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Quand nos élus découvrent l'expatriation des compétences, des capitaux et des entreprises françaises ! Selon un dernier rapport sénatorial présenté par
les sénateurs Denis Badré et André Ferrand, 1.900.000 français vivent
et travaillent aujourd'hui à l'étranger, avec une augmentation
exponentielle de l'expatriation de 15% entre 1995 et 2000. L'étude sénatoriale a été réalisée grâce au
concours du ministère des affaires étrangères. Elle a obtenu des postes
diplomatiques et consulaires de multiples informations sur la présence
française à l'étranger et les principales caractéristiques de son
évolution. Des chiffres bruts à manier avec précaution D'autre part, le fichier des immatriculations possède une représentativité extrêmement variable selon les pays, voire les régions. Elle est bonne dans les pays présentant des risques particuliers, ou dans lesquels la communauté française compte une forte proportion de bénéficiaires d'aides sociales ou de bourses. Elle est en revanche faible dans les pays développés, et notamment en Amérique du nord, où seule une minorité de Français s'immatriculent. La non-immatriculation résulte de facteurs divers (éloignement du poste consulaire, réticences face aux démarches administratives, sentiment d'une bonne intégration dans le pays d'accueil, volonté de " couper les liens " avec l'administration française...). Enfin, l'immatriculation étant valable cinq ans, la mise à jour du fichier des immatriculés présente des imperfections. Des Français revenus en France après trois ans d'expatriation peuvent demeurer immatriculés s'ils ne se sont pas fait radier. A l'inverse, certains Français continuant de résider à l'étranger sont radiés au bout de cinq ans, faute d'avoir demandé le renouvellement de leur immatriculation. De l'automobile à l'agroalimentaire, de l'aéronautique aux télécommunications, des transports aériens au tourisme, toute entreprise se trouve, dans ce nouveau contexte, contrainte de raisonner à partir d'une demande et d'une offre mondiales. La distinction que l'on opérait hier entre secteurs d'activités abrités et secteurs exposés à la contrainte internationale a de moins en moins de sens. Aucune entreprise d'envergure nationale n'est plus, aujourd'hui, à l'abri de la concurrence internationale. Pour la plupart de ces entreprises, le maintien de leur position sur leur marché domestique passe par une internationalisation de leur activité afin de trouver de nouveaux débouchés et d'atteindre la taille critique nécessaire pour affronter une concurrence désormais mondiale. L'ouverture des marchés, la standardisation des
modes de consommation, la recherche de partenaires étrangers, le souci
d'abaissement des coûts de la main d'œuvre, l'impératif d'adaptation
constante et immédiate aux variations de la demande, tout pousse les
entreprises non seulement à exporter, mais également à s'implanter
physiquement sur de nouveaux marchés. Des capitaux mobiles Pour les entreprises et les particuliers, la globalisation des marchés français ouvre la possibilité d'investir ou de se financer sur l'ensemble des marchés internationaux. Des talents nomades
De nombreux indicateurs révèlent la propension croissante des Français et de nos entreprises à localiser leurs activités, leurs investissements ou leur patrimoine à l'étranger. L'évolution globale : 15 % d'expatriés supplémentaires en 4 ans Au cours des dernières années, les consulats ont
enregistré environ 200 000 nouveaux immatriculés par an, ce qui laisse
à penser, compte tenu des non-immatriculés, qu'environ 300 000 Français
s'expatrient chaque année (soit 1 Français sur 200).
L'évolution par zone : l'attraction du monde
anglo-saxon L'Europe occidentale et l'Amérique du nord demeurent les destinations privilégiées de nos expatriés. La présence française en Afrique stagne. Son expansion en Asie est soutenue, malgré les effets de la crise économique. Elle progresse faiblement en Amérique du sud et en Amérique centrale. Elle se développe rapidement, tout en demeurant encore limitée, en Europe de l'est. Deuxièmement, trois pays enregistrent une augmentation extrêmement soutenue des immatriculations : le Royaume-Uni (+ 33,3 % en 4 ans), le Canada (+ 25,8 %) et les États-Unis (+ 20,7 %) - démontrant l'effet d'attraction exercé par le monde anglo-saxon. On constate que, numériquement, deux catégories dominent assez largement chez les expatriés : les cadres et professions intellectuelles, catégorie la plus nombreuse, qui a augmenté de près de 20 % en 4 ans, et les employés, en très forte augmentation eux aussi (+ 24,4 %).
Quatre zones absorbent l'essentiel de l'augmentation de la population française travaillant à l'étranger :
Deux catégories socio-professionnelles réalisent plus des trois quarts de l'accroissement de la population française travaillant à l'étranger :
On constate, cependant, que l'effectif des employés augmente essentiellement en Europe. Près de 24 000 d'entre eux travaillent en Suisse, 20 000 au Royaume-Uni et 17 800 en Allemagne. Dans ces trois pays, le nombre d'employés français s'est accru mais l'augmentation la plus spectaculaire s'est produite au Royaume-Uni (+ 9 270 employés français en 4 ans, soit une augmentation supérieure à 85 %). Les cadres et professions intellectuelles demeurent la catégorie la plus nombreuse parmi les Français travaillant à l'étranger. Leur nombre s'est notablement accru en Amérique du nord (+ 38 %, soit 6 300 personnes supplémentaires en 4 ans) et en Asie-Océanie (+ 45 ,9 %, soit 4.260 personnes supplémentaires en 4 ans), l'accroissement étant plus modéré en valeur relative (+ 15,5 %) en Europe occidentale, bien que supérieur en valeur absolue (6 700 personnes supplémentaires). Le Royaume-Uni crée une attraction soutenue qui
s'exerce sur toutes les catégories socio-professionnelles
La communauté française en Suisse est la deuxième
en Europe et la troisième dans le monde, par ordre d'importance (115 000
immatriculés, 136 000 personnes en englobant l'estimation des
non-immatriculés). Elle continue à croître (près de 16 000
immatriculés supplémentaires, soit une hausse de 16 % en 4 ans). Elle
compte une très forte proportion de binationaux (61,5 %), qui ont acquis
la nationalité par mariage (couples mixtes) ou filiation.
La communauté française en Belgique connaît une
augmentation modérée (+ 6,5 % pour les immatriculés, + 9,6 % pour la
population totale estimée, de 1995 à 1999). La communauté française aux États-Unis, évaluée
à près de 245 000 personnes, est numériquement la première au monde.
Près des deux tiers des Français ne sont pas immatriculés, le nombre
d'immatriculés ayant progressé de près de 15
000 personnes en 4 ans (+ 20,7 %), pour atteindre 85 124 personnes fin
1999. Le poste de Chicago, qui a vu sa population
française pratiquement doubler en 4 ans, a formulé les observations
suivantes : " Les expatriés sont attirés par une société qui
favorise la catégorie de population à laquelle ils appartiennent
(jeunes, déjà diplômés et bien formés, prêts à s'investir fortement
dans leur travail), dans un contexte économique qui leur est favorable.
Un emploi est trouvé facilement avec un niveau de salaire beaucoup plus
élevé qu'en France, une hiérarchie jugée moins pesante, un accès
rapide à des responsabilités, des prélèvements fiscaux et sociaux
moindres. D'autre part, ils bénéficient pleinement du système
américain, dans la mesure où ils n'ont pas à en assumer les côtés les
plus négatifs (coûts de l'éducation scolaire et de l'enseignement
supérieur, coût des systèmes de santé, brutalité et exigence du
système pour les travailleurs plus âgés et moins qualifiés, faiblesse
du système de retraite...). Enfin, le système américain valorise
fortement les secteurs d'activité où évoluent les expatriés :
domination des professions " économiques " sur les autres
professions, notamment tous les métiers du secteur public, niveau de la
rétribution comme critère essentiel de valorisation sociale.... En ce
qui concerne les professions universitaires, des conditions de
rémunération attractives, une grande liberté d'action, une large
ouverture interdisciplinaire et des budgets de recherche souvent
considérables constituent les principaux motifs à leur expatriation.
D'une manière générale, la place de l'université dans la société
américaine offre aux professeurs une situation assurément plus favorable
qu'en France ". Il s'agit principalement :
S'agissant de la Silicon Valley, le poste
d'expansion économique de San Francisco observe qu'elle draine, depuis
les années 1970, un flux constant d'ingénieurs français, dont certains
ont bénéficié d'une réussite éclatante. Selon notre Consulat général à Montréal, qui précise que 3.350 Français sont arrivés au Québec en 1999, " ces immigrants ont généralement entre 25 et 30 ans, manifestent une grande soif de découvrir d'autres horizons, des grands espaces, une meilleure qualité de vie, et s'imaginent parfois faire fortune dans un " Eldorado mythique " où l'on parle français et dans lequel ses habitants passent toujours pour être des cousins chaleureux qui les attendent bras ouverts. Il ne s'agit pas, dans la plupart des cas, d'une rupture avec la France, mais plutôt du désir d'acquérir une expérience en se " frottant " au milieu nord-américain dans des domaines de technologies avancées par exemple. Le motif d'expatriation répond parfois à la fuite d'un contexte économique difficile sous la pression exercée par des événements personnels douloureux (séparations, divorces...), professionnels (faillites, chômage...), l'exiguïté de logements coûteux ou bien encore le stress de la vie quotidienne dans les grandes villes françaises. D'autres enfin, fuient les lourdeurs bureaucratiques et la fiscalité française et veulent totalement ignorer l'existence du réseau consulaire dans la perspective d'acquérir facilement la citoyenneté canadienne après trois ans de séjour... Les facilités offertes en matière d'accès aux crédits bancaires ou par les aides financières destinées aux investisseurs ou créateurs d'entreprises, l'existence d'une législation plus souple en matière de droit du travail et les avantages pour l'employeur de charges sociales moins élevées qu'en France, sont des arguments convaincants et particulièrement bien développés par la délégation du Québec à Paris pour attirer des investisseurs français à Montréal ". D'autres données, concernant cette fois-ci une grande école de commerce -HEC- ont été recueillies par la mission. Le directeur général du groupe HEC a précisé que sur les dernières années de la décennie précédente, environ 25 % des diplômés d'HEC trouvaient leur premier emploi à l'étranger (sans prendre en compte les coopérants du service national en entreprise), la majorité d'entre eux se dirigeant vers Londres et New York, notamment dans le domaine de la finance. L'association des anciens élèves a pour sa part recensé, pour l'ensemble des diplômés des écoles du groupe HEC, environ 2 400 résidents hors de France (11,2% des anciens élèves), dont 430 vivant aux États-Unis, plus de 400 en Grande-Bretagne, 160 en Suisse, près de 120 en Allemagne, comme en Espagne et en Belgique. Un rejet très net de la France transparaît au travers de la dénonciation d'une fiscalité dissuasive, de la lourdeur administrative et réglementaire, d'une mentalité conservatrice qui pénalise l'initiative et la réussite, des grèves à répétition... Et pour nos enfants qui restent en France que proposons-nous comme choix de société ? Patrice Planté |
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