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Tout le monde est unanime pour considérer Hayek
comme l'un des plus grands penseurs du XX° siècle dans le domaine des sciences
sociales.
Mais plus qu'un économiste, il s'interdisait toute limitation d'un champ de
recherche scientifique.
«Personne ne saurait être un grand économiste en étant seulement
économiste et je suis même tenté d'ajouter qu'un économiste qui n'est
qu'économiste peut devenir une gêne, si ce n'est un danger».
Le personnage est planté.
Aucune discipline n'échappera à son intelligence : la sociologie, la
philosophie politique, le droit, l'histoire, la méthodologie, la biologie, la
psychiatrie, la neurologie, la psychologie, ...
Friedrich August Von Hayek est né à Vienne, il
y a cent ans. Il a fait ses études de droit et de science politique àVienne
où il a dirigé l'Institut Autrichien des Recherches Economiques.
Invité par Lionel Robbins à la London School of Economics, il reste en
Angleterre pour enseigner à Londres.
Il publie «La route de la servitude» qui eut un succès considérable en 1944,
diffusé à des millions d'exemplaires.
Il fonde, en Suisse, la Société du Mont Pèlerin en 1947 puis devient, en
1950, professeur à l'Université de Chicago. Il publie «La Constitution de la
Liberté» en 1960.
Après avoir enseigné à l'Université de Fribourg et de Salzbourg, il obtient
le Prix Nobel de Sciences Economiques en 1974.
Il meurt en 1992 sur ses terres autrichiennes, salué par tous comme «un
philosophe et un prophète».
D'autres le considèrent comme un «hérisson».
Hayek est un économiste libéral et
conservateur, partisan d'une liberté «qui est en même temps la discipline de
la liberté» ; pour lui, le contrôle ou l'intervention de l'Etat dans un
marché libre suscite des maux tels que l'inflation, le chômage, la récession,
la dépression et, enfin de compte, le totalitarisme.
De son libéralisme, il en déduit un grand
scepticisme sur le pouvoir qu'à l'homme de faire du droit. Il croit plus en la
faillibilité et aux ignorances de l'homme et donc en la tradition et la
spontanéité du droit.
Pour lui, le droit échappe au pouvoir de l'homme
et son évolution obéit à d'autres forces :
«L'instrument principal du changement délibéré dans la société moderne
est la législation... Faire le droit est nécessairement un processus continu,
dans lequel, chaque pas produit des conséquences jusqu'alors imprévues sur ce
que nous pourrons ou devrons faire ensuite» ...
«La législation ou confection délibérée
des lois a été décrite à juste titre comme l'invention humaine la plus
lourde de conséquences, ses effets portant plus loin que l'invention du feu ou
de la poudre à canon.
A la différence du droit lui-même, qui n'a jamais été «inventé» au
sens même du terme, l'invention de la législation est intervenue relativement
tard dans l'histoire du genre humain. Elle a placé, entre les mains des
hommes, un instrument d'une grande puissance, dont ils avaient besoin pour
réaliser de bonnes choses...
Elle a ouvert à l'homme des possibilités entièrement nouvelles et lui a
donné conscience d'un pouvoir accru sur sa propre destinée...
Le droit, au sens de règles de conduite obligatoires, est certainement aussi
ancien que la société... Pour l'homme moderne, l'idée que toute loi
gouvernant l'action des hommes est le produit de législateurs, semble
si évidente que l'affirmation que le droit est plus ancien que la confection
des lois a presque les caractères d'un paradoxe.
Pourtant, il ne peut y avoir de doutes : le droit existait depuis fort
longtemps lorsque les hommes s'aperçurent qu'ils pouvaient faire des lois ou
changer le droit...
Dire que toute la loi peut être et doit être le pouvoir de la libre
intervention du législateur est matériellement faux ; elle est un produit
erroné du rationalisme constructiviste».
Il passera sa vie à dénoncer les méfaits du
constructivisme. Il estime que la «présomption fatale» des hommes qui ont
cru, au cours de ce XX' siècle, pouvoir construire une société sur des bases
scientifiques, suivant des principes rationnels, n'a réussi qu'à inventer un
univers concentrationnaire :
«Nous devons nous faire à l'idée encore étrange que, dans une société
d'hommes libres, la plus haute autorité doit en temps normal n'avoir aucun
pouvoir de commandement, ne donner aucun ordre quel qu'il soit. Son seul pouvoir
devrait être celui d'interdire en fonction d'une règle, de telle sorte qu'elle
devrait sa suprématie à sa fidélité, en tout acte, à un principe général.
Seuls les fous croient tout savoir, mais leur nombre est grand».
Il affirme la faillibilité et les ignorances de
l'homme :
«Nous devons rappeler une fois de plus le fait fondamental : l'impossibilité
pour qui que ce soit de connaître tous les faits particuliers sur lesquels est
fondé l'ordre global des activités dans une Grande Société. C'est une
des étrangetés de l'histoire actuelle, que dans la discussion des règles de
conduite, ce fait social ait été si peu pris en considération, alors que seul
il rend intelligible la signification de ces règles. Les règles sont un
artifice pour parer à notre ignorance constitutive. Il n'y aurait pas besoin de
règles parmi des gens omniscients qui seraient d'accord sur l'importance
relative de tous les objectifs particuliers».
Cette ignorance congénitale de la totalité des
informations est un bien : elle est la source du droit et la cause du progrès.
L'information est toujours imparfaite, incomplète et coûteuse à obtenir, ce
qui explique l'économie de marché :
«La liberté, laissée à chacun d'utiliser les informations dont il dispose
ou son environnement pour poursuivre ses propres desseins, est le seul système
qui permette d'assurer la mobilisation la plus optimale possible de l'ensemble
des connaissances disperses dans le corps social».
Parce que la règle de droit échappe en partie
au pouvoir de l'homme, sa formation obéit à d'autres forces, une spontanéité
des coutumes.
La politique ne gouverne pas le droit et le droit a un pouvoir très limité
pour gouverner les hommes :
« ... Le système des règles dans son ensemble ne doit pas se structurer au
dessein des juges ni des législateurs.
Il est l'aboutissement présent d'un Processus évolutif au cours duquel la
croissance spontanée des coutumes et les améliorations délibérées des
détails d'un système existant auront constamment réagi les uns sur les
autres...
Aucun système juridique n'a jamais été combiné comme un tout et même les
diverses entreprises de codification ne firent rien de plus que systématiser un
corps de droit existant, en même temps qu'elles le complétaient ou en
éliminaient les contradictions».
«La liberté des Britanniques, qu'au XVIII°
siècle le reste de lEurope se prit à admirer si fort, ne fut pas
originairement le fruit de la séparation des pouvoirs entre le législateur et
l'exécutif comme le croient les Britanniques les tout premiers et comme ensuite
Montesquieu l'enseigna au monde entier.
Ce fut plutôt la conséquence du fait que la loi qui gouvernait les
décisions des tribunaux était le droit coutumier, une loi existant
indépendamment de la volonté-de quiconque et qui, à la fois, s'imposait à
des juges indépendants et se développait par eux; une loi dans le domaine de
laquelle le Parlement n'intervenait que rarement, surtout pour éclaircir les
points douteux dans le cadre d'un corps de droit ordonné».
De son attachement à la liberté et de son
scepticisme vis-à-vis du pouvoir de la loi, il tire un lien important entre la
propriété, le droit et la liberté, la supériorité de la jurisprudence sur
la loi écrite, que le droit n'est pas lié à la contrainte et que le droit est
lié au marché.
«Les bonnes clôtures font les bons voisins :
les hommes ne peuvent se servir de leurs connaissances pour parvenir à leurs
objectifs sans se heurter les uns aux autres, que si des frontières nettes
peuvent être tracées entre leur domaine respectif de libre utilisation,
fondement sur lequel toute civilisation connue s'est édifiée.
Le droit, la liberté et la propriété sont une trinité indissociable.
Il ne peut y avoir de droit, au sens de règles universelles de conduite, qui ne
définit les frontières des domaines de liberté en posant les règles qui
permettent à chacun de savoir où il est le maître de ses actes».
Il estime que la jurisprudence est supérieure à
la loi.
Selon lui, la notion de droit n'est pas liée à la contrainte et revient
sur le caractère spontané de la règle du droit et il refuse la construction
d'un droit artificiel à coup de règlement régenté par l'administration.
Les démocraties subissent le déclin du droit, parce que les assemblées
législatives, voire même les gouvernements, se sont arrogés le pouvoir de
faire le droit au mépris de toute tradition juridique et, finalement, au
mépris des droits individuels.
C'est dans «La Route de la Servitude» qu'il
dénoncera les totalitarismes du XX° siècle. Il explique qu'il n'existe pas de
différence de nature, d'une part entre hitlérisme et stalinisme et, d'autre
part, qu'il n'y a qu'une simple différence de degré entre la
socialo-démocratie, le socialisme et le communisme. Toutes ces idéologies
menacent les libertés individuelles et publiques et multiplient les
privilèges.
Hayek nous invite à découvrir le monde
intellectuel de la liberté, de l'efficacité de la libre entreprise. Il nous
invite àdécouvrir l'efficacité créatrice de l'être humain, son besoin de
liberté pour exprimer sa personnalité, sa dignité.
Personnage, attachant et complexe, à découvrir
absolument pour comprendre les maux de notre civilisation.
A lire:
«Scientisme et Sciences Sociales » Ed. Agora
« Droit, Législation et Liberté », Ed. PUF
L'ALEPS, 35 av. Mac-Mahon, 75017 Paris, a réalisé sa XXII° université
d'été de la Nouvelle Economie sur l'héritage dHayek.
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