|
Par contre, il se peut que, le chirurgien ne puisse
corriger le strabisme dont souffre sa patiente.
Et le garagiste? Si votre voiture a une panne de batterie,
il est tenu par une obligation de résultat.
Mais imaginons que vous ameniez à ce même garagiste une
voiture qui se trouve dans un état extrêmement délabré, complètement rouillée,
abîmée, et qui n'a pas roulé depuis des mois, voire des années. Y a-t-il une
obligation de résultat? Le garagiste doit-il absolument réparer la voiture?
Et, s'il répare votre voiture, mais que le montant des
réparations est tel, que le coût correspond au triple de la valeur du véhicule? Est-ce
régulier?
C'est ainsi que vous allez découvrir un autre concept de
droit. C'est "l'obligation de renseignement".
Le garagiste ne doit pas simplement réparer, il doit aussi
vous renseigner. Il doit vous dire:
"Monsieur, je peux vous réparer votre voiture, mais
je vous signale que cela va vous coûter trois fois sa valeur".
Je donne ces exemples qui peuvent vous sembler au "ras
des pâquerettes" en regard des débats qui se déroulent aujourd'hui, mais je vous
les donne pour vous démontrer que:
"Les règles émanent de la pratique. Elles
émanent du passé. "
Le grand philosophe Hayek disait:
"Les hommes, lorsqu'ils ont écrit les règles,
ne les ont pas inventées, ils ont écrit ce qui leur était déjà connu".
C'est le "déjà" qui est
important. Les règles qui viennent du passé, procèdent de la pratique. Elles
viennent "den bas". Ceci est la première situation. Nous
aborderons tout à l'heure des situations différentes, lorsqu'elles viennent "d'en
haut".
Mais je voudrais encore vous donner quelques exemples,
concernant le contrat.
Comment un contrat peut-il se conclure?
C'est tout simple. Un contrat se conclut sur les bases de
la théorie de "1'offre et de l'acceptation".
Nous allons imaginer quelques scènes:
1ère scène:
Vous êtes au restaurant. vous lisez sur le menu:
"Lapin chasseur". Vous appelez la serveuse (ou le serveur) et vous lui dites :
"Madame (ou Monsieur) je voudrais un lapin chasseur. Désolé(e), monsieur, il n'y en
a plus".
2ème scène:
Nous sommes dans un petit restaurant de campagne où
l'on mange à la Bonne franquette. Il n'y a pas de menu. On entre et l'on dit au patron:
"Qu'y a-t-il à manger aujourdhui, Jules ?".
Vous entrez donc et vous dites:
"Dis donc, Jules, j'ai entendu dire qu'il y avait du lapin chasseur aujourd'hui! J'en
voudrais un.
Désolé, il n'y en a plus!
Mais je veux mon lapin chasseur !?
Je n'en ai plus, mais je peux te donner une "saucisse frites", ou un steak,
(...ou je ne sais quoi !), mais pas de lapin"...
II s'ensuit un petit conflit.
3ème scène:
Vous entrez dans un restaurant, vous lisez le menu:
"Lapin chasseur avec petits légumes". Vous demandez au serveur:
"Je voudrais un lapin chasseur, sans petits légumes, mais avec des pâtes, s'il vous
plaît".
A ce moment-là, le serveur vous répond:
"Nous ne faisons pas de pâtes dans ce restaurant, et de toutes les façons, il n'y a
plus de lapin chasseur".
Et il raye du menu le lapin chasseur".
4ème scène:
Vous êtes chef d'entreprise, vous allez voir le patron
d'un restaurant:
Voilà, cher monsieur, je voudrais venir tous les jeudis, déjeuner avec mes
collaborateurs à 12 h 30, avec un "lapin chasseur" au menu. Est-ce possible?
- Je vais voir.
- Très bien, si vous ne me rappelez pas, nous arrivons tous à 12 h 30.".
Tout le monde arrive le lendemain à 12 h 30. Mais il n'y a malheureusement pas de lapin
chasseur. Vous vous plaignez auprès du patron du restaurant, qui vous répond: "Je
ne vous avais rien promis!"
Dans ces quatre scènes, je vous pose la devinette:
Qui a raison, et qui a tort?
Dans la première scène: Le client est-il en droit
d'exiger son lapin chasseur?
Oui, "C'est écrit sur la carte" vous dites vous, avec un bon réflexe de
juriste (il n'est pas nécessaire dêtre un spécialiste, pour savoir régler un
problème, très simplement, et sans avoir besoin d'une loi).
Le menu est une "offre". Et lorsque vous demandez un lapin
chasseur, vous faites une "acceptation de cette offre".
OFFRE + ACCEPTATION = CONTRAT
Dans le deuxième exemple: II n'y pas eu "d'offre".
Nous sommes dans un restaurant où il n'y a pas de menu, où l'on mange "à la bonne
franquette". Il est simplement question dune rumeur. On a "entendu
dire" qu'il y avait du lapin chasseur, ceci n'est pas une "offre".
Le restaurateur nétant pas lié par une "offre", il peut
refuser l'offre qui lui est faite par un autre.
Dans la troisième scène: Pouvez-vous exiger votre
lapin avec des pâtes?
Vous n'avez pas fait "d'acceptation de l'offre".
Vous avez fait une "acceptation avec réserve". Ce qu'on pourrait
appeler une "contre offre" ("le lapin chasseur..., mais sans petits
légumes"). C'est donc une "autre" proposition que vous faites. Dans ce
cas, il est toujours possible de refuser une suggestion. Ce que vous ne pouvez pas faire,
c'est refuser une offre que vous avez vous-même faite.
Enfin dans la quatrième scène: Le restaurateur
est-il dans une bonne ou mauvaise position?
Le restaurateur n'est pas en faute, car il ne s'était pas "lié" par une
promesse quelconque. Il s'agissait de "pourparlers exploratoires", qui n'ont pas
donné lieu à une offre ferme. Par conséquent, le patron du restaurant (même s'il est
désolé) n'est pas tenu de fournir du "lapin chasseur".
Ces exemples montrent que l'homme, par sa simple
rationalité, par son esprit, sait trouver la solution à ses problèmes. C'est en
définitive "une règle de trois": une solution qui a été
donnée par la pratique à des conflits qui peuvent se produire. Ces conflits,
généralement ne vont pas aller dans les tribunaux, car ce n'est pas pour un "lapin
chasseur" que l'on plaide devant les prétoires, même si nous avons plaisir à
prendre votre dossier. Je ne pense pas qu'il s'en présentera beaucoup comme cela.
Je vais vous donner encore un exemple concret, réel qui ne
date pas d'hier, mais qui illustre parfaitement, ce que je veux vous démontrer ici, et je
crois qu'il vaut la peine d'être cité.
Voilà, nous sommes à Londres, en 1650, dans un petit
café où les gens se rencontrent et discutent.
C'est l'époque des grandes découvertes vers l'Amérique du Nord. Les bateaux partent
chargés de cargaisons.
|