Le chômage des jeunes

« La France qui change », « La vie en mieux, la vie ensemble : ré-enchantons la politique ! »

Voilà les nouveaux slogans de nos élus socio démocrates. Gageons que l’on trouvera le même ton du coté des partis conservateurs français dès l’ouverture du marché des bulletins de votes.

C’est dans le domaine de l’emploi et en particulier dans l’insertion de nos enfants, que l’intervention de nos politiques a été le plus catastrophique depuis près de 20 ans.

Fidèles à leurs conviction, par exemple, les socialistes poursuivent dans la voie tracée initialement tout le long de la Vème République: la création d’emplois aidés par l’Etat et le traitement « social » du chômage.

L’avenir d'un pays réside dans sa jeunesse. C'est au nom de ce principe que des sommes considérables sont dépensées dans notre pays pour essayer de réduire le chômage des jeunes et de les réintégrer dans la société.

L’IFRAP présente dans son dernier numéro l’état du chômage des jeunes : édifiant !

Malgré un effort financier le plus important des pays de l'OCDE, le taux de chômage des jeunes français reste le double de la moyenne 20,7% pour l'année 2000 contre 11,8% pour l'ensemble des pays de l'OCDE.

La France dépense ainsi deux fois plus pour ces programmes que la Grande-Bretagne, quatre fois plus que l'Allemagne et dix fois plus que les USA ou la Suède.

En 2000, la dépense publique pour l'emploi des jeunes atteint en France 36 milliards de francs. Elle est en augmentation de 8 milliards par rapport à l'année 1999. Avec 0,41 % du PIB, elle dépasse de loin tout ce qui est dépensé ailleurs

 

Actifs occupés

Chômeurs

Scolarisés

Inactifs

Total

15-19 ans

253 727

76 638

3 436 588

60 946

3 827 899

20-24 ans

1 585 316

345 068

1 631 323

183 388

3 745 095

15-24 ans

1 839 043

421 706

5 067 911

244 334

7 572 994

Source : Enquête emploi Mars 2001

Mais même cette perception du chômage des jeunes est faussée sinon truquée car elle ne tient pas compte du fait que ce chômage est mesuré par rapport aux jeunes qui sont employés ou recherchent un emploi, elle ne tient pas non plus compte du fait que la France a le pourcentage de jeunes employés ou à la recherche d'un emploi de très loin le plus faible de tous les pays de l'OCDE.

Le taux d'activité des jeunes Français est en effet de 29,5 %, contre 52,5 % en Allemagne, 69,7 % au Royaume-Uni, 65,9 % aux Etats-Unis.

Toutes les politiques de l'Etat n'ont-elles pas seulement servi à parquer les jeunes hors du marché du travail ?

A en faire selon les cas des étudiants attardés, des RMIstes, pour qu'ils ne viennent pas gonfler les chiffres du chômage ?

Les politiques de l’Etat à l'égard des jeunes n'ont-elles pas servi seulement à les sortir de l'économie réelle, à aggraver leur exclusion au nom de la lutte contre l'exclusion ?

  

Le Contrat Emploi Solidarité

Le Contrat emploi solidarité ou CES a été créé par la loi du 19 décembre 1989 signée par Michel Rocard. C'est un " dispositif d'insertion " qui permet à son titulaire d'avoir un statut de salarié, rémunéré au minimum légal, et employé à mi-temps dans des collectivités locales, des organismes de droit privé à but non lucratif, ou par des personnes morales de droit public. L'essentiel de la rémunération est prise en charge par l'Etat.

Placé d'emblée sous le signe de la " lutte contre l'exclusion " professionnelle, le CES n'a pas été créé par Martine Aubry, mais elle le reprendra à son compte en le perfectionnant dès 1991. Depuis, elle lui a fait subir de multiples adaptations.

Martine Aubry s'est impliquée à fond dans la mise en place de ce dispositif et ses perfectionnements successifs. Elle en a fait son cheval de bataille dès sa nomination en qualité de ministre de l'emploi sous le gouvernement Bérégovoy, le dispositif en question attirant de moins en moins de monde, aussi bien parmi les jeunes concernés que parmi les employeurs

138 dispositifs nationaux prétendent venir en aide aux jeunes

Depuis vingt ans, un seul dispositif a disparu : les TUC (travaux d'utilité collective) créés en octobre 1984 et absorbés par la loi du 9 décembre 1989 qui crée les CES.

Rien qu'un seul dispositif, c'est déjà toute une machinerie bureaucratique. Chaque dispositif, c'est en effet

  • des mesures (lois, règlements, instructions, circulaires... ) ;
  • des infrastructures (bureaux, photocopieuses, ordinateurs... ) ;
  • des fonctionnaires ;
  • un organigramme, avec un maître d’œuvre, des " partenaires ", un réseau spécifique ;
  • des financements.

Les dispositifs nationaux d'aide à l'emploi, tout ministères confondus, sont au nombre de cent. Ministère de la jeunesse et des Sports, ministères de la Famille, de la Santé, de la Ville, chacun veut aider les jeunes. Les deux ministères champions sont l'Education nationale et l'Emploi et la Solidarité. Mais rien n'empêche chacune des collectivités locales de se fabriquer son petit dispositif. Par exemple le programme " aider le jeune à s’y retrouver dans les dispositifs d'aide à l’emploi des jeunes " qui nécessiterait tellement d'embauches qu'il est susceptible à lui tout seul de résoudre le problème du chômage des jeunes.

Le ministère de l'Emploi et de la Solidarité dispose de pas moins de 25 dispositifs au profit des jeunes.
Parmi les dispositifs du ministère de l'Emploi, onze contrats :
le CES ou Contrat emploi solidarité, Contrat d'orientation, Contrat d'adaptation, Contrat de mission-formation " jeunes intérimaires ", Contrat d'apprentissage, Contrat d'accès à l'emploi, Contrat de qualification, Contrat emploi consolidé, Contrat initiative emploi, Contrat régional d'objectif en matière d'apprentissage, Stages d'accès à l'entreprise.

Toujours dans le même ministère, il y a l'arsenal lié à l'insertion par l'économique, ou comment aider le jeune à trouver un emploi, à se former, à se nourrir, association intermédiaire, entreprise d'insertion, entreprise d'intérim d'insertion, Regroupements d'employeurs pour l'insertion et la qualification, programme TRACE (Trajet d'accès à l'emploi), Nouveaux Départs pour les jeunes Demandeurs d'Emploi, Espace Jeunes, Espace Rural pour l'Emploi et la Formation, Plan Régional de développement des formations professionnelles des jeunes, Ateliers Pédagogiques Personnalisés, Régies de quartiers, Chantiers Écoles...

S'ajoutent à tous les dispositifs ministériels, les dispositifs interministériels. Ceux concentrés uniquement sur l'emploi stricto sensu sont au nombre de 5 : Réseau Public de l'insertion des jeunes, Réseau des Missions locales et PAIO, Parrainage des jeunes pour l'Emploi, Défi Jeunes, Nouveaux services Emplois Jeunes.

Il y a aussi les clubs de prévention spécialisés, les points d'accueil et d'écoute des jeunes. Il y a même un fonds (Fonds d'aide aux jeunes ou FAJ).

Bien entendu, l'Union européenne s'invite à la table onze dispositifs relèvent d'elle. Un fonds ?

Le Fonds social européen.

Le programme " Socratès, pour une Europe de la connaissance " couvre la phase 2000-2006 et coûte plus de 4 milliards de francs. Leonardo de Vinci 1 et 2 pour la formation professionnelle s'étale de 1995 à 2006 et coûte plus de 10 milliards de francs (voir Racine"».

Le dernier avatar d'Aubry les emplois-jeunes

Il ne s'agit plus d'insérer les jeunes dans l'économie existante mais de créer ex nihilo une économie nouvelle dans laquelle les jeunes seront censés s'épanouir puisqu'ils ne parviennent pas à trouver leur place dans l'économie classique.

M. Aubry veut à tout prix créer pour "ses jeunes de nouveaux services " pour lesquels ils exerceront de nouveaux métiers, destinés à leur permettre d'apprendre une activité qui réponde à leur aspiration et " colle " à leurs compétences.

Ce nouveau programme d'emplois jeunes se réfère en effet explicitement à l'émergence de nouvelles activités. Martine Aubry le veut en rupture par rapport aux dispositifs qui l'ont précédé. Elle insiste sur le fait que ce dispositif est loin d'être un moyen d'insertion comme se voulaient être les précédents, encore moins une aide à la personne, mais un financement forfaitaire d'activités.

Les jeunes sont d'emblée qualifiés " d'agents du développement économique " sous-entendu de la nouvelle économie inventée par Martine Aubry.

Aussi servent-ils, sans en être exactement conscients, à expérimenter l'émergence de nouveaux secteurs d'activités économiques, souhaités par les pouvoirs publics

Cette absence d'autonomie n'est pas seulement idéologique, et pratique, elle est également financière. L’État prend en charge entièrement le financement de l'ensemble, et solvabilise à lui tout seul l'économie qu'il a décrétée. L'État non seulement finance, mais définit les publics concernés, désigne les employeurs potentiels, détermine les postes à occuper et la durée de leur exercice

Le coût des emplois Aubry

Chaque emploi créé reçoit annuellement de l'État une aide financière de 100 000 F. Il est prévu une enveloppe globale de 175 milliards de francs en cinq ans soit 35 milliards de francs par an, auxquels s'ajoutent les crédits d'accompagnement des porteurs de projets, les fonds apportés volontairement par les collectivités territoriales, ceux du Fonds social européen, pour financer des formations, des aides à l'équipement et au fonctionnement des postes ou encore une partie des salaires non prise en charge par l'État.

Jusqu'à la fin de l'année 2001, 68 milliards de francs

LES CRÉDITS POUR LES EMPLOIS-JEUNES

En francs 

Années

1998

1999

2000

2001

Crédits alloués

8 milliards

14 milliards

22 milliards

24 milliards

Source : DARES / CNASEA.

 

L'échec des emplois jeunes

Les emplois jeunes absorbent essentiellement des jeunes diplômés, ceux qui trouvent le plus facilement de l'emploi, et non pas les plus défavorisés. Ils ne sont pas adaptés aux plus défavorisés, souscrits qu'ils sont d'abord par une population ayant au moins le niveau du bac.

Le taux de chômage des jeunes sans diplôme représente toujours 36 % des chômeurs de 15 à 24 ans. Pour cette catégorie de jeunes chômeurs, la politique de Martine Aubry n'a aucun impact, si ce n'est peut-être de les exclure encore un peu plus.

Pendant ce temps, la France ne signe que 373 000 contrats d'apprentissage contre 1,5 millions en Allemagne, 154 000 contrats de qualification, 45 000 contrats d'adaptation et d'orientation. La formation des jeunes les plus défavorisés a été laissée de côté.

CHÔMAGE DES 15-24 ANS SELON LE NIVEAU DE DIPLÔME

 

1998

2000

Taux de chômage

En % de l'ensemble

Taux de chômage

En % de l'ensemble

Diplôme supérieur

17,5 %

3 %

11,3 %

2

Bac + 2

14,7 %

6 %

10,0 %

6

Bac, Brevet pro

20,9 %

19 %

15,3 %

18

CAP, BEP

24,9 %

27 %

19,7 %

26

BEPC

25,5 %

10 %

22,3 %

12

Aucun

36,2 %

35 %

35,1 %

36

Source : iFRAI!

 

Retirer les jeunes de l'économie réelle

Les emplois jeunes ne débouchent pas sur l'économie réelle. Les jeunes sont mal préparés à travailler dans le secteur privé, en dépit des accords passés entre l'Éducation nationale et certaines grandes entreprises privées.

Par exemple Air France avait proposé 1 000 postes pour des personnes souhaitant sortir du dispositif des emplois jeunes, mais seules 125 embauches ont eu lieu. Accor proposait également 1 000 postes, seuls 100 ont été pourvus. Aussi, le gouvernement n'a d'autres choix que de laisser ces jeunes retourner au chômage ou de les pérenniser.

La " pérennisation " est synonyme pour le gouvernement de fuite en avant. La plupart des 276 950 emplois-jeunes sont ainsi destinés à être pérennisés, jusqu'en 2008 pour les uns, 2005 pour les autres.

Les emplois jeunes de la fonction publique (Éducation nationale et police) seront les plus pérennisés.

Le même traitement est prévu pour les agents de justice. Le ministre de l'Education Nationale a obtenu une enveloppe de 8 milliards de francs par an pour pérenniser ses aides éducateurs.

Au total, la seconde phase du programme, dont l'échéance est 2002 nécessitera un budget supplémentaire de 40 milliards de francs sur les cinq ans à venir. Il sera réparti entre :

  1. l'Éducation Nationale et la police qui auront 28 milliards de francs ;
  2. les associations pour 8 milliards de francs ;
  3. les collectivités locales toucheront 4 milliards de francs.

La pérennisation est dans la logique de l'ensemble du système. Le gouvernement est condamné à s'obstiner et même à perfectionner le système, sinon cela reviendrait à avouer que l'on a engagé des centaines de milliers de jeunes dans une impasse.

Une réussite pour la statistique
officielle du chômage

Rappelons ce chiffre 70 % des jeunes travaillent au Royaume-Unis, 52,5 en Allemagne, contre moins de 30 % en France. A lui seul, beaucoup plus que des chiffres artificiels de chômage, ce chiffre dit tout l'échec de la politique de l'emploi des jeunes en France -pourtant dotée de moyens financiers considérables.

Le piège de "parkings" sans issue, ou l'émergence d'une nouvelle classe sociale : les " jeunes Aubry "

 

Une précarité inscrite dans les dispositifs

En effet, tous les textes consacrés au CES insistent sur le fait que le CES " ne peut se substituer à un emploi permanent de l'organisme ". De ce fait, le salarié en CES est mis en dehors de la sphère du vrai emploi

Situation des bénéficiaires de CES
dix huit mois après :

Situation

En pourcentage

Emploi CDI

11,7

Emploi CDD

11,2

Intérim

3,9

Création d'entreprise

0,4

Total emploi non aidé

27,2

Emploi CDI aidé

2,9

Emploi CDD aidé

6,7

Total emploi

36,8

Stage de formation

5

Chômage

54,2

Total

100

Source: DARES 1999.

 

La précarité des Emplois Jeunes

Qui dit emploi jeune, dit en effet nouveau métier, nouveaux secteurs de l'économie, et tout ce qui est nouveau n'est pas appelé à durer, même par décret. Surtout si le "besoin" inventé par l'administration est incapable de se financer lui-même et nécessite, pour perdurer des infusions permanentes de crédits publics.

Rejetés du marché du travail, exclus du droit au logement par leurs revenus trop faibles, exclus à l'intérieur même de l'administration, voilà ce qui forge, plus que tout autre caractéristique, l'identité de la classe des «jeunes»

A lire dans Les dossiers de l’IFRAP, 8 rue d’Uzès, 75002 Paris

Patrice Planté

 

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