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Dans une brillante démonstration, Patrick
Simon nous décrit la genèse du libéralisme et la compare à celle de l'Eglise
Catholique :
L'Eglise est l'héritière de cette longue tradition, biblique qui a
commencé à transformer l'homme il y a plusieurs milliers d'années, quand elle
s'est distinguée de la pensée dominante de son époque.
Considérons la démarche libérale.
Elle proteste contre le pouvoir de l'Etat et affirme que la société civile
sait s'autogouverner.
Que défend-elle donc au fond ?
La personne bien sûr, les droits individuels et plus spécialement l'idée que
la liberté conduit plus facilement à la vérité, à la réussite, au
progrès, l'idée que l'autonomie de la personne la rend responsable, qu'elle ne
peut trouver le bien et donc le bonheur que de sa propre initiative, par son
propre discernement.
Catholicisme et libéralisme mettent l'accent sur cette autonomie et cette
créativité de la personne humaine.
Ces deux convictions ont en fait la même origine.
Elles viennent toutes deux de la tradition biblique.
Le capitalisme, c'est humain...
Et aux détracteurs de la liberté dans la
religion catholique, l'auteur nous rappelle que le capitalisme, c'est
l'humain.
Le mot même de capitalisme vient de «Caput», la tête, l'esprit, le cerveau.
C'est l'esprit humain qui fonde le système, l'esprit en action.
L'auteur rappelle que le libéralisme ne nie pas les valeurs chrétiennes.
C'est même sur ces valeurs que la société s'est édifiée.
Ne pas voler a conduit à ne pas violer la propriété privée, ne pas mentir a
amené à tenir ses engagements contractuels, ne pas commettre de violences a
guidé ceux qui pratiquaient ce principe vers le respect de la vie privée et de
la sécurité du marché.
Etre courageux a permis d'entreprendre, d'être responsable, de réparer les
conséquences de ses fautes, etc.
Les sentiments moraux font la richesse des nations.
Si les dictatures totalitaires échouent souvent en matière économique, ce
n'est pas seulement en raison de la privation de libertés qu'elles engendrent
mais c'est aussi à cause de la destruction des sentiments moraux qu'elles
suscitent.
Une source commune pour le libéralisme et le catholicisme, Saint Thomas
d'Aquin.
Le génie de Saint Thomas est, on le sait, d'avoir compris qu'il existait une
loi naturelle accessible à l'homme par sa raison.
Cinq siècles avant Montesquieu, il avait discerné la nécessité de limiter
les pouvoirs politiques :
«Il est préférable de limiter son [il s'agit du roi] pouvoir de façon
qu'il ne puisse en abuser.
Dans ce but, la nation toute entière devrait participer à son propre
gouvernement».
Plusieurs siècles avant les premiers régimes
parlementaires et leurs contrôles de la fiscalité, il écrivait :
«Aucun gouvernement n'a le droit de percevoir des impôts au-delà des
limites fixées par le peuple».
Patrick Simon nous fait une exégèse
magnifique de l'encyclique «Centesimus Annus» et de l'évolution de la
doctrine de l'Eglise en matière économique.

Le facteur principal de la richesse...
La pensée du Pape a évolué car il a compris
que le capital pouvait aussi être humain comme l'est le travail et qu'il
n'était donc plus nécessaire d'opérer une hiérarchie entre l'un et l'autre.
Il l'explique dans l'un des plus beaux passages de l'encyclique [sections 31 et
32] qui marquera le mouvement de la pensée tant dans le domaine religieux que
dans celui des sciences humaines :
«Dans l'histoire, ces deux facteurs, Ie travail et la terre, se retrouvent
toujours au principe de toute société humaine ; cependant ils ne se situent
pas toujours dans le même rapport entre-eux.
Il fut un temps où la fécondité naturelle de la terre paraissait être et
était, effectivement, le facteur principal de la richesse, tandis que le
travail était en quelque sorte l'aide et le soutien de cette fécondité.
En notre temps, le rôle du travail humain devient un facteur toujours plus
important pour la production des richesses immatérielles et matérielles ; en
outre, il paraît évident que le travail d'un homme s'imbrique naturellement
dans celui d'autres hommes.
Plus quejamais aujourd'hui, travailler, c'est travailler avec les autres et
travailler pour les autres : c'est faire quelque chose pour quelqu'un.
Le travail est d'autant plus fécond et productif que l'homme est plus capable
de connaître les ressources productives de la terre et de percevoir quels sont
les besoins profonds de l'autre pour qui le travail est fourni. [Section 32].
Mais, à notre époque, il existe une autre forme de propriété et elle a une
importance qui n'est pas inférieure à celle de la terre : c'est la propriété
de la connaissance, de la technique et du savoir.
La richesse des pays industrialisés se fonde bien plus sur ce type de
propriété que sur celui des ressources naturelles. »
Et, un peu plus loin, comme si cela ne suffisait
pas pour bien mettre au grand jour l'évolution de la position de l'Eglise,
Jean-Paul Il reprend son analyse des transformations du capital :
«Si, autrefois, le facteur décisif de la production était la terre et si,
plus tard, c'était le capital, compris comme l'ensemble des machines et des
instruments de production, aujourd'hui le facteur décisif est de plus en plus
l'homme lui-même, c'est-à-dire sa capacité de connaissance qui apparaît dans
le savoir scientifique, sa capacité d'organisation solidaire et sa capacité de
saisir et de satisfaire les besoins des autres.» [section 32].
L'encyclique « Centesimus Annus» permet une
évolution sensible de l'Eglise sur 4 points :
- Le rôle de la liberté ;
- Le rôle du profit ;
- Le rôle de l'Etat Providence ;
- Le rôle de la «main invisible».
La capacité d'initiative et d'entreprise...
Le sens de la liberté
«L'économie moderne de l'entreprise comporte des aspects positifs dont
la source est la liberté de la personne qui s'exprime dans le domaine
économique comme en beaucoup d'autres.» [section 32].
«La liberté économique n'est qu'un élément de la liberté humaine.»
[section 39].
«Ainsi devient plus évident et
déterminant le rôle du travail humain maîtrisé et créatif et... celui de la
capacité d'initiative et d'entreprise.
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