Interview Cercle Renaissance

Michel de Poncins : Patrice Planté, vous animez depuis près de 10 ans un mouvement prônant la liberté de souscription en matière sociale et vous êtes un fervent défenseur de la liberté du capital.

Patrice Planté : La vie est ainsi faite qu’étant médecin, je suis devenu effectivement un résistant au communisme social ambiant. Je me suis rapidement passionné pour la liberté d’entreprendre et pour les mécanismes économiques régissant le système français de protection sociale.
Si notre pays semble s’enfoncer dans la décadence morale et dans le déclin économique, c’est bien grâce aux politiques sociales suivies tout au long du 20
ème siècle et dont les paradigmes datent du 19ème . Et si nous semblons incapables de réformer notre société, c’est bien parce que, sur ce point essentiel de la place de l’Etat, on continue à choisir pour les Français ! C’est l’Etat Providence.

Michel de Poncins : Pouvez vous nous en dire plus ?

Patrice Planté : On ne laisse plus aux français le choix du devenir de leur épargne et de leur capital, par une fiscalité confiscatoire. Dans une large mesure aujourd’hui, l’épargne est gaspillée ou transformée en produits essentiellement à orientation défensive. On oblige les français à acheter, par la force, des points de retraite par répartition. La France est dans un schéma collectiviste par la traque fiscale du capital.
Or, l’influence de la capitalisation libérée sur le dynamisme de l’économie est essentielle.
Le chômage est lié à l’absence de patrimoine. Les entreprises qui manquent de moyens financiers ne peuvent se développer, voire se délocalisent pour baisser leur coût de production et vont chercher des capitaux extérieurs. Inversement, des masses de capitaux prélevés par la force vont, par la volonté de technocrates anonymes et irresponsables, dans des projets non rentables.
L’Etat n’a cessé de détruire le capital, le patrimoine, la chaîne naturelle qui unissait les générations.
Nous sommes face aujourd’hui à une lutte des classes d’âges, aussi dangereuse que la lutte des classes sociales.
Que proposons-nous à nos jeunes en dehors d’une affiliation obligatoire à des régimes en faillite ? Palpitant !
Là où nos jeunes auraient besoin de capital pour créer, on les assomme de charges, on les étouffe par une fiscalité progressive. Ne cherchons pas plus loin l’origine de la défection de notre élite au profit de l’étranger.

L’épargne est l’acte économique majeur que chacun réalise tout le long de sa vie. C’est un arbitrage entre le présent et le futur. Il ne nécessite pas l’intervention d’un tiers.
L’idée de patrimoine correspond aussi à un lien entre l’individu et sa famille. Pendant des années, l’absence d’intervention étatique permettait à nos anciens l’édification d’un patrimoine, qui transmis aux jeunes, les aidait à s’installer dans la vie professionnelle. En cassant ces liens communautaires, les hommes de l’Etat ont transformé les français en assistés et en dépendants.
La libération du capital, le respect du droit de propriété sont des notions essentielles qui animent mon combat.
Oui, je me bats pour une réforme de la Sécurité Sociale passant par le respect du droit de propriété et la liberté de souscription.

Michel de Poncins : Mais que faites vous alors des droits acquis ?

Patrice Planté : Les droits acquis sont devenus le leitmotiv des attentistes. On ne doit rien toucher. Aujourd’hui le pouvoir des retraités s’effrite, et notre génération, celle que l’on dénomme « la sacrifiée » est face à des points de retraite d’une valeur équivalente aux emprunts russes.
Des dizaines de milliards d’épargne fraîche apportées par la libéralisation de l’épargne sont sur les starting-block de l’investissement productif. Les entreprises qui manquent de fonds propres pourraient enfin se recapitaliser normalement. Le pouvoir des retraités reprendrait tout son lustre parce que les rentrées d’impôts seraient gonflées et la dette sociale contractée par le système par répartition serait épongée.

Michel de Poncins : Pourrait-on superposer ce phénomène à la chute démographique ?

Patrice Planté : Oui, parfaitement. La moyenne de désir d’enfants par couple est de 3. Pourtant nos jeunes couples se cantonnent en dessous de 2 enfants . Pourquoi ?
Trois enfants ou plus, nécessitent souvent l’arrêt du travail de la femme et des investissements matériels rendus impossibles par l’absence de capitaux. Les familles nombreuses ont été ainsi éradiquées par la 5ème République.

Michel de Poncins : Et l’assurance maladie ?

Patrice Planté : L’assurance maladie que l’on dénomme aujourd’hui « Sécurité Sociale » n’a jamais existé. L’assurance maladie, gérée par les CPAM ou les CGSS, n’est ni de l’assurance ni de la maladie.
En 2004, on ne sait toujours pas combien coûte une angine et les caisses primaires d’assurance maladie continuent à rembourser autre chose que des soins. Ce n’est pas de l’assurance car il n’y a jamais eu le calcul d’une prime, en fonction d’un risque selon des tables de mortalité ou de morbidité, réalisée par des actuaires.
Rappelons qu’en 1946, lorsque l’on instaure la sécurité sociale, le parti communiste et la CGT interdisent l’évaluation du risque maladie car nous étions dans le domaine de « la solidarité nationale ».
Nous sommes dans le cadre du non droit, de la non technicité d’assurance.
Ce phénomène a été aggravé par tous les gouvernants jusqu’à la pseudo gratuité avec la CMU. Or cette pseudo gratuité est en train d’asphyxier littéralement nos urgences hospitalières.
On est chez les soviets à l’Hôpital. Malgré la progression de toutes les disciplines médicales ou chirurgicales, la qualité des soins ne fait que diminuer, simplement par le poids du personnel dans le budget. Entre 75 et 80% du budget d’un hôpital moyen est consacré à ce personnel. Par exemple, on a créé une direction du droit du malade avec un directeur, 2, 3, 4 ou 5 personnes au détriment des équipes soignantes.
On sait très bien qu’il faudrait supprimer 1/3 des hôpitaux en France pour les remplacer par des structures plus souples, adaptées aux besoins locaux.
Les pouvoirs politique et administratif s’y refusent.
En face, le secteur privé est littéralement étranglé par les lois sociales sur les 35 heures, des paiements à l’acte volontairement sous évalués, des monopoles de réalisation de certains actes médicaux inexplicables,..

Les meilleurs spécialistes sont partis ou partent à l’étranger. Il faut plus de 6 mois pour avoir un rendez-vous chez un ophtalmologiste…

Oui, il est urgent de rendre l’argent prélevé sur les feuilles de paye aux consommateurs de soins , avec l’instauration du salaire direct. Il est urgent de remettre les Français au centre de la gestion de leur capital santé. Et ceci ne sera possible que par la privatisation et la mise en concurrence des centres collecteurs indûment appelés payeurs et par la mise en place d’une information de qualité en matière de soins et de coûts.
Les relations des français ne sont plus gérées normalement dans un état de droit, mais selon un droit d’état. C’est le droit qui est malade dans notre pays.
Or l’économie a ses règles qui ne s’adaptent pas au carcan administratif actuel.
La question de la libération du capital, sous toutes ses formes, paraîtra peut être un vœu pieux pour tous ceux qui ont la sensation de prêcher aujourd’hui dans le désert.
Pourtant, elle viendra un jour.

N’ayons donc pas peur !

  

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