Analyse économique de la Monnaie

Par Véronique de Rugy

Partie 1: Qu'est-ce que la monnaie?
   1. Quelques définitions de la monnaie
   2. Les origines de la monnaie
   3. Rôle et fonctions de la monnaie
      a) Le rôle d'intermédiaire dans les échanges ou moyen de l'échange indirect
      b) La fonction de réserve de valeur dans le temps et dans l'espace
      c) Le rôle d'étalon de valeur ou encore d'unité de compte
   4. Le prix et la valeur de la monnaie
      a) La valeur subjective de la monnaie
      b) Le prix de la monnaie
      c) Les variations du prix de la monnaie

Partie 2: L'inflation
   1. L'inflation est un phénomène monétaire!
      a) Les prétendues vertus de l'inflation
      b) Comment créer de l'inflation? Qui détient le secret de la fabrication?
      c) La demande de monnaie et l'usage que l’on en fait: la consommation ou l'épargne
   2. Le processus inflationniste et ses conséquences économiques, politiques et sociales
      a) Les conséquences économiques de l'inflation
      b) Les autres conséquences de l'inflation
      c) Le coût de l'inflation
      d) L'inflation politique délibérée
      e) La fin inévitable de l'inflation

Pourquoi me direz-vous parler de monnaie ou d’inflation dans un site centré sur des problèmes professionnels de la santé?
Et bien, parce que le problème de la faillite prévisible des retraites doit intéresser chacun d’entre nous.
Parce que la répartition a été avancée comme solution miracle à l’inflation.
Et parce qu’aujourd’hui la redistribution riches pauvres s’élève à 50 Milliards de Francs, la redistribution actifs vers inactifs à 600 Milliards de Francs et devrait atteindre 1.200 Milliards dans moins de 10 ans.
La faillite de l’état providence est donc annoncée ainsi que le système de collectivisation de l’épargne.

Mais, au fait, qu’est ce que la monnaie ?
Comment l’Etat peut-il payer ses dettes en dehors de l’inflation ?
Qui est spolié avec cette monnaie de singe?
Comment s’en préserver?

Voilà quelques thèmes qui sont abordés par V de Rugy au cours d’une conférence qui a eu lieu à Paris le Samedi 15 juin 1996 en présence de nombreux confrères.

Patrice PLANTÉ

Partie 1: Qu'est-ce que la monnaie ?

L'analyse qui sera développée ici est celle des économistes de l'école autrichienne tels que Carl Menger, Ludwig Von Mises ou encore Pascal Salin. Cette analyse est non seulement la plus intéressante mais surtout elle nous semble la plus pertinente puisqu'elle applique à la monnaie la même théorie de la valeur qu'à tous les autres biens. La monnaie est un bien qui est considéré par les individus différemment des autres biens qu'ils utilisent, mais c'est un bien en ce sens qu'il fait l'objet d'un comportement économique de la part des individus: c'est un moyen rare de l'action et les individus arbitrent en permanence entre le détenir ou non et dans quelles proportions.

1. Quelques définitions de la monnaie

Nous parlons tous de monnaie mais ce terme qui nous semble extrêmement familiers l'est-il vraiment?

  • " Monnaie N.F Pièce de métal frappée pour servir aux échanges. Équivalent de la valeur d'un billet ou d'une pièce en billets ou pièces de moindre valeur " l.
  • " La monnaie est constituée par les moyens de paiement, de règlement: elle permet l'extinction immédiate d'une dette. Dans les sociétés modernes plusieurs formes de monnaie correspondent à cette définition: billets, pièces, chèques, cartes de paiement ".
  • " La monnaie est constituée par l'ensemble des moyens de paiement usuels sur un territoire donné. Elle comprend les billets et tous les dépôts susceptibles d'être transférés par chèque ou virement ".

Jean-Baptiste Say, un grand économiste français du 19ème siècle, définit la monnaie en ces termes: " C'est une marchandise divisible au point de se proportionner à l'importance de toutes espèces d'achats, et qui convienne infailliblement au possesseur de la marchandise dont on a aujourd'hui besoin ".

" Une marchandise qui est utilisée de manière générale comme moyen d'échange est une monnaie ". Or, il est difficile d'établir une distinction nette entre l'usage d'une marchandise en tant que moyen d'échange et son usage en tant que monnaie donc nous dirons que tout moyen d'échange est forcément une monnaie et inversement.

L'économiste français Pascal Salin en donne une définition plus élargie en écrivant que la monnaie est un bien complexe qui rend un ensemble de services, appréciés de manière différentes par des individus différents.6 Mais surtout, dit-il, la monnaie est un pouvoir d'achat généralisé, échangeable dans le temps et dans l'espace.

On voit que la définition de la monnaie retenue par de nombreux auteurs est essentiellement fonctionnelle.

2. Les origines de la monnaie

Parler de l'origine de la monnaie revient essentiellement à parler du besoin de monnaie que les hommes ont pu ressentir au cours des temps.

Ce besoin de monnaie qui fut à l'origine de l'invention de la monnaie trouve son point de départ, dans ce que Michel Chevalier appelle, "un des attributs principaux de l'espèce humaine, un des mobiles les plus féconds, les plus énergiques et les plus divers par leurs effets, dans une de ses plus grandes forces, à savoir la sociabilité ". Il ajoute que c'est cette sociabilité qui se manifeste en permanence à travers l’échange.

En réalité, dit-il, "la monnaie est venue au monde à la suite de l'échange et à cause de l'échange".

Carl Menger, le père fondateur de l'école Autrichienne en Sciences Economiques, a longtemps insisté sur le fait que "l'apparition de la monnaie est le produits des hommes et non l'invention d'un seul, ce qui la rend d'ailleurs difficile à dater. La monnaie ne fut pas plus instituée par une loi puisqu'en réalité, elle est apparue comme le résultat spontané [... ] d'efforts individuels et particuliers des différents membres de la société'

Ludwig Von Mises, son successeur à la tête de l'école de Vienne, ajoute que les thèses des économistes qui ont tenté d'expliquer l'origine de la monnaie par voie de décret, ou de convention, supposent que les hommes de l’Etat sont capables de dresser le plan social d'un ordre économique entièrement différent des conditions réelles de leur temps, et de comprendre l'importance d'un tel plan "

Or ces thèses lui apparaissent aussi fausses que celle de Menger est correcte.

En réalité, l'apparition de la monnaie sur le marché est le résultat d'un processus de sélection par les individus qui se livrent à l'échange et ce, sans qu'aucune intervention de l'État ne soit nécessaire. En d'autres termes, la monnaie est le résultat des actions individuelles d'échange mais pas de leurs intentions. Bien entendu cette notion de processus de sélection sur le marché n'est pas indépendant des actions donc des intentions individuelles. Elle implique que la monnaie existe parce qu'elle est un moyen de l'action pour les individus qui l'utilisent intentionnellement dans leurs actions comme un moyen pour atteindre une certaine fin. Donc, si un certain bien devient une monnaie ce n'est pas la résultante d'un des dessein " conscient " à l'échelle de la société, mais des volontés individuelles et en aucun cas de la décision un individu ou d'un homme de l'État.

Mais revenons à l'origine du besoin de monnaie.

Dans la Richesse des Nations, A. Smith consacre un chapitre entier à l'origine et à l'usage de la monnaie.

Le besoin de monnaie, dit-il, est apparu de l'impossibilité constatée des hommes à effectuer tous les échanges directs désirés. En effet, l'échange direct, plus communément appelé le troc, a permis dans un premier temps aux hommes de dégager des gains substantiels par rapport à une situation d'autarcie et il a permis un début de division du travail qui a entraîné un accroissement de la productivité. Cependant, comme on l'imagine facilement, le troc limite de façon conséquente les avantages de l'échange puisqu'il nécessite la coïncidence des besoins des individus qui désirent échanger, et que si l'échange est limité l'accumulation du capital nécessaire à la croissance est rendue presque impossible, le tout imposant un grave problème d'estimation des biens et de choix dans des investissements ou des actions sans dénominateur commun.

Ainsi nous dit A. Smith, c'est " pour éviter les inconvénients de cette situation, que tout homme prévoyant, dans chacune des périodes de la société qui suivirent le premier établissement de la division du travail, dut naturellement tacher de s'arranger pour avoir par devers lui, dans tous les temps, outre le produit particulier de sa propre industrie, une quantité de quelque marchandise, qui fut, selon lui de nature à tant de monde, que peu de gens fussent disposés à la refuser en échange du produit de leur industriel ".

La monnaie est donc un instrument d'échange et plus particulièrement d'échange indirect.

Mises définit l'échange indirect comme " un échange interpersonnel où se trouvent interposés entre les biens et services, dont l'échange de l'un pour l'autre est le but ultime de la transaction, un ou plusieurs instruments d'échange ".

L'échange indirect permet aux hommes de surmonter les inconvénients qu'imposent le troc (ou l'échange direct).

Il ajoute que c'est parce que la situation des deux parties se trouve améliorée, à mesure que l'on va de l'échange direct vers l'échange indirect, que l'on donne la préférence comme instrument intermédiaire d'échange, à certains biens caractérisés par leur aptitude particulière à être acceptés par le marché (ainsi, c'est parce que l'homme éprouve des difficultés à obtenir par le troc ce dont il a envie, que la monnaie est apparue et que pour cela l'intervention de l'État ne fut pas nécessaire).

De là se pose le choix du bien qui va remplir ce rôle d'instrument intermédiaire dans les échanges.

Quelles sont les éléments qui transforment une marchandise particulière en moyen d'échange?

L'histoire nous enseigne qu'initialement "l'unité monétaire commença à être empruntée à la nature". Adam Smith nous donne d'ailleurs quelques exemples qui confirment, non seulement que le rôle de monnaie fut joué par des marchandises aussi nombreuses que variées, mais aussi que ce besoin de monnaie était universel : "Dans la Rome ancienne on utilisait le bétail. Le sel fut utilisé en Abyssinie. Certains coquillages eurent ce rôle dans des contrées de la côte de l'Inde. La morue sèche à Terre-Neuve, le tabac en Virginie, dans certaines colonies des Indes occidentales on utilisait le sucre et enfin les peaux ou les cuirs en Écosse et même les clous" .

Cependant, il apparaît que, dans tous les pays, on donna peu a peu la préférence aux métaux plutôt qu'aux autres denrées périssables.

En fait, le choix des métaux en général est dû à ce que " les métaux ont l'avantage de pouvoir se garder avec aussi peu de déchets que quelques autres denrées que ce soient, aucune n'étant aussi peu périssable qu'eux, mais encore ils peuvent se diviser sans perte en autant de parties que l'on veut, ces qualités particulières en faisant les instruments les plus propices au commerce et à la circulation "

On sait qu'au départ, le fer fut utilisé chez les Spartiates, le cuivre chez les premiers romains et l'or et l'argent chez les peuples les plus commerçants et les plus riches. Puis, peu à peu, seuls les métaux précieux que sont l'or et l'argent jouèrent ce rôle d'instrument d'échange. Conformément à ce qui est dit plus haut, on a pu observer, que l'utilisation de l'or et de l'argent fut un processus spontané de sélection par les utilisateurs

Comme expliquer cette sélection?

Ces deux métaux précieux se sont imposés par leurs qualités physiques et économiques et non pas arbitrairement; ils se sont trouvés être les plus belles marchandises, ayant la plus grande valeur sous un petit volume et ayant la valeur la plus stable dans le temps

De plus, il apparaît clairement que les hommes les ont aussi sélectionnés car ils ont le mérite d'être " inaltérables, faciles à garder, sans changement de valeur subite et étendue et faciles à distinguer "

Pour résumer on peut dire que, pour qu'une marchandise soit sélectionnée comme monnaie par les individus, elle doit :

  1. être un intermédiaire dans les échanges et permettre l'échange indirect,
  2. être divisible en petites unités sans perdre de valeur et doit pouvoir être transporter dans le temps et dans l'espace sans que sa valeur ne subisse de trop grandes variations et enfin
  3. servir d'étalon de valeur ou d'unité de compte.

A l'origine ces métaux étaient utilisés en barres informes, sans marque ni empreinte ce qui avait un inconvénient majeur: à chaque fois qu'un échange devait avoir lieu les deux échangeurs se trouvaient dans l'embarras de les peser et ensuite de les essayer afin de vérifier leur réelle qualité.

C'est pour faire face à cet embarras et pour prévenir des abus éventuels, pour faciliter les échanges et encourager tous les genres de commerce et d'industrie que les pays ont trouvé nécessaire de marquer d'une empreinte publique une certaine quantité de métaux particuliers qui leur servaient de monnaie. C'est là que l'on trouve " l'origine de la monnaie frappée et des établissements publics destinés à fabriquer la monnaie ".

Cependant, pendant de longues années les individus se sont servis de façon continue de la monnaie sans avoir recours à l'État pour garantir sa valeur.

Adam Smith précise même que les romains, jusqu'au temps de Servius Tullius (535 A.J.C.), n'avaient pas de monnaies frappées par l'État mais avaient pourtant un système monétaire extrêmement développé.

Initialement, l'empreinte publique devait assurer la bonté ou le degré de pureté du métal. et donc de la monnaie qui n'était d'ailleurs frappée que d'un côté.

Bien entendu, ce rôle de certifier les monnaies dont étaient chargés les États fut très rapidement détourné à leur profit et est malheureusement à l'origine d'une erreur très courante de nos jours qui consiste à considérer que les autorités monétaires sont pour quelque chose dans la valeur de la monnaie.

Comment cela est-il arrivé?

Les États qui devaient certifier la qualité et la quantité de métal dans une pièce, ont peu à peu cessé de faire apparaître le poids sur la pièce mais juste son nom ou leur sceau.

C'est comme ça que, peu à peu, les individus ont commencé à faire abstraction de la quantité de matière précieuse que représentait réellement une pièce pour ne porter leur attention que sur le nom de cette monnaie.

Pour donner un exemple de ce phénomène il nous suffit de nous reporter à notre propre expérience; nous ne nous préoccupons plus du tout de la quantité de métal contenu dans une pièce de 5 francs mais ne nous attachons qu'à son nom "pièce de 5 francs" et à sa marque de fabrication "République Française". Or, ceci va à l'encontre de ce que représente la monnaie.

3. Rôle et fonctions de la monnaie.

Le rôle de la monnaie prend dans l'analyse économique un contenu spécifique lié aux fonctions qui lui sont reconnues au travers de ses différentes formes. La conception la plus traditionnelle des fonctions de la monnaie avait déjà été formulée par Aristote qui reconnaissait à la monnaie trois fonctions (unité de compte, moyen de paiement, et réserve de valeur).

Nous allons étudier ces trois fonctions en commençant par celle qui nous semble avoir la plus grande importance.

a) Le rôle d'intermédiaire dans les échanges ou moyen de l'échange indirect.

" Un instrument d'usage commun est appelé monnaie ", nous dit Mises en précisant que la théorie de la monnaie a toujours été la théorie de l'échange indirect ..

Comme nous l'avons déjà dit, à un moment du développement des sociétés, les individus incommodés par le troc en viennent à utiliser dans leurs échanges un bien dont ils n'ont pas directement besoin, "ainsi naît de façon spontané, l'échange indirect ".

Le bien qui a été sélectionné pour être une monnaie et qui joue le rôle d'intermédiaire dans les échanges peut évidemment être désiré pour lui même mais, ce qui est remarquable, c'est que ce bien intermédiaire est acquis par des individus qui ne s'en serviront éventuellement jamais directement, mais qui savent ou croient savoir que d'autres leur attribuent de la valeur.

Cette fonction spécifique de la monnaie, est un moteur de la société puisqu'elle permet la spécialisation des individus au niveau de leur production et augmente considérablement les possibilités d'échange.

Pour certains économistes, cette fonction d'intermédiaire dans les échanges est " la seule fonction de la monnaie, toutes les autres fonctions qu'on lui attribue étant simplement des aspects particuliers de cette fonction primordiale et unique, d'être un instrument intermédiaire des échanges ".

Pour d'autres, " la fonction essentielle de la monnaie qui est de faciliter les échanges, en se faisant accepter par tous, fait qu'elle devient littéralement le médium la circulation des produits

C'est cette fonction essentielle de la monnaie qui fait qu'on la définit comme ayant un pouvoir libératoire immédiat et illimité, elle est d'ailleurs privilégiée par Jacques Rueff, un grand économiste français de notre siècle, qui ajoute "que cette fonction confère à la monnaie sa supériorité sur le troc ".

Ainsi, cette fonction d'intermédiaire dans les échanges de la monnaie en fait donc une des causes fondamentales du passage du stade primitif du troc à celui de la société moderne d'échanges complexes.

Évidemment cette fonction théorique de la monnaie elle est entièrement validée dans la pratique.

En effet, " ce qui compte c'est qu'un homme acquiert un bien non pour le consommer ou l'utiliser à produire, mais en vue de le céder dans un acte ultérieur d'échange. Une telle conduite de certaines gens fait d'une marchandise un intermédiaire d'échange et si cet usage de ce bien-là devient habituelle, la pratique en fait une monnaie ".

b) La fonction de réserve de valeur dans le temps et dans l'espace.

" La monnaie est une réserve de pouvoir d'achat disponible à tout moment, elle est donc un pouvoir d'achat généralisé dans le temps et dans l'espace ".

Cette fonction de réserve de valeur explique le choix de l'or et de l'argent comme monnaie-marchandise.

Ces marchandises ayant la caractéristique d'être non périssables et de ne pas subir de fortes fluctuations de valeur au cours du temps (voir l'origine des monnaies).

Cette aptitude d'un bien particulier à transporter du pouvoir d'achat dans le temps se traduit par deux choses:

- Tout d'abord sa liquidité, "On serait tenté de dire sa monétarisé si le mot existait". Il est en effet très important d'insister sur la faculté qu'a la monnaie de pouvoir, premièrement, être échangeable à tous moment, au gré de son détenteur et deuxièmement de pouvoir être échangeable contre n'importe quel bien et pas seulement contre le bien dont on a du se séparer pour l'obtenir, comme c'est le cas pour le troc. Bien entendu, un bien qui est reconnu comme monnaie est un bien dont la capacité à être échangée est reconnue par tous.

- Ensuite, et découlant de ce qui précède, il est indispensable que l'information sur cette marchandise particulière soit répandue et facilement accessible afin que les utilisateurs potentiels puissent évaluer le risque qui y est attaché, c'est-à-dire sa solvabilité. Non seulement cette marchandise particulière doit pouvoir être échangée à tout moment, contre n'importe quel bien, mais elle doit aussi pouvoir être échangée avec n'importe qui. C'est le cas en ce qui concerne l'or et l'argent, "une pièce d'or ou d'argent fournit un bon niveau d'information au sujet de l'acceptabilité et de la capacité à maintenir un pouvoir d'achat, ainsi l'utilisateur potentiel peut évaluer le risque qu'il court en acceptant cette marchandise particulière plutôt qu'une autre". Une fois encore, le bien sélectionné à travers les choix des individus, révélés au cours de leurs échanges interpersonnels, est " le bien auquel le marché sera le plus largement accessible ".

c) Le rôle d'étalon de valeur ou encore d'unité de compte.

" Cette fonction d'unité de compte fait de la monnaie la mesure du prix des autres marchandises. Une unité monétaire permet la mesure de la valeur des biens et la comparaison de cette valeur avec celle des autres biens, c'est donc un étalon de mesure qui facilite l'échange ".

Il est évident que cette fonction d'unité de compte est extrêmement importante pour celui qui désire comparer différents investissements et leurs rendements futurs. Cette fonction d'unité de compte (appelée "équivalent général" par Marx) est généralement la première fonction de la monnaie présentée et nombreux sont les économistes qui ont aujourd'hui, pour le plus grand bonheur de nos dirigeants, succombé à la tentation de définir une monnaie avant tout comme un numéraire. En réalité et contrairement à cette idée largement répandue, cette fonction n'est pas la plus importante. D'ailleurs "une monnaie peut très bien ne pas jouer ce rôle". En effet, même en l'absence d'une monnaie, c'est-à-dire d'un bien apte à constituer un pouvoir d'achat généralisé, on peut imaginer qu'un numéraire apparaisse. Historiquement certaines "monnaies" n'ont été que des unités de compte. Par exemple on sait que dans toute l'Europe du Moyen-Age, les prix étaient exprimés dans une unité: la livre qui était purement abstraite: les unités locales se définissaient par rapport à elle et c'est tout. Mais cela signifie-t-il que l'on puisse définir une monnaie par sa seule qualité de numéraire?

Évidemment l'existence d'un numéraire facilite les échanges puisqu'il permet de faire des économies importantes d'informations et donc, l'adoption d'un numéraire représente un progrès technique dans le domaine des transactions.

Il y a bien sur toutes les raisons de penser qu'un bien qui est utilisé comme numéraire finisse par jouer en même temps le rôle de monnaie, mais ce n'est en rien une obligation. Nous rappellerons encore une fois qu'il est impossible de dater l'apparition d'un numéraire et l'apparition d'une monnaie car ces grandes Inventions de l'esprit humain ne résultent pas de la décision d'une quelconque autorité, mais sont le produit d'un processus spontané 36.

La grosse différence entre un bien qui jouerait le rôle de numéraire et un autre qui jouerait celui de monnaie est que le premier n'est pas utilisé comme pouvoir d'achat généralisé, c'est-à-dire moyen d'échange indirect et réserve de valeur. Or, c'est cette fonction primordiale qui est recherchée par les individus désireux d'interagir à une plus grande échelle et de façon plus complexe.

Il est cependant plus commode d'utiliser le même bien à la fois comme monnaie et comme numéraire, c'est d'ailleurs la situation à laquelle nous sommes habitués

4. Le prix et la valeur de la monnaie.

Comme nous l'avons expliqué la monnaie est la cause du passage de la société d'une situation de troc à une société d'échanges complexes et indirects. Il suffit de se pencher sur toutes les discussions et tous les débats sur la théorie quantitative de la monnaie pour comprendre que la valeur de la monnaie est un sujet controversé. Une fois encore, l'analyse de la valeur de la monnaie développée par les économistes de l'école de Vienne est de loin la plus intéressante et la plus pertinente. La monnaie est un bien qui est considéré par les individus différemment des autres biens qu'ils utilisent, mais c'est un bien comme les autres biens en ce sens qu'il fait l'objet d'un comportement économique de la part des individus: c'est un moyen rare de l'action et les individus arbitrent en permanence entre le détenir ou non et dans quelles proportions.

C'est pour ces raisons qu'il faut lui appliquer la même théorie de la valeur que pour tous les autres biens: la théorie de la valeur subjective.

a) La valeur subjective de la monnaie.

" Le fondement de la valeur de la monnaie c'est l'utilité venant de l'usage monétaire et non les qualités propres du métal ".

J.B. Say applique à la monnaie une théorie de la valeur-utilité. Il nous dit que c'est l'utilité des monnaies qui nous pousse à les rechercher et ceci quand nous en éprouvons le besoin, c'est-à-dire quand nous voulons vendre ou acheter quelque chose.

Quand peut-on dire qu'une monnaie est utile?

La monnaie est un instrument d'échange indirect, elle doit être un pouvoir d'achat généralisé dans le temps et dans l'espace. Si elle facilite les échanges entre les individus et qu'elle est demandée parce qu'elle correspond à ce que les individus désirent alors on peut dire qu'elle est utile. L'individu demande la monnaie qui lui parait la plus utile (lorsqu'il a la possibilité de choisir entre plusieurs monnaies). Cette monnaie lui semble d'autant plus utile qu'il a l'impression qu'elle remplit mieux son rôle et ses fonctions.

Deux facteurs semblent prédominants pour expliquer l'utilité d'une monnaie

  • " Une monnaie est utile pour moi si elle est utile pour les autres ".
    Il faut donc qu'elle soit acceptée par les autres, car plus elle est acceptée, plus elle rend de services et donc mieux elle joue son rôle de monnaie (de pouvoir d'achat généralisé). On dira qu'elle est dotée d'un plus grand degré de liquidité. De plus, plus elle est liquide, plus elle est demandée et par conséquent plus elle circule. On a là un phénomène cumulatif dans l'usage de la monnaie et dans son étendue de circulation.
  • " Une monnaie est d'autant plus utile qu'elle permet à un individu d'obtenir les biens qu'il désire, à quelque moment que ce soit ".Un individu qui projette d'acheter des biens dans le futur choisira, à liquidité égale, la monnaie dont il estime que le pouvoir d'achat, en termes de marchandises sur lesquelles il effectue des transactions, se conservera le mieux . Bien entendu, cette évaluation est purement subjective. Cependant, on remarquera que depuis des siècles la monnaie est détenue sans contrainte, malgré le sacrifice lié à sa détention.

C'est de cette utilité que dépend la valeur de la monnaie.

Cette valeur est déterminée par ceux qui la désirent et qui expriment ce désir à travers leurs demandes, et c'est elle qui détermine le pouvoir d'achat de la monnaie.

Or, nous avons vu que la monnaie est demandée quand elle est perçue comme utile par les utilisateur de monnaie et elle sera d'autant plus demandée qu'elle est utile.

Ceci nous renvoie une fois encore à une question d'information puisque la valeur d'une monnaie dépend de son utilité, donc de sa capacité à jouer mieux son rôle, c'est-à-dire de ce que les gens savent d'elle et donc de la confiance qu'ils accordent à une certaine monnaie. C'est pour cette raison que l'on peut dire que, dans un système de production d'une monnaie "non-étatisée", la production de monnaie est donc une production de confiance.

Dans le cas d'une pièce de monnaie, le client potentiel doit obtenir des informations sur la teneur réelle de la pièce qu'il obtient dans l'échange. Or, on se rappelle que c'est de l'embarras que l'on avait lors des échanges de vérifier et de certifier le contenu des pièces qu'est apparue la frappe des pièces par l'État.

Il avait, au départ le rôle de certifier et de garantir la qualité des pièces. Bien entendu, cette tache qui consiste à certifier la valeur des pièces aurait tout à fait pu être effectuée par un expert privé mais les hommes de l'État ont très vite réalisé l'immense bénéfice qui pouvait être tiré de la monopolisation de la production monétaire. Peu à peu, l'État a non seulement certifier la qualité des pièces mais il a même voulu faciliter la tache en émettant lui-même la monnaie (Mythe de l'État bienveillant). Il devenait donc un producteur à part entière, et même plus il devenait un producteur de confiance. Ce qui m'amène à faire un petit retour en arrière.

Les métaux se sont vus imposer, pour des raisons de facilité, une empreinte. Au départ ces empreintes n'étaient frappées que d'un coté de la pièce et elles certifiaient le degré de fin, mais pas le poids du métal. Au cours de l'échange, les échangistes pesaient les pièces qui étaient donc reçues au poids et non pas au compte. La difficulté de peser les pièces donna lieu à l'institution du coin: les pièces étaient à présent frappées des deux cotés certifiant le poids et le degré de fin. Les pièces furent des lors reçues par compte, comme aujourd'hui, sans qu'on ne prit plus la peine de les peser.

Les utilisateurs de monnaie avaient donc peu à peu perdu l'habitude de peser leurs pièces témoignant ainsi de la confiance qu'ils avaient envers le producteur et donc envers le gouvernement, qui s'était imposé comme seul producteur de monnaie.

Or il se trouve, nous dit A. Smith, " que dans tous les pays du monde, la cupidité et l'injustice des princes et des gouvernements, abusant de la confiance des sujets, ont diminué par degré la quantité réelle de métal qui avait été d'abord dans les monnaies [ ] se mettant ainsi en état de payer leurs dettes et de remplir leurs engagements avec un quantité de métal moindre que celle qu'il lui aurait fallu sans cela [ ] privilège qui fut accordé à tous les autres débiteurs de l'État. La monnaie nouvelle était donc dégradée et on violait les droits de propriété de tous les créanciers ".

M. Chevalier, grand économiste du 19ème et éditorialiste célèbre du premier Journal des Économistes et des Statistiques, n'hésite pas , après avoir rappelé que les pires des faux-monnayeurs ont été les rois, à appeler cette pratique par son nom à savoir " [ ] les fraudes les plus effrontées, une industrie criminelle qui fut tant pratiquée, du faux-monnayage, la falsification des monnaies à laquelle, j'en suis bien fâché pour la royauté, les gouvernements de l'époque s'abandonnaient avec frénésie ".

Il précise d'ailleurs, que la France était déjà, sur ce point un État peu enviable. Mais après cette petite digression retournons à la valeur de la monnaie.

La valeur détermine le pouvoir d'achat de la monnaie. Le pouvoir d'achat de la monnaie étant le prix de la monnaie en termes d'autres biens. Or, on a trop facilement tendance à penser que ce pouvoir d'achat est une notion objective et facilement mesurable, alors qu'il s'agit essentiellement d'une notion subjective, c'est-à-dire la perception qu'en ont ceux qui agissent.

b) Le prix de la monnaie

Dans une économie complexe et monétaire, tous les échanges sont effectués contre des unités de monnaie, qui sert de bien commun à tous les échanges. Le bien monnaie sert de dénominateur commun aux échanges entre tous les biens.
La monnaie est le seul moyen de mesurer les prix de façon à ce que tous les prix soient directement comparables entre eux. En fait, les prix ne sont pas indépendants de la monnaie. Cette dernière sert de mesure des prix, mais les prix ne peuvent pas s'évaluer sans monnaie. Les deux concepts sont totalement liés. La monnaie est totalement intégrée au monde des échanges puisque sans elle les prix ne sont pas mesurables et puisque la monnaie est un bien.
En règle général, on a tendance à parler du prix des biens comme s'il s'agissait d'un concept absolu, alors qu'un prix est nécessairement quelque chose de relatif. Il en est de même pour la monnaie. Le prix de la monnaie c'est la quantité des autres biens qu'une unité monétaire vous permet d'obtenir.

Par exemple, si une chaise vaut IOOFF , le prix de la monnaie est 1/100. Si une table vaut 20OFF, le prix d'une unité monétaire est 1/200. Une unité monétaire peut vous permettre d'acheter 1/100 de chaise ou 1/200 de table.

Salin nous dit que « le prix c'est l'expression sur le marché de deux biens échangeables, c'est la résultante observable de l'appréciation subjective de la valeur de deux biens ».
Ce prix relatif que Mises appelle "le taux d'échange de la monnaie" trouve son origine, comme tous les autres biens, dans la confrontation, sur le marché d'une offre et d'une demande. Il écrit "le taux d'échange entre la monnaie d'une part et les marchandises et services vendables de l'autre, est déterminé de la même façon que les taux d'échange mutuels entre les diverses choses vendables, c'est-à-dire l'offre et la demande". On voit apparaître ici la volonté de vouloir expliquer la détermination du pouvoir d'achat en recourant au même raisonnement que l'on emploie pour expliquer tous les autres taux d'échange, c'est-à-dire l'établissement des prix de tous les autres biens. Il est intéressant de remarquer cependant, que si le prix de la monnaie s'établit de la même façon que celui de tous les autres biens, un seul prix monétaire s'établira sur le marché pour chaque bien sauf pour le bien monnaie. En effet, puisque l'inverse du prix monétaire d'un bien nous donne le prix de la monnaie en termes de ce bien particulier, la monnaie a donc autant de prix qu'il existe de biens échangés sur le marché.

 Enfin, pour terminer cette partie il nous reste à parler de la variation du prix de la monnaie.

c) Les variations du prix de la monnaie

Le prix de la monnaie est, comme tout autre prix, un prix relatif. Or le prix relatif entre deux produits évolue dans le temps parce que la rareté relative des biens varie. Ces variations peuvent être le résultat des variations des quantités disponibles, c'est-à-dire des quantités offertes, aussi bien qu'aux changements d'opinion des individus à leur égard et qui s'exprime à travers la demande.
"Seule une variation entre la demande et l'offre de monnaie entraîne une variation du taux d'échange entre la monnaie et les biens vendables".
Ludwig Von Mises qui avait parfaitement analysé ce phénomène, explique que "dès lors que la demande d'un bien augmente, cette demande additionnelle entraîne une hausse de sa valeur d'échange, autrement dit, de la quantité des autres biens que l'on offre pour en acquérir, son pouvoir d'achat augmente". Si ce bien qui voit sa demande augmenter est l'instrument d'échange indirect et donc la monnaie, on peut dire que son prix en terme des autres biens a augmenté et que le prix des autres biens en terme de monnaie a baissé.
Il en va de même en cas d'une offre additionnelle d'unités monétaires, la demande restant inchangée. Dans ce cas la monnaie voit son pouvoir d'achat baisser, puisque son prix en termes des autres biens a diminué. Or, nous rappelons que la monnaie a pour rôle de constituer une réserve de pouvoir d'achat et donc que cette variation de pouvoir d'achat de la monnaie, le prix en monnaie des biens réels augmentant, représente une dégradation de sa qualité et n'est donc pas souhaitable: « cette situation c'est l'inflation ».

Partie 2: L'inflation

 
"Alors qu'il est du devoir des citoyens d'apporter leur aide au gouvernement, ce n'est pas celui du gouvernement que d'aider les citoyens". (Président Cleveland, 1880)

 

1. L'inflation est un phénomène monétaire!

L'inflation est un phénomène monétaire qui correspond à une dégradation du pouvoir d'achat de la monnaie et comme nous l'avons précisé au chapitre précédent une situation dans laquelle il y aurait de l'inflation n'est pas désirable. De même, une période de déflation, comme nous en connaissons une actuellement, est aussi l'expression d'un phénomène monétaire correspondant à un enchérissement de la valeur de la monnaie, ce qui n'est pas non plus souhaitable. Cependant, on ne parle jamais ou très rarement de monnaie quand on parle d'inflation ou de déflation. De la même façon, on ne parle que très rarement des effets néfastes voir désastreux que de telles situations peuvent entraîner si bien que certaines économistes et hommes politiques n'ont pas hésité à rendre l'inflation, par exemple, responsable du développement des sociétés aujourd'hui.

a) Les prétendues vertus de l'inflation

On donnera une rapide définition de l'inflation: Quand la quantité de monnaie nominale augmente le pouvoir d'achat de l'unité monétaire diminue; c'est l'inflation.
On donnera une rapide définition de la déflation: Quand la quantité de monnaie nominale diminue le pouvoir d'achat de l'unité monétaire augmente; c'est la déflation.

Il est étonnant de remarquer que cette définition, pourtant simple, est souvent totalement ignorée par les hommes politiques qui suivent malheureusement l'exemple de nombreux économistes. En effet, ce que beaucoup de gens appellent l'inflation aujourd'hui n'est pas "le grand accroissement ou la grande contraction de la quantité de monnaie, mais les conséquences inexorables qui en découlent inexorablement: la tendance générale à la hausse des prix des biens et des salaires" Lorsqu'elle est assimilée à une hausse des prix, on confond l'inflation avec ses conséquences. C'est parce que la valeur de la monnaie se détériore à la suite d'une augmentation artificielle de la quantité produite de monnaie que l'on observe une hausse généralisée des prix monétaires de tous les biens. On remarquera par ailleurs que les prix relatifs non-monétaires des biens entre eux n'ont pas varié.

Cette malheureuse erreur a malheureusement souvent conduit, les hommes responsables de la politique monétaire, à combattre l'inflation par elle-même, c'est-à-dire qu'ils n'ont pas hésité à augmenter artificiellement l'offre de monnaie pour faire baisser les prix!
On imagine, les conséquences dramatiques de ces politiques. En fait, il n'est même pas la peine de les imaginer, il suffit de se rappeler des politiques monétaires des 25 dernières années.

Alors qu'ils ne faisaient que combattre des symptômes, nos hommes politiques et leurs conseillers experts prétendaient combattre les racines du mal et ce parce qu'ils ne comprenaient et ne comprennent toujours pas les relations causales entre l'accroissement de la quantité de monnaie d'une part, et la hausse des prix d'autre part.
De même, il est largement acquis que l'inflation est un phénomène inévitable dans un pays qui cherche à forcer l'allure de son développement. L'idée qui sous-tend ici, est "qu'un pays qui cherche à accélérer son développement exerce une forte pression sur les ressources disponibles et que l'augmentation de la demande qui s'en suit ne peut rencontrer qu'une hausse des prix. »
Erreur! L'inflation n'a rien à voir dans le fait que le prix de certains biens fortement demandés augmente à un moment donné. Ce que l'on observe dans ce cas, c'est une variation du taux d'échange entre le bien très fortement demandé, et seulement celui-là, et le bien monnaie. Les prix monétaires des autres biens restent inchangés et la valeur du bien monnaie se s'est en aucun cas détériorée par rapport à ces autres biens.
On remarque de plus que, l'inflation est souvent très bien acceptée et que personne ne met en avant la dégradation de la qualité de la monnaie qu'il en est la cause. Certains vont même jusqu'à remercier l'inflation sans qui rien ne serait arrivé. "On affirme que l'humanité n'aurait pas atteint son niveau présent de bien-être s'il n'y avait pas eu cet abaissement progressif du pouvoir d'achat de la monnaie
[...] Cette baisse, dit-on, a été une des conditions nécessaire du progrès économique [...]. L'inflation engendre prospérité et richesse, la déflation produit la détresse et le déclin économique"-. Erreur, erreur, erreur!
Ce sont l'épargne, l'investissement et le maintien de la valeur de la monnaie qui engendrent la croissance et de la prospérité. L'inflation n'entraîne pour sa part que misère et délabrement.

A quoi ou a qui doit-on ces croyances?

L'économiste et prix Nobel Milton Friedman explique que c'est de la confusion entre les grandeurs physiques et les grandeurs monétaires qu'est née l'idée que l'inflation est une conséquence du développement.
"La pression exercée sur les ressources à l'intérieur du processus de développement affecte les prix relatifs et tend à faire paraître plus élevés les prix des biens dont la demande est particulièrement forte en période de développement, par rapport à ceux des autres biens.
Mais elle n'affecte en rien les prix absolus"
Il explique aussi que les deux arguments avancés en faveur de l'inflation comme source de développement, consistent à dire, "d'une part que l'inflation permet d'opérer une redistribution des richesses et des revenus [... ] puisque, dit-on, on effectue un transfert des capitaux des créanciers, c'est-à-dire de ceux qui épargnent, renoncent à une part de la consommation présente et prêtent l'argent aux autres mais sont considérés comme improductifs, vers les débiteurs qui utilisent l'argent qu'on leur prête dans une optique plus productive. D'autre part l'inflation favorise le développement puisque l'émission de monnaie constitue une source de revenu pour le gouvernement, qu'il peut utiliser pour stimuler la croissance".
En réalité, le problème ici réside dans la manière dont sont acquises les ressources réelles qui sont employées au cours du développement. Si ces ressources supplémentaires sont obtenues parce que les entreprises privées ou les particuliers affectent leur propre épargne à l'investissement alors aucune pression ne s'exercera sur la demande ou sur l'offre de monnaie.

On observera un glissement de la demande de certains biens vers d'autres. Par contre, si pour obtenir davantage de ressources, le gouvernement utilise "la planche à billets', alors, bien entendu, la tendance à l'inflation et la hausse des prix ne tardera pas à se manifester. Le point de vue, selon lequel le développement rend l'inflation inévitable est erroné et vient d'une mauvaise compréhension ou même d'une ignorance totale de ce qu'est la monnaie et donc l'inflation.

De la même façon, on trouve dans l'Action Humaine l'idée selon laquelle "la popularité de l'inflation est en grande partie due à la haine profondément enracinée des créanciers, cette haine qui justifie donc l'inflation parce qu'elle favorise les débiteurs au détriment des créanciers". Il faut bien comprendre en quoi l'inflation favorise les débiteurs.
Si, aujourd'hui vous empruntez 100.000FF qui vous permettent d'acheter une maison et vous devez rendre cette argent l'année suivante, il est tout à fait dans votre intérêt que la valeur de la monnaie se détériore puisque qu'avec ces 100.000FF vous avez acheter une maison mais vous remboursez 100.000FF qui ne permettent plus d'acheter une maison. L'effort qu'il vous faut faire pour rembourser votre emprunt est beaucoup plus faible que celui que vous auriez eu à fournit si la valeur de la monnaie ne s'était pas détériorée. De la même façon, pour celui qui vous à prêté cet argent et qui a donc renoncer à un certain montant de consommation présente, on voit en quoi la détérioration de la monnaie est un désastre. En fait, il est étonnant et tout à fait désolant de constater qu'il semble normal de soutenir le vol des créanciers, qui sont de vrais créateurs de richesses, par les débiteurs. Il est amusant de remarquer que cette acharnement contre les créanciers est le même que celui que l'on observe à l'encontre des gens productifs et que l'on assomme sous le poids des impôts.

Les deux principales raisons pour lesquelles on a tendance à attribuer l'inflation à n'importe quoi plutôt qu'à la monnaie sont les suivantes: Tout d'abord, quand on parle de l'influence de la demande sur la hausse des prix, nombreux sont ceux qui ont tendance à confondre ce qui vaut pour un individu et ce qui vaut pour la société prise dans son ensemble. Ceci est lié à la particularité de la science économique puisque ce qu'elle déclare vrai pour un individu ne l'est pas pour l'ensemble de la société, et inversement. Un individu qui achète un bien peut difficilement agir sur son prix. Cependant, ce sont les individus, pris dans leur ensemble qui font du prix ce qu'il est. Dans le cas particulier de l'inflation, chaque individu pris séparément ne voit pas la relation qui existe entre la hausse des prix et le fait que le gouvernement est fait fonctionner la planche à billet. L'entrepreneur augmente ses prix par ce que, d'une part ses coûts se sont élevés et d'autre part parce qu'il estime ne plus pouvoir vendre le bien au prix passé Ainsi, pour chacun de nous, la hausse générale des prix vient de la hausse du prix d'un bien particulier et nous ne sommes pas conscient que cette hausse est le résultat en dernier ressort de l'utilisation par le gouvernement de la planche à billets.
La deuxième raison réside dans le fait que le gouvernement a le quasi-monopole de l'émission de la monnaie et donc qu'il est responsable du contrôle de la monnaie qui rappelons le est censée être une production de confiance.
Or, depuis toujours on a vu le gouvernement préférer accuser les horribles capitalistes ou les vilains syndicats [... ] ou encore les agriculteurs impossibles, plutôt que de faire son propre mea culpa.
Ce qui est, il faut le reconnaître, très étonnant si l’inflation a réellement, toutes les vertus qu'on lui accorde. De plus, si les causes de l'expansion monétaire peuvent être très nombreuses, ou pour le dire autrement si les pressions que subit le gouvernement sont nombreuses et variées, il n'en reste pas moins que c'est l'expansion monétaire qui est à l'origine de l'inflation qu'elle que soit la cause de cette expansion.

Enfin, il existe une troisième raison, qui a pris une importance particulière au cours des vingts dernières années et qui correspond a ce que Mises dénonce lorsqu'il parle "des "économistes" qui ont été là pour soutenir les désastres de la rareté de la monnaie et les prétendus bienfaits de l'abondance de monnale"; il est question ici de "la révolution keynésienne qui a marqué la pensée économique dans les années 30, et a conduit de nombreux économistes à réduire l'importance accordée au rôle de la monnaie".

Aujourd'hui, le problème se pose à nouveau puisque nous nous trouvons dans une période de déflation et que l'on observe une décroissance généralisée des prix. Malheureusement, les économistes ne sont pas nombreux à lier cette déflation à la contraction artificielle de la masse monétaire opérée depuis de long mois par la Banque de France et ce, dans le but de mener la destructrice politique du 'Franc fort", c'est-à-dire pour conserver une parité artificielle avec le Deutsche Mark allemand. Le pire est qu'ils sont encore moins nombreux à mettre en garde les autorités monétaires contre les conséquences de la déflation. Évidemment, comme c'est le cas pour l'inflation, on trouve facilement des gens pour soutenir des thèses déflationnistes. On nous explique alors que bien entendu, l'inflation c'est mauvais mais que la déflation, par contre, c'est plutôt bon signe puisque une baisse généralisée du prix des biens et des services permet à terme de réduire les coûts production ce qui profitent aux consommateurs comme aux producteurs. Des matières premières moins chères aident les producteurs alors que une baisse du prix des biens permet aux ménages d'épargner plus, de se sentir plus riches et de dépenser plus.

Cette belle démonstration est malheureusement totalement fallacieuse. D'une part, si les prix des biens et des services baissent, les revenus et les salaires baissent aussi. Ensuite, cette démonstration est correcte si la baisse des prix des biens et services trouvent son origine dans une baisse des coûts de production liée à une augmentation de la productivité par exemple. Mais ce cas implique, tout d'abord que les prix des biens et services ne vont pas tous baisser, mais seulement le prix des biens du secteur où l'innovation a lieu. Or, l'augmentation de la productivité implique la constitution de « détours de production » ce qui suppose que des individus/investisseurs disposaient dès le départ de suffisamment de liquidités pour payer leurs travailleurs et leurs achats pendant la période qui précède la mise en oeuvre de l'activité. Pour cela, il leur faudra emprunter à d'autres individus qui auront eux, renoncé à un certain montant de consommation présente pour épargner. Or, pour qu'une activité d'épargne ou d'emprunt à grand échelle soit possible, i1 faut impérativement que la valeur de la monnaie soit stable.
En fait, l'argument de la baisse des coûts ne tient que si, à l'origine de cette baisse, on a une augmentation de la productivité et non pas une baisse des prix due à une variation de la valeur de la monnaie.

Ensuite, il convient de rappeler à tous les rêveurs que la baisse généralisée de tous les prix est loin d'être aussi prometteuse en terme de croissance qu'on voudrait bien nous le faire croire et de telles conclusions impliquent que l'on oublie ce qu'est la monnaie. Tout d'abord, si les consommateurs perçoivent la baisse des prix, il est logique de penser qu'ils risquent d'anticiper que cette baisse va se poursuivre et qu'ils vont décider de différer leurs achats afin de bénéficier de prix plus bas encore dans un futur proche. Une accentuation de la baisse de la demande par les consommateurs poussera sûrement les producteurs à réduire leurs prix encore plus. Le tout pouvant entraîner une récession terrible à terme.
D'autre part, si l'inflation profite aux emprunteurs, ils se retrouvent frappés de plein fouet par une situation de déflation puisqu'ils doivent du fait de l'appréciation de la monnaie rembourser plus qu'ils n'ont emprunté.
On imagine sans problème, les difficultés dans lesquelles vont se trouver certaines entreprises et certains ménages. De plus, la déflation n'épargne pas les actifs qui voient leur prix baisser et leur offre augmenter, accentuant le phénomène à la baisse des prix. On soulignera qu'une situation de baisse généralisée des prix, de par ses conséquences sur le niveau du taux d'intérêt nominal (qui ne peut être négatif), induira un niveau de taux d'intérêt réel très élevé dissuadant l'investissement qui se dirigera, le plus souvent, hors du pays. Enfin, les profits s'effondrent au fur et à mesure que les entreprises baissent leurs prix pour faire face à la concurrence, ce qui ne manquera par à terme d'aggraver la déflation .
Il nous reste à conclure que si la déflation se poursuit, le pays ne tardera pas à sombrer dans une profonde récession dont il sera très difficile de s'extraire.

Ainsi, l'inflation pas plus que la déflation ne sont souhaitables mais toutes deux trouvent toujours un nombre impressionnant d'avocats pour les défendre. A présent, il me semble important de revenir sur la thèse inflationniste qui consiste à voir en une politique monétaire le moyen donné à un gouvernement de résoudre des problèmes financiers ou celui de créer des ressources oubliant fondamentalement le rôle de l'État (si l'on considère qu'il a un rôle à jouer dans le processus monétaire): celui de la garantir la stabilité de la monnaie.

b) Comment créer de l'inflation? Qui détient le secret de la fabrication?

De tout temps les ministres des finances se sont interrogés afin de savoir quels moyens mystérieux existaient pour résoudre les problèmes financiers d'un gouvernement

Deux moyens existent:
"s'il a besoin d'argent, un gouvernement doit se le procurer en levant des impôts sur les citoyens ou, sous certaines conditions, en l'empruntant à ceux qui en ont: les méchants créanciers.
Mais beaucoup de gouvernements, pensent qu'il y a un troisième moyen d'obtenir la monnaie désirée, c'est de l'imprimer, tout simplement".
Il faut d'ailleurs préciser en ce qui concerne l'émission des billets, que dans les conditions techniques actuelles, rien n'est plus facile que de fabriquer des morceaux de papier et d'imprimer un chiffre représentant un certain nombre d'unités monétaires (le phénomène est d'ailleurs accentué aux États-Unis où tous les billets ont la même taille).
Le coût d'une telle opération se résume aux frais liés à l'encre et au papier alors que le gain est énorme. Il est vrai que "aujourd'hui les techniques inflationnistes se sont compliquées par le fait de la monnaie-chèque.
Elle implique une technique différente, mais le résultat est le même".

Dans le cas de l'inflation il est fondamental de réaliser que ce qui est important "ce n'est pas la façon dont l'argent est dépensé, mais bien la façon dont il est obtenu, c'est elle qui provoque des conséquences que nous appelons inflation".

C'est la création d'une monnaie qui n'a aucune contrepartie (impôt, épargne ...) qui entraîne l'inflation.
Le gouvernement donne simplement un ordre, signe une décret, et « la monnaie-miracle » est là.
Cette création de monnaie vient donc gonfler artificiellement la quantité d'unités monétaires et le crédit, ce qui a, en fait, des effets indésirables.
Pour Mises et pour Friedman comme pour bien d'autres économistes, l'inflation est essentiellement le fait du monopole d'émission des gouvernements. Mais, "à vivre dans un environnement où la baisse lente et continue du pouvoir d'achat de l'unité monétaire est considérée comme normale, et cela parce que certaines personnes y ont un intérêt, on arrive à ne plus avoir aucun sens critique et à déléguer son pouvoir de décision de plus en plus au gouvernement, jusqu'au jour où même ce pouvoir de décision est monopolisé. C'est ainsi qu'aujourd'hui nous avons la tête pleine d'idées reçues au sujet, entre autre, de l'inflation.
Par exemple, tout le monde considère spontanément qu'une hausse du revenu nominal ou monétaire correspond à une amélioration du bien-être matériel.
L'attention des gens est attirée vers la hausse des taux de salaire nominaux, et vers l'équivalent monétaire de la richesse, plutôt que vers un accroissement de la quantité de biens disponibles. Or, le progrès économique ne consiste-t-il pas principalement dans le fait que les agréments de la vie deviennent plus accessibles, plutôt que dans le fait que la quantité de monnaie que l'individu obtient par son travail, en sacrifiant du loisir ou autre chose, augmente alors que parallèlement la quantité de biens obtenue en contrepartie diminue?.

 Que vaudrait une monnaie qui ne peut plus jouer son rôle parce que son pouvoir d'achat se dégrade? Que vaudrait une monnaie qui ne répondrait plus aux besoins monétaires des agents et donc à leur demande?.

c) La demande de monnaie et l'usage que l’on en fait: la consommation ou l'épargne

J'ai déjà exposé beaucoup des caractéristiques de la demande de monnaie dans le chapitre sur la valeur de la monnaie, mais il me semble important de revenir sur certaines d'entre-elles et d'en énoncer d'autres.
La monnaie est demandée parce qu'elle est utile, ce sont les avantages à détenir de la monnaie qui font apparaître la demande. On sait cependant, q ' n'accepter de la monnaie suppose un sacrifice, celui de renoncer à d'autres usages possibles de ses ressources. Les individus n'accepteraient pas ce sacrifice si la monnaie ne leur rendait pas des services.
« Bien entendu nous ne savons pas pourquoi tel ou tel individu détient telle somme d'argent [...] de plus les services rendus par la monnaie sont appréciés de façon différente par les demandeurs et en plus il n'est pas nécessaire de connaître en détail les objectifs des détenteurs de monnaie, il suffit de constater que tous les hommes, considérés comme rationnels, ont une raison commune de détenir de la monnaie à savoir qu'elle est un pouvoir d'achat généralisé ».

On peut effectivement s'interroger sur les raisons qui poussent tous les hommes, de façon non contrainte, à détenir et à demander de la monnaie. Un premier élément de réponse se trouve dans le fait que "nous vivons dans un monde incertain et que la détention de la monnaie, c'est-à-dire un bien particulier reconnu comme un instrument d'échange indirect et un pouvoir d'achat généralisé, ouvre un espace de liberté supplémentaires". La demande de monnaie est donc liée aux besoins et aux décisions que les agents économiques prennent quotidiennement. Elle permet de dissocier dans le temps les décisions de la vie quotidienne de la vie quotidienne.

La demande de monnaie est provoquée par l'intention qu'ont les individus de s'en servir ultérieurement et finalement de la donner à d'autres lors de l'achat de biens et services (c'est la consommation présente) ou encore par l'intention qu'ils ont d'en accumuler un certain montant en s'abstenant de consommer aujourd'hui (c'est l'épargne). C'est cette non consommation immédiate qui a valut la différenciation fallacieuse entre monnaie circularité et monnaie thésaurisée ou oisive (terme remplit d'ailleurs d'une connotation négative).Il me parait donc essentielle de rappeler un point fréquemment oublié à savoir que "parler de monnaie c'est aussi parler de droit de propriété dans l'échange".

Chaque fragment de la monnaie est la propriété d'un membre de la société, l'échange correspondant à un transfert de propriété immédiat, la possession n'est à aucun moment interrompue. "Il n'y a donc aucun moment ou la monnaie ne soit la propriété de quelqu'un parce qu'elle serait en "Circulation" (elle peut être en cours de transport) [... ] il est aussi erroné de distingué la monnaie circularité et la monnaie thésaurisée, puisque même dans un coffre cette monnaie "oisive" remplit les mêmes fonctions qu'elle remplit dans les encaisses appelées normales".

Cette thésaurisation est le résultat d'un besoin et d'un choix de la part des individus.
"Si quelques personnes thésaurisent, c'est-à-dire épargnent, considérons ici le soin quelles prennent de garder un trésor, en réserve, comme l'effet d'un besoin". Il ne nous viendrait pas à l'esprit de faire une différence entre les carottes consommées immédiatement et celles conservées au réfrigérateur pour un usage ultérieur, il en es de même pour la monnaie.
Une fois encore, il est important d'insister sur le fait que la demande de monnaie ne doit pas faire l'objet d'une analyse différente de celle des autres biens.
La détention de monnaie non dépensée peut s'analyse comme toute activité humaine , à savoir comme le choix par rapport à un nombre de décisions. "Cette demande est donc délibérée et ne doit pas être analysée comme un avoir résiduel, une marge non dépensé du revenu".

J.B Say a essayé de spécifier les déterminants de la demande de monnaie.
"La quantité de monnaie dont les individus qui composent une nation, ont besoin d'employer, est d'autant plus grande qu'ils auront d'achat à conclure, qu'ils la gardent longtemps. Enfin, elle est d'autant plus grande que les individus doivent être capable de faire face à des appels de fonds imprévus. » Or, c'est ce besoin de monnaie qui crée la demande.

Nous ne pourrons jamais connaître à tout moment et exactement la demande de monnaie, mais il est possible de décrire les caractéristiques générales de cette demande. La quantité de monnaie demandée est une quantité de monnaie très réelle et de plus, "cette quantité de monnaie réelle demandée par un individu est d'autant plus grande qu'il dispose de plus de ressources, plus il est riche et plus il demande de monnaie, la monnaie pouvant être définie comme un bien supérieur puisqu'il n existe pas de substituts proches pour des raisons qui tiennent pratiquement à sa définition de pouvoir d'achat généralisé".

Il est important de souligner que ce que les individus désirent ce n'est pas une quantité de monnaie exprimée en terme nominal, mais le pouvoir d'achat qu'elle représente, c'est-à-dire des encaisses réelles.

Il peut être important de s'intéresser aux facteurs qui influent sur la demande de monnaie et la font varier. Tout d'abord la demande de monnaie est influencée de façon indirecte par des variables telles que 'le chiffre de la population, la mesure dans laquelle les ménages fournissent à leurs propres besoins par une production en autarcie, la mesure pour laquelle ils produisent pour les besoins d'autrui, le rythme de l'activité de production, les institutions telles que la chambre de compensation [... ]". Le seul facteur direct qui explique la variation de la demande de monnaie, c'est le jugement de valeur porté par les individus et le désir qu'ils ont de ce bien particulier du fait de sa valeur. Or, nous savons que "le revenu, le niveau général des prix, le taux d’inflation anticipé ou le taux d'intérêt sont des variables déterminantes de l'idée que les agents se font de la valeur de la monnaie'.

Ces caractéristiques de la demande de monnaie étant précisées, nous pouvons revenir à l'inflation, en ayant précisé que 'l'analyse monétaire de l'inflation s'appuie sur l'idée qu'il existe une demande de monnaie stable dans le temps, c'est-à-dire qu'elle ne varie pas dans le temps de manière aléatoires.

2. Le processus inflationniste et ses conséquences économiques, politiques et sociales

a) Les conséquences économiques de l'inflation :

Que ce passe-t-il quand le gouvernement distribue de la monnaie additionnelle ne correspondant pas à un prélèvement fiscal préalable, ou à une contre partie quelconque?
Si cette offre de monnaie supplémentaire n'est pas la réponse passive du gouvernement à une augmentation de la demande de monnaie des agents et donc à une augmentation de leurs besoins, si elle est uniquement le fait de l'utilisation de la planche à billets, on peut affirmer qu’elle va entraîner de l'inflation, c'est-à-dire une détérioration de la valeur de la monnaie qui aura pour conséquence inexorable une tendance à l'augmentation généralisée de tous les prix. En effet, l'offre de monnaie additionnelle fait que les individus ne vont plus évaluer leur encaisse réelle de la même manière: disposant d'une quantité de monnaie accrue, ils attribueront à chaque unité de monnaie une valeur désormais plus faible et vont exprimer plus intensivement sur le marché leur désir achat pour les autres biens dont les prix vont augmenter, puisque la quantité disponible de ces biens dans l'économie est toujours la même, le tout provoquant une baisse du pouvoir d'achat de la monnaie (ou de la valeur objective dit Mises). La quantité disponible de biens dans l'économie n'ayant pas augmenté, contrairement à la demande, les prix auront tendance à monter. Cette tendance à la hausse des prix va se communiquer de proche en proche. Évidemment, les prix ne varient pas tous ensemble au même moment, ni dans la même proportion.

C'est parce que le processus inflationniste affecte à un rythme inégal les prix et les diverses catégories de prix, qu'il provoque des distorsions graves et souvent irrémédiable dans la structure de l'appareil productif. Le rôle des anticipations est un facteur à ne pas négliger dans le processus inflationniste.
Les distorsions économiques sont introduites par l'inflation, parce que les différents producteurs et les différents salariés sont inégalement aptes à répercutés leurs anticipations sur leurs revendications ou ont des anticipations différentes.
Les anticipations deviennent inflationnistes à partir du moment ou l'inflation s'est déjà développée.

On imagine une situation où les salariés sont capables de voir la différence entre leur salaire réel et leur salaire nominal. Ils ont constaté la hausse des prix et des salaires depuis plusieurs périodes, ils adaptent leurs anticipations. Ils vont chercher à se prémunir contre une hausse de prix future qui baisserait leur salaire réel et donc leur pouvoir d'achat. On étudiera leurs revendications sur la base des chiffres donnés dans le livre de P. Salin.
Si par exemple, le taux d'inflation anticipé est de 10%, et l'augmentation anticipé des salaires réels de 5%, les salariés vont demander au moins 15% de croissance de leurs salaires nominaux. L'inflation est un processus qui introduit un risque et donc les salariés demandent une prime de risque de 2%, ce qui donne en fait une croissance des salaires nominaux de 17%. Cette augmentation des salaires nominaux sera intégrée dans la fixation des prix par l'entrepreneur qui, à son tour, y ajoutera une prime de risque. Il acceptera d'ailleurs d'autant plus d'augmenter les salaire, que lui aussi prévoira d'augmenter les prix. Si chaque agent économique pratique de même sur la base de ses anticipations, sachant que les anticipations différent selon les secteurs puisqu'elles intègrent les informations que l'agent reçoit du monde qui l'entoure, on comprend que cela introduise des distorsions dans les différents secteurs.

De même, il est reconnu que l'inflation améliore la position des débiteurs par rapport à celles des créanciers. Cependant, cette inflation on ne favorisera les débiteurs que si elle n'est pas anticipée par les prêteurs.
Dans le cas contraire, les prêteurs majoreront le taux d'intérêt afin de compenser la perte anticipée. Tout comme les salariés ont, sur la base de leurs anticipations, modifiés la croissance des taux de salaires demandés et les prêteurs modifiés les taux d'intérêt, les consommateurs vont adapter le rythme de leurs achats. 'Cette attitude va donc nourrir la tendance anticipées, qui a son tour nourrira l'inflation. Le processus se poursuit et ce jusqu'à ce que les masse s'aperçoivent que l'inflation est délibérée et qu'elle va être poursuivie indéfiniment, 'dans un délai très bref, ce qui était utilisé comme monnaie cesse d'être utilisé comme instrument d'échange" (On reviendra plus tard sur l'exemple des assignats français en 1796 et du mark allemand en 1923).

Le rôle des anticipations est donc très important dans la mesure ou il contribue à amplifier un phénomène déjà destructeur par définition, en introduisant de nouvelles distorsions économiques.

Le caractère nocif de l'inflation est jugé tellement important par Hayek, qu'il dit que l'inflation même temporaire ne peut être acceptée et qu'en aucun cas elle ne doit être utilisé comme un instrument de lutte contre l'inflation, comme c’est souvent le cas, car la politique monétaire pour maintenir le niveau d'activité rendu possible par l'inflation, devra, et ce à cause des anticipations, accélérer la progression. En effet, si les autorités monétaires décidaient de cesser brutalement le processus inflationniste, elles mettraient l'économie dans une situation pire encore que celle ou elle se trouvait auparavant.

Il est d'ailleurs important de préciser que l'inflation ne peut se perpétuer que si les autorités monétaires ratifient les facteurs de hausse, c'est-à-dire si elle fournit aux agents économiques les moyens monétaires qui permettent de financer la croissance des prix.
Le processus inflationniste est donc, non seulement un phénomène monétaire, il est aussi une décisions des autorités monétaires.

Mais l'inflation n'épuise cependant pas ses effets désastreux au seul plan économique: ses conséquences sont également politiques et sociales.

b) Les autres conséquences de l'inflation

On a vu que l'inflation se propageait de proche en proche, et que cette tendance des prix à la hausse devient bientôt généralisée à tous les secteurs de l'économie, c'est d'ailleurs ce que Friedman veut dire quand il définit l'inflation comme une hausse des prix soutenue (généralisée et durable).

La monnaie fraîchement émise est d'abord distribuée à un groupe particulier de la population (par exemple les armateurs quand le gouvernement utilise l'inflation afin de financer une guerre), et ce groupe de personnes va avoir une position très avantageuse par rapport aux autres agents économiques, ils disposent de plus de monnaie, les salaires et que les profits sont plus élevés et les prix n'ont pas encore variés.

Que vont-ils faire?

Ils vont augmenter leur demande pour certains biens, favorisant ainsi les producteurs des biens demandés. Ce second groupe voit ses affaires prospérer et ce n'est certainement pas lui qui va se plaindre de l'inflation.
Il semblerait donc les gens auxquels la monnaie arrive en premier aient une situation tout à fait favorable dans les premiers temps de l'inflation.

Seulement, il y a des groupes de personnes qui ne reçoivent la monnaie additionnelle que bien plus tard et qui se voient, en plus, dans l'obligation de payer plus chers beaucoup de biens dont les prix ont augmenté. Par exemple ce fut le cas des enseignants et des membres du clergé qui, pendant la seconde guerre mondiale, ont eu à subir les plus lourds désavantages de l'inflation. Ces deux groupes de la population ont été les derniers à comprendre qu'il fallait reconsidérer leurs salaires. Bien entendu les pertes qu'ils eurent à subir pendant la guerre, à cause de l'inflation, restèrent à leur charge. Pendant longtemps ils durent acheter moins qu'avant des biens qui coûtaient maintenant plus chers.

Il y a donc divers groupes dans la population que l'inflation affectent diversement. Nous allons voir maintenant que cette inégalité dans les conséquences de l'inflation affecte de façon vitale les politiques qui conduisent à l'inflation et pour cela il nous faut parler du coût de l'inflation elle-même et du coût de la lutte contre l'inflation.

c) Le coût de l'inflation

On a vu qu'à partir du moment ou l'inflation s'est développée les anticipations deviennent inflationnistes, ce qui modifie le comportement des agents. Si ils anticipent une augmentation des prix, ils vont intensifier leurs achats et inversement. Dans la situation ou une entreprise à accepté d'augmenter les salaires de ses salariés parce queue prévoit elle-même une hausse de ses prix et si les moyens monétaires créés n'augmentent pas à un taux suffisant, il est évident qu'une série d'entreprises seront mises en faillite et le chômage apparaître. La lutte contre l'inflation est presque nécessairement une cause de chômage.

Le chômage engendré par l'inflation est un des premier coût de l'inflation, et il n'est pas des moindres. Cependant ce coût du chômage, due au ralentissement de l'inflation, ne devrait être que temporaire, le temps que les agents modifient à nouveau leurs anticipations, si les autorités monétaires renonçaient à une nouvelle augmentation de l'offre de monnaie. Mais, bien souvent, les autorités devant ce dilemme "chômage de court terme temporaire-inflation de long terme définitive" renoncent à choisir le remède efficace, mais douloureux (surtout si les élections ne sont pas loin). Or, il ne devrait pas y avoir de choix a faire à long terme entre le chômage et l'inflation

Un autre des coûts lié à l'inflation, est ce que l'on appelle l'impôt d'inflation 'Parmi les impôts cachés une place à part doit être attribuée à l'impôt d'inflation et, plus généralement, aux conséquences fiscales des politiques monétaires ".

Cet impôt, et donc ce coût pour la population, provient de ce que les détenteurs de monnaie doivent supporter un prélèvement supplémentaire du fait que les hommes de l'État pratiquent une politique d'inflation. L'inflation réduit le pouvoir d'achat de la monnaie et peut donc être considéré comme la négation même du rôle de la monnaie: être un pouvoir d'achat généralisé. La détérioration de ce pouvoir d'achat de la monnaie a un coût pour les détenteurs.
L'inflation impose un transfert de ressources des utilisateurs de monnaie vers ses producteurs et c'est ce transfert qui constitue l'impôt d'inflation.

De plus, "plus le taux prévu d'inflation est élevé, moins les individus détiennent de la monnaie en termes réels, tel est le coût de l'inflation et comme ce coût existe toujours quand il y a de l'inflation, il constitue une raison suffisante pour dire que l'inflation est toujours mauvaise

Enfin, "la répartition des sacrifices que l'inflation inflige est automatique, aveugle et arbitraire, donc indifférente à toute considération de justice sociale ".

On voit donc, que l'inflation a un coût énorme et pourtant elle est, on peut presque le dire, totalement acceptée par le public ignorant de la réalité.

Selon les termes de Mises, 'l'inflation est bel et bien une supercherie qui suscite des conflits sociaux et qui n'est même légitime en période de conflit armé puisqu'elle n'apporte rien à la capacité de résistance d'une nation, ni à ses ressources matérielles et morales, ce n'est pas elle qui va donner plus ce que l'élan patriotique des citoyens est capable d'apporter".

d) L'inflation politique délibérée

Mises, Hayek, Salin et quelques auteurs assimilent l'inflation à une politique et, disent-ils, "cette politique est le mal fondamentale de l'économies'".
L'inflation confère aux gouvernements un moyen de servir ses intérêts en utilisant un instrument de pouvoir facile et aussi efficace que les conséquences( exposées ci-dessus) sont dangereuses.

Quelles sont les principales raisons pour lesquelles on a recours à l'inflation.

Un gouvernement reste toujours discret et n'annonce jamais ouvertement le lancement d'une politique inflationniste. Il est d'ailleurs largement aidé par l'ignorance du public et par la force des idées reçues aux sujets de l'inflation. Par exemple, nous dit-on, une politique de lutte contre le chômage ne se fait qu'en contrepartie d'inflation (la courbe de Phillips apparaît comme une théorie - alibi ). Ou encore "le plein-emploi ne peut être réalisé que par l'inflation".

L'objectif de plein-emploi est l'argument majeur et accepté des politiques inflationnistes. L'arbitrage est toujours posé en ces termes: "devons-nous préférer du chômage avec une monnaie saine ou le plein-emploi avec de l'inflation?". En fait, c'est là une analyse totalement viciée.

Cette théorie nous la devons, en grande partie, à Keynes, qui dans sa Théorie Générale, de l'intérêt et de la monnaie de 1936, fit, des mesures d'urgence de la période 1929-1933, un système fondamental de politique: "Le chômage est un mal. Si vous voulez faire disparaître le chômage, il faut gonfler la circulation monétaire".

Faire face au chômage était la préoccupation majeure de l'époque, "une situation fort préoccupante" disait-il. Le problème fut, qu'au lieu de voir que le chômage de l'époque était dû à l'inadaptation des salaires à l'état du marché, et au lieu de suggérer de les adapter par un baisse des salaires nominaux, il préconisa plutôt la détérioration de l'unité monétaire par le biais de l'inflation.
En d'autres termes, il disait 'qu'en dévaluant la monnaie et que les travailleurs ne soient pas assez malin pour s'en apercevoir, ils ne s'opposeront pas à une baisse des salaires réels aussi longtemps que les salaires nominaux resteront inchangés ".

Il proposait en réalité, d'abuser les travailleurs. Cette politique avait le double avantage d'être beaucoup moins impopulaire que la baisse des salaires nominaux et elle permettait d'éluder la responsabilité des politiques monétaires en faisant porter les conséquences par l'économie toute entière.

Mais on peut dire que cette politique est aussi le fait des syndicats qui, de tout temps au nom du bien-être des salariés, ont entravé le libre fonctionnement du marché.

M.Friedman disait d'ailleurs" j'ai été amène à estimer que l'inflation était essentiellement un phénomène monétaire. En cette matière, mes préférences personnelles me porteraient plutôt à penser que l'inflation est le résultat de l'action conjuguée des syndicats et des monopoles.»

Afin d'illustrer le poids des syndicats et leurs entraves au marché, Mises 94 nous rappelle ces quelques faits:
En Grande-Bretagne, après la seconde guerre mondiale, les salariés connurent une augmentation du pouvoir d'achat de leur monnaie(réévaluation de la Livre Sterling) et ce, grâce à une politique de rigueur des autorités anglaises.
Dans un marché non entravé, nous dit-il, les salaires nominaux auraient du baisser pour faire compensation, cependant que le taux réel n'aurait pas était affecté. Mais les syndicats s'opposèrent à cette baisse nominale, qui était en fait un ajustement nécessaire au nouveau pouvoir d'achat de la monnaie, de sorte que les salaires réelles se trouvèrent fortement relevés par cette mesure. Ce fut une vraie catastrophe pour l'Angleterre qui se trouva exclue des marchés mondiaux à la suite de la hausse des prix engendrées par ces mesures.

On connaît la puissance des syndicats et le coté néfaste que peut revêtir leurs actions parfois. Tous les moyens sont bons pour arriver à leurs fins: grève, destruction du capital. On peut d'ailleurs préciser que les syndicats, revendiquant le monopole de l'intérêt des salariés, servent, en fait, leurs propres intérêts. ce sont en général les antichambres directes des partis politiques, qui profitent, par le biais de ce lobbying, de faire voter des lois légitimant leurs abus.
En Grande-Bretagne le résultat du succès de la pression syndicale, maintenant les salaires à un taux élevés, fut un chômage permanent pendant de nombreuses années et une production à la baisse. Dans cette situation, le gouvernement britannique prit une mesure qu'il jugea indispensable: il dévalua sa monnaie.
Une baisse des salaires réels s'en suivit, désormais le salarié ne pouvait plus acheter autant qu'avant, malgré un salaire nominal constant. Cette mesure permit aux salaires réels de se rapprocher de la valeur du marché et de résorber le chômage.
Les syndicats ne furent pas long à comprendre et étant assez puissants pour s'opposer une fois encore à cette politique, ils firent insérer dans les contrats de salaires une clause stipulant que les salaires en monnaie devaient suivre automatiquement la hausse des prix: c'est l'indexation.
Loin d'annuler certaines connaissances perverses de l'inflation, l'indexation se traduit par une hausse du chômage. Hayek explique que la demande additionnelle des individus dont le salaire est indexé sur la hausse des prix participera au développement de celle-ci. L'indexation est donc un cercle vicieux qui peut même engendrer une inflation permanente.
Cette mesure est une contrainte supplémentaire pour l'économie, elle représente un coût énorme, puisqu'elle représente une entrave au bon fonctionnement du marché libre, seul moyen d'atteindre cet objectif sacré qu'est le plein emploi.

Une troisième raison du recours à la politique inflationniste peut être que le gouvernement, attiré par le 'illusion de l'argent facile, a vu en l'inflation un moyen de fiscalité inavoué (impôt d'inflation), bien préférable à l'impôt toujours impopulaire ou au chômage, non moins impopulaire.

On pourrait d'ailleurs donner une autre définition de l'inflation, à savoir que: "l'inflation est une politique, c'est une opération délibérée de dirigeants qui ont recours à l'inflation parce qu'ils la tiennent pour moindre mal en comparaison du chômage"

Enfin, le financement des déficits budgétaires explique le recours fréquent des autorités à la politique inflationniste. Cette partie sera plus largement développée dans un paragraphe à venir qui détaillera le rôle des banques centrales dans le processus inflationniste.
Friedman écrivait que l'inflation était due aux syndicats, au monopole et à l'utilisation de l'instrument de relance qu'est le déficit budgétaire," [... 1 je crois, comme une large fraction de l'opinion le croit, qu'elle provient d'un déficit budgétaire".
Rueff porta une attention toute particulière au financement, par les banques centrales, des déficits budgétaires. Financement qui est permit par un recours à l'inflation: "l'éligibilité à l'escompte des bons du trésor est une véritable baguette magique qui libère le trésor public de toute préoccupation financière".

On comprend que l'inflation offre des possibilités énormes de pouvoir au gouvernements qui en usent et abusent largement depuis bien des années. « Les gouvernements l'utilisent d'autant plus qu'ils ne s'inquiètent pas du fait qu'il y a des perdants, et la montée des prix ne lui cause aucune appréhension. Les législateurs trouvent ce système extraordinairement pratique. Mais cet admirable système a défaut radical: il ne peut pas durer. »

e) La fin inévitable de l'inflation

La chose certaine en ce qui concerne l'inflation, c'est que tôt ou tard elle devra s'arrêter. C'est une politique qui ne peut-être permanente.

A la longue l'inflation prend fin avec l'effondrement de la monnaie légale. On prendra l'exemple allemand afin d'illustrer cette idée. "Le premier août 1914, la valeur du dollar était de 4 marks et de 20 pfennigs. En novembre 1923, le dollar était coté à 4 milliards 200 millions de marks. En d'autres termes, le mark ne valait plus rien, il n'avait plus aucune valeur"

La question ici est de savoir combien de temps un gouvernement peut continuer à faire de l'inflation ?
Probablement aussi longtemps que les gens restent persuadés que le gouvernement va cesser d'imprimer de la monnaie et donc de faire diminuer le pouvoir d'achat de chaque unité monétaire.

C'est lorsque les gens cessent de croire, c'est quand ils réalisent que le gouvernement n'a pas l'intention de s'arrêter, qu'ils comprennent que les prix demain seront plus haut que ceux d'aujourd'hui. Leur réaction est alors tout à fait logique, ils se mettent à acheter à tout prix, ils intensifient jour après jour leurs achats, ce qui fait que les prix montent à des hauteurs telles que le système monétaire s'effondre.

C'est de cette façon que tous le monde à vu s'effondrer le système allemand.

Pendant plusieurs années (9 ans), les allemands ont cru que leur inflation n'était que temporaire, qu'elle allait cesser un jour prochain.
Jusqu'à l'été 1923 ou là, ils se mirent fortement à douter. L'inflation persistant et ils pensèrent qu'il était plus prudent d'acheter tout le plus tôt possible, au lieu de garder de l'argent en poche. En plus ils se dirent qu'il n'était pas indiqué de consentir des prêts en monnaie, et que s'endetter était une excellente idée. Ainsi l'inflation se nourrissait d'elle-même.
Ce phénomène se poursuivît en Allemagne jusqu'au 28 août 1923. La foule qui avaient depuis des années vécus dans l'illusion que la monnaie inflationniste était de la vraie monnaie, et découvrait que les choses avaient changé. L'Allemagne avait atteint le cas extrême cet automne-là, les entreprises payaient leurs salariés chaque matin. Une fois son salaire reçu, l'ouvrier le donnait à sa femme qui s'empressait d'aller dans les magasins acheter quelque chose, n'importe quoi. Elle avait compris comme tout le monde que du jour au lendemain le mark perdait la moitié de son pouvoir d'achat. On en était arrivé à l'image tristement célèbre de ces allemands qui se déplaçaient avec des brouettes remplies de mark sans valeur. Cette ultime phase de l'inflation ne dura pas longtemps, le mark n'ayant plus de valeur et de répondait plus à son rôle d'instrument d'échange, il était devenu, entre autre, intransportable si bien que l'on a vu temporairement d'autres marchandises utilisées à sa place, par exemple les paquets de cigarettes. Il fallait établir une nouvelle monnaie légale.

 

 

Nous venons de voir et de constater les effets nocifs de l'inflation, son origine, qui est monétaire, et ses conséquences. Elle est d'autant plus dangereuse que ses répercussions sont économique, politique et sociale: elle touche aux fondements mêmes de la société. De plus, l'inflation est une pratique totalement immorale et on ne s'étonne pas qu'elle a si souvent était au service de la guerre, de la révolution et du socialisme.

On remarque aussi que jamais dans l'histoire il n'y a eu autant d'inflation, jamais la monnaie n'a aussi mal joué son rôle que depuis que les hommes de l'État ont prétendu qu'ils devaient gérer la monnaie, que la monnaie était un élément essentiel de la souveraineté nationale et qui fallait mener des politiques monétaires actives.

 

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