|
Régimes
complémentaires de retraite et financement des syndicats : le
scandale continue !
Le Parquet de Nanterre vient d'être
saisi d'irrégularités concernant la gestion de la caisse de
retraite interentreprises (CRI), l'un des principaux organismes
gestionnaires de retraite complémentaire en France. Tout est
parti d'une enquête de PIGAS (Inspection Générale des
Affaires Sociales) courant 1999. Rappelons que la retraite complémentaire
en France, le deuxième pilier pour l'Europe, relève en France
d'une galaxie d'organismes tous gérés par des syndicats d'Etat,
comme un mécanisme de poupées russes. Le point de départ de
cette « pyramide » est:
- AGIRC : Association Générale
des Institutions de Retraite des Cadres, créée en 1947
et
- ARRCO : Association des Régimes
de Retraite Complémentaire des Salariés, née en 1962.
Ces associations de droit privé
sont «gérées» par les syndicats représentatifs d'Etat selon
le principe cher à nos dirigeants du «paritarisme à la française».
Les statuts juridiques de ces deux associations en font des
Institutions chargées d'une mission de service public d'intérêt
général, ce qui permet de maintenir ce que l'on appelle le
monopole de la Sécurité Sociale.
Il prévaut en France l'idée que seul l'Etat et ses représentants
seraient la source de l'action sociale, avec de meilleurs résultats
que des structures ou personnes privées. Cela transparaît dans
les mots utilisés en permanence par nos politiques : «I'Etat
garant de l'intérêt général», l'Etat «arbitre», L'Etat
luttant contre «le marché injuste». Très bien, alors
observons ce que nous résume PIGAS sur la gestion des régimes
complémentaires des salariés : les cotisations versées par
les entreprises sont théoriquement reversées sous forme
d'allocations retraite, selon le principe de la répartition.
AGIRC brasse ainsi 64,8 milliards de F pour 573 000 entreprises,
2,9 millions de cadres actifs et 1,6 million de retraités.
ARRCO gère 141 milliards de F pour 17,4 millions d'adhérents
et 9,2 millions de retraités. Ces 2 associations sont en fait
des fédérations qui regroupent 93 et 50 sociétés différentes
et gèrent également de la prévoyance, de l'assurance vie, de
l'épargne salariée et des fonds de pension. (Pro-BTP, AGRR,
Malakoff, Mornay) pour ne citer que les plus importants.
L'IGAS s'est intéressée à la
CRI, classée au 8° rang des institutions de retraite complémentaire.
L'inspection note qu'il s'agit de tout un financement direct ou
indirect pour les cinq grandes syndicales françaises : CGT,
CFDT, CFTC, FO et CGC. Ce système consiste à faire payer par
la caisse de retraite des salaires à des permanents syndicaux
sous le titre de délégués extérieurs. Des conventions
d'assistance technique prévoyaient des honoraires ou des
remboursements de frais engagés, des sessions de formation
destinées à des permanents syndicaux, des paiements de frais
pour réunions ou assemblées générales, d'insertions de
publicité dans les journaux syndicaux variant de 5 000 F à 75
000 F par page selon la nature du journal... Selon le décompte
de VIGAS, les sommes payées par la caisse de retraite aux
syndicats d'état seraient de :
- 9,014 millions de F en 1995,
- 9,983 millions de F en 1996,
- 9,984 millions de F en 1997,
- 14,116 millions de F en 1998.
Pour 1998, la somme aurait été
partagée entre
- 5,834 millions de F pour la
CGT,
- 5,306 millions de F pour la
CFDT,
- 2 millions de F pour FO,
- 0,531 million de F pour la CGC
et
- 0,445 million de F pour la
CFTC.
Pour l'essentiel, ces sommes
serviraient à payer des permanents et secrétaires des cinq
centrales. De 1995 à 1998, ces cinq syndicats auraient donc
ainsi détourné 34,305 millions de Francs de cotisations.
Aucun représentant syndical rémunéré
par la CRI n'a de bureau, de téléphone ou d'action de
responsabilité au sein de la caisse. Ils sont joints à leur
domicile ou au siège de leur centrale syndicale. La CRI
regroupe 8 caisses de retraite complémentaire, 4 organismes de
prévoyance, 3 sociétés de fonds de pension, 2 sociétés
financières, 2 assurances et une mutuelle Copernic. L'ensemble
représenterait 32 milliards de Francs en 1999 de capitaux gérés.
Pour PIGAS, «ces dirigeants ne mettent plus au premier plan la
retraite complémentaire» ; doux euphémisme ! En d'autres
termes, la gestion des retraites ne les intéresse plus, la
finance,oui!
Les salariés retraités ou futurs retraités apprécieront !
Surtout ceux qui ont élevé plus de 3 enfants et qui avaient vu
leur point de retraite amputé par une décision discriminatoire
des mêmes syndicats.
En 1994, il avait été décidé par le CA d'AGIRC de réduire
les pensions des cadres retraités ayant élevé une famille
nombreuse, prétextant des difficultés financières. Mesure
inique, frappant ceux qui avait le moins démérité dans la répartition
en élevant plus de 3 enfants, car élever des enfants constitue
une lourde charge qui réduit ou supprime les capacités d'épargne
des familles. Cette mesure devait être cassé par la Cour de
Cassation le 23 Novembre 1999.
Mais qui reflète assez bien l'esprit affairiste des représentants
de «l'exception française».
Quelle est l'attitude des politiques face à ce scandale du
paritarisme français ?
Jacques Chirac a cru bon, dans ses voeux de début d'année, de
souligner la nécessité de venir au secours du paritarisme
menacé en annonçant une révision constitutionnelle san préciser
laquelle.
S'agit-il de renforcer «l'intérêt général» et de protéger
encore plus les magouilles que feront nos syndicats d'Etat ?
S'agit-il de supprimer une bonne fois pour toutes les contrôles
que demandent, à juste titre, les assujettis et les «ayants-droit»
?
Selon le Chef de l'Etat, la République doit montrer son
attachement au dialogue social, à la liberté contractuelle et
à la négociation collective. Si la négociation collective
consiste depuis maintenant 50 ans à voler les cotisant et les
assujettis, le Chef de l'Etat a encore une fois manqué
l'occasion de se taire. Les mentalités sont identiques dans les
autres partie politiques. Les retraites par répartition et le régimes
complémentaires sont les gâteaux de la poignée d'Hi-Fis
(Hauts Fonctionnaires selon le terme inventé et si imagé par
M. de Poncins qui spolient gentiment les Français depuis
maintenant 50 ans.
Les syndicats d'Etat ne vivent
plus d'adhésion mais uniquement de rentes d'Etat.
La lutte des classes, la «réalité» sociale et industrielle
remontant au XIX° siècle, c'est fini. Le syndicalisme français
doit sortir de la pensée marxiste.
D'ailleurs, les Français ne s'y
sont pas trompés puisque la France est le pays où la
syndicalisation est la plus faible, chez les salariés comme
chez les indépendants.
Patrice Planté
|