La Poste

La Poste fournit un excellent exemple des avantages et des handicaps des entreprises françaises, en particulier des entreprises dites publiques. Sa rentabilité opérationnelle est très faible : 2 % alors qu'elle devrait être supérieure à 10 %, ce qui signifie que les salariés ne font presque pas gagner d'argent à l'entreprise dans laquelle ils travaillent, à cause des 35 heures. Si la durée du travail revenait à 40 heures, sa rentabilité opérationnelle redeviendrait normale et la rentabilité finale serait supérieure aux normes, toutes choses égales par ailleurs. Il serait alors possible de la recapitaliser, de la désendetter et de provisionner à terme les 70 milliards d'euros de charges de retraite !

A l'instar de La Poste, si les 35 heures étaient supprimées, toutes les entreprises pourraient augmenter leur productivité de 15 à 20 %. Elles seraient alors face à des choix : elles pourraient baisser leurs prix, ou augmenter leur production, ou lancer des produits nouveaux, ou augmenter les salaires, ou restaurer des bénéfices pour repartir sur des bases plus saines, en investissant, etc. La croissance du PIB retrouverait alors un taux de 5 %, les entreprises créeraient de nouveau des emplois et le chômage reviendrait à moins de 5 %, c'est à dire à des niveaux comparables à ceux du Royaume-Uni ou de l'Irlande, comme pendant les 30 glorieuses, dans les années 50 et 60 et au début des années 70, quand le libéralisme était appliqué en France (compte tenu des contraintes de cette époque).

Malheureusement, les gouvernement qui se sont succédé par la suite ont tous adopté des mesures antilibérales, prétendues sociales, qui ont fait baisser la productivité dans les entreprises, et surtout dans les administrations si bien que la croissance française, aux alentours de 1 % depuis 2002, décroche de plus en plus par rapport à celle de pays comme les Etats-Unis où elle est toujours restée autour de 3,5 %.

Le Japon, a connu lui aussi comme la France une très forte croissance après la guerre et a sombré dans les mêmes travers que nous depuis une quinzaine d'années, mais le Premier Ministre Junichiro Koizumi mène une politique très libérale : il a imposé la privatisation de La Poste japonaise malgré l'hostilité des syndicats, des partis de gauche et même d'une partie de son propre parti, et il a été réélu triomphalement car une très grande majorité de Japonais a bien compris qu'ils en seraient finalement les grands bénéficiaires.

Les partis politiques et les syndicats ne défendent pas les intérêts des Français en imposant des solutions qu'ils qualifient de sociales. Leurs dirigeants ne font que pérenniser les avantages qu'ils ont acquis pour eux-mêmes et leurs affidés au détriment des salariés et des Français en général qui devraient réagir positivement pour que le gouvernement mène enfin une politique économique résolument libérale en rupture avec les trois décennies passées. La création d'activités nouvelles et d'emplois par les entreprises passe par la destruction de ceux qui ne sont pas productifs. Aller contre les marchés, c'est faire de l'autodestruction.

La Poste en bref… [d'après les comptes consolidés du rapport de gestion de 2004]

Les charges de personnel sont de 11,6 milliards d'euros pour un chiffre d'affaires de 18,9 milliards d'euros. Avec des dettes à long terme de 9,2 milliards d'euros pour des capitaux propres de 2,2 milliards d'euros, la situation nette est négative pour 7 milliards d'euros alors que les engagements de retraite de… 70 milliards d'euros ne sont pas provisionnés ! La rentabilité opérationnelle est de 2 %. Aucune entreprise normale ne pourrait survivre dans de telles conditions. Les sureffectifs sont de l'ordre de 45 000 sur un total de 309 000 salariés.

Micro, macro

70 milliards d'euros d'engagements de retraite non provisionnés à La Poste, autant à l'eDF et à GDF, etc. Les entreprises publiques et les administrations recèlent des centaines de milliards d'euros de fausses créances. Elles se retrouvent dans la masse monétaire de la zone euro qui augmente de plus de 10 % et elles alimentent une inflation potentiellement beaucoup plus dangereuse que l'augmentation du prix du pétrole. Les communistes chinois et russes ont légué eux aussi des centaines de milliards de dollars de dettes...

Jean-Pierre CHEVALLIER
Economiste

 

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