève toutes les activités passant par
le marché.
Par exemple, dans la société
actuelle où la pression fiscale est importante, les choix
individuels sont considérablement modifiés au quotidien. Si
l'impôt n'existait pas, nous serions tous prêts à entrer dans
des relations d'échange. On aboutit, avec le système actuel,
à un taux de spoliation considérable.
Ainsi, l'impôt frappe toutes les
relations d'échange, encourage les individus à ne pas
travailler (la loi des 35 heures, la retraite anticipée). Les
moteurs du développement sont touchés de plein fouet, nous
nous trouvons dans un monde destructeur qui punit ceux qui
veulent travailler davantage et ceux qui veulent entrer dans des
relations d'échange. Si cet impôt était de 100%, nous
reviendrions à une économie autarcique où chacun d'entre-nous
devrait subvenir en totalité à ses propres besoins.
Un autre aspect du phénomène
est que tous les impôts ont à peu près la même matière
fiscale : c'est toujours l'activité d'échange qui est frappée.
Par exemple, la TVA et l'impôt sur le revenu sont exactement
deux impôts équivalents, simplement, la TVA est payée par
l'entrepreneur avant qu'il ne distribue les revenus, l'impôt
sur le revenu est payé après que la distribution des revenus
ait été faite. La conséquence de cela est importante : dans
un système fiscal complexe, avec un grand nombre d'impôts, il
y a, en réalité, cumul de ces différents impôts.
FISCALITÉ DES BAS SALAIRES
En France, un thème de
discussion se présente très fréquemment : la diminution du chômage
passerait par une diminution de l'impôt sur les revenus les
plus faibles. Evidemment, toute diminution d'impôt entraîne
une réaction de la part de ceux qui sont concernés. C'est ce
que montre la courbe de Laffer, qui est la traduction popularisée
d'une chose que les économistes connaissent depuis toujours :
si le rendement d'une activité diminue, on quitte cette activité
pour en pratiquer une autre.
Une diminution des cotisations
payées par l'employeur ou de celles payées par le salarié a
certes un effet positif sur l'emploi de la catégorie en
question. Mais généralement, on ne s'arrête pas à cette
proposition : récemment, le rapport Malinvaud propose
effectivement de réduire les charges sur les bas salaires mais,
en compensation (et avec l'idée implicite qu'il faut préserver
les recettes fiscales), il préconise d'augmenter les impôts ou
les charges sociales sur les revenus plus élevés.
C'est un raisonnement partiel qui
ne voit pas que ces deux catégories sont interdépendantes, ce
que nous rappelle le schéma traditionnel de l'offre et de la
demande : il n'y a pas de salariés sans employeur et il n'y a
pas d'employeur sans incitation à employer. Tout le monde est
plus ou moins victime d'une interprétation de la société en
termes marxistes, dans laquelle il y a des classes antagonistes
et où le bien des uns ne peut venir que de la perte des autres.
Cette vision, qui est ancrée dans les esprits de notre époque,
omet une chose essentielle : la richesse est créée par
l'action humaine, c'est-à-dire par des actes de coopération,
d'échange. Si l'on détruit les incitations de l'un des
partenaires à l'échange, on détruit l'échange lui-même.
Cette complémentarité des activités humaines est complètement
absente de la théorie économique actuelle.
ÉPARGNE ET DÉVELOPPEMENT
La véritable question importante
en matière de progrès et de croissance économique, est celle
du choix entre le présent et le futur : le progrès économique
n'existe que parce que des individus font le choix du futur, ils
acceptent de ne pas consommer tout de suite de manière à
consommer davantage. Toute innovation suppose que,
temporairement, du travail humain et des ressources sont utilisés
non pas pour satisfaire des besoins immédiats mais pour
satisfaire des besoins futurs.
Ce problème, en termes plus
concrets, est celui de l'épargne. Contrairement à ce qui est
couramment avancé, la consommation est une destruction de
biens, alors que l'épargne réintroduit dans le circuit économique
des ressources de manière à ce qu'elles donnent un produit
futur plus important. Par conséquent, la seule voie possible de
la relance économique est celle qui passe par l'épargne. De
par le monde, les pays qui ont des taux d'épargne élevés sont
les pays qui ont des taux de croissance élevés. Or, nos systèmes
fiscaux infligent une sur-taxation au choix du futur, une
sur-taxation dont nous ne mesurons pas la grandeur. Taxer le
capital implique un taux d'épargne faible, ce qui entraîne de
faibles taux de croissance.

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