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L'effet Laffer en France au cours des
années 1980
par Philippe LACOUDE
Le vingtième siècle aura été marqué par de nombreuses
crises économiques dans tous les pays du monde. Chacune d'entre elles pose le problème
des rentrées fiscales de l'Etat, dont les recettes sont intimement liées au niveau de
l'activité économique. Cette dernière est fortement influencée à son tour par la
taille de l'Etat.
Au cours de la plupart de ces crises, le législateur a
été tenté d'augmenter la pression fiscale. Pourtant, celle-ci n'est peut-être pas
l'arme absolue pour rétablir l'équilibre budgétaire, comme nous allons tenter de le
montrer dans les pages qui suivent.
En effet, les taxes ne sont pas sans effet sur le niveau de
l'activité humaine. Si elles deviennent trop fortes, elles peuvent convaincre les
producteurs de renoncer à vendre une partie des services de leur travail à titre
fiscalisé pour se consacrer à des activités non ou moins taxées. Les recettes fiscales
varient alors en sens inverse du taux d'imposition. Ce phénomène, connu depuis plus de
deux siècles, est appelé "effet Laffer", du nom d'un économiste américain
qui l'a popularisé en 1978.
Nous allons rappeler les idées simples qui démontrent
l'existence de cet effet, et ne consistent finalement quà appliquer les lois de
l'offre et de la demande. Ensuite, nous verrons sur quelques exemples pratiques étrangers
les effets de la prise en compte explicite d'un tel phénomène. Notre objectif final
consistera à chercher si certaines données économiques tendent à prouver de manière
irréfutable qu'un tel phénomène existe en France. Dans un tel cas, pour augmenter les
recettes de l'Etat, il faudrait baisser les impôts et non l'inverse.
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1. Fondements théoriques
de la courbe de Laffer
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Dans une première partie nous allons évoquer les
fondements de la théorie des prix qui pourraient conduire à ce que les recettes fiscales
décroissent avec la hausse du taux marginal d'imposition au-delà d'un certain niveau. Il
existe deux raisons principales qui expliquent un tel phénomène. Tout d'abord, l'impôt
sur le revenu introduit une certaine distorsion de prix relatif entre le travail marchand
et les loisirs. Ensuite, il introduit un biais dans les préférences des individus en
faveur de la consommation et au détriment de l'épargne.
1.1. Impôt sur le revenu et
partage entre loisirs et activités marchandes
L'effet le plus connu de l'impôt, et celui qui est
généralement invoqué pour justifier l'existence théorique d'une courbe de Laffer, est
la distorsion de prix relatifs entre loisir et activités marchandes introduite par
l'impôt sur le revenu. En termes simples, on attribue généralement un caractère
désincitatif à l'impôt. Au-delà d'un certain taux, les individus auraient tendance à
baisser leur offre de travail marchand dans de telles proportions, qu'une hausse de
l'impôt n'engendrerait pas, paradoxalement, la hausse attendue des recettes de l'Etat.
Ce résultat provient de la façon dont les individus
réagissent à une variation de salaire réel. Comme nous allons le voir, si le salaire
augmente, l'offre de travail des individus sur le marché devrait augmenter.
Pourtant, un contre argument puissant à de tels
phénomènes est souvent avancé. Certains économistes prétendent en effet, que si des
individus très riches font face à une hausse de salaire, ils n'augmenteront pas leur
offre de travail mais la réduiront de façon à profiter des loisirs nouveaux offerts par
le surplus de revenus. De la même façon, une baisse du taux de salaire pourrait conduire
les individus à offrir plus de travail pour maintenir leur niveau de vie antérieur. Nous
verrons pourtant que de telles assertions, dont les fondements économétriques relèvent
du cas particulier, n'interdisent nullement l'existence de la "courbe de
Laffer".
1.1.1. Résultat classique.
Schématiquement, les individus disposent de leur temps à
répartir selon deux types d'activités, le loisir, c'est-à-dire les activités
domestiques qui ne sont pas fiscalisées, et les activités marchandes qui sont
fiscalisées.
Imaginons une société sans taxes. Un agriculteur qui
cultive du blé vend sa production sur le marché. Son activité lui rapporte 100 francs
de l'heure. Il peut acheter du pain à son boulanger, pour 33 francs du kilogramme. S'il
produit lui-même son pain, chez lui, il en a pour une demi-heure de temps. Ses choix sont
donc simples. Soit il achète du pain sur le marché, cela lui coûte 20 minutes de
travail - le temps qu'il lui faut pour obtenir 33 francs de production de blé - soit il
produit lui-même son pain, cela lui coûte 50 francs en terme de production de blé au
prix du marché. La décision la meilleure pour lui est de quitter l'autarcie, de vendre
plus de blé et d'acheter du pain à son boulanger. La production marchande est augmentée
de 33 francs de blé et de 33 francs de pain.
Imaginons maintenant que l'Etat fixe une taxe de 50%. En
une heure de production, l'agriculteur n'obtient plus que 50 francs de revenu réel. Le
solde, 50 francs, est donné à l'Etat. Les choix sont très simples dans ce cas là
aussi. Soit il produit du blé pour acheter du pain, soit il transforme lui-même son blé
en pain. Dans le premier cas, il lui faudra 40 minutes de travail, dans l'autre toujours
une demi-heure. Le système optimal de production est l'autarcie. La production marchande
est alors amputée des 33 francs de blé et des 33 francs de pain, ci-dessus cités.
Cet exemple n'est pas anecdotique. Nous sommes entourés
d'exemples de ce genre. Le problème est d'identifier ce type de phénomènes. Lorsque
certains proposent d'exonérer les employés de maison de charges sociales, ils ne
proposent pas autre chose que d'accroître la division du travail. De la même façon, si
les français bricolent tant chez eux le week-end, c'est précisément parce qu'il est
plus compétitif de le faire soit même, à un rendement très faible, plutôt que
d'appeler les artisans spécialistes du domaine qui eux auraient une efficacité
incomparable. De ce point de vue, les artisans sont un groupe de pression qui aurait un
immense intérêt à réclamer une baisse de l'impôt pour augmenter leur compétitivité
par rapport au travail domestique. Peu d'entre eux en sont réellement conscients. De la
même façon, comment se fait-il que tant de Français posent eux-mêmes leur autoradio ou
changent leurs plaquettes de freins alors que le garagiste, à 100 mètres de chez eux,
pourrait faire la même chose en trois fois moins de temps? La réponse à ce type de
question tient simplement au niveau de l'impôt. Si son taux est de 50%, il faut que
l'artisan soit quatre fois plus efficace que son client, si celui-ci a le même salaire
horaire, pour que l'échange soit bénéfique.
Nous pouvons illustrer ce que nous venons de dire par le
traditionnel graphique d'arbitrage entre travail et loisirs. Un individu dispose de 24
heures par jour. S'il travaille zéro heures, son revenu est nul, s'il travaille 24
heures, son revenu vaut 24w, où w est son taux de salaire horaire. Bien sûr, n'importe
quelle combinaison intermédiaire - point de la droite AB - est possible. Le point
d'équilibre E est celui qui égalise l'utilité marginale de la dernière heure de
travail à l'utilité marginale de la dernière heure de loisir. La courbe d'utilité U0
est tangente à la droite (AB) en E.

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