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LA
CRISE DE L'AFER

Est-elle une
offensive contre un des symboles de l’épargne individuelle
désirée par les Français ?
L’état actuel du dossier de l’AFER
a certainement quelque chose d’inquiétant.
Empressons-nous de dire que l’imbroglio
dans lequel nage le dossier n’est pas de la nature de l’affaire
de Panama ouverte en 1889 par la mise en liquidation de la
compagnie, et où les poursuites contre les administrateurs ne
commencèrent qu’en 1891, ou de l’affaire Marthe Hanau, la
fameuse banquière des années 1920.
Il y a pour le moment une crise de l'AFER,
il n'y a pas (pas encore) "scandale"...
Depuis 3 ans, la mise en examen, en
décembre 2000 des deux responsables de l’association,
MM. Gérard Athias et André Le Saux poursuivis pour "abus
de confiance, tromperie sur une prestation de service et de
publicité de nature à induire en erreur", concepts
eux-mêmes de nature assez floue (1), n’a pas empêché l’AFER
de compter encore fin août 2003, 586 000 adhérents dont
16 600 nouveaux souscripteurs depuis le 1er janvier.
L’AFER a collecté
1,82 milliard d’euros en 2001 et 1,73 milliards en 2002.
Elle gère actuellement 29,5 milliards d’euros.
Ne cherchons même pas à démêler,
ici, les fils des diverses interventions des Bons Samaritains qui se
proposent, dans l’intérêt des souscripteurs cela va de soi, de
mettre la main sur la structure et sur ses capitaux.
Un conseil d’administration en date
du 8 octobre anticipant l’assemblée des adhérents
statutairement convoquée pour le 4 décembre, a ainsi
substitué au président en titre M. Guilion un haut
fonctionnaire de 70 ans, M. Allègre présenté comme un
spécialiste de questions pétrolières, ce qui est évidemment
très rassurant…
Retenons d’abord ce qui pour
certains n’est qu’un détail juridique.
Une association constituée selon les
formalités très légères de la loi française de 1901 peut lever
plus de 29 milliards de capitaux.
Il est vrai que les mutuelles, (2)
peuvent non seulement faire le même métier mais même, s’agissant
de l’assurance-maladie, de bénéficier de nombreuses distorsions
de concurrence organisées par la fiscalité française, et d’exercer
une sorte de magistrature morale sur l’ensemble du dispositif de
sécurité sociale.
Comment l’AFER a-t-elle réussi ce
tour de force de se frayer un chemin sur le marché ?
Notons d’abord que son
développement s’est effectué dans un contexte monétaire bien
différent puisqu’elle est apparue en 1976.
Non seulement à cette époque on
parlait d’inflation à deux chiffres, mais les placements
obligataires ont, pendant plusieurs années, dégagé des
rémunérations dites "réelles" (3) apparemment
très satisfaisants.
Pendant plusieurs années la rente
des détenteurs de SICAV monétaires a été garantie par l’État.
C’en est à se demander si la
politique d'alors, dite du "franc fort" (4), n’avait pas
pour fonction et pour but de préserver cette rente quelles qu’en
soient les conséquences sur le taux de chômage, sur les
difficultés des petites entreprises ou sur le coût du logement
pour les classes moyennes, les jeunes cadres et les familles
françaises ne bénéficiant pas de l’assistanat.
Depuis 10 ans, lentement mais
sûrement, on est, de ce point de vue, revenu à une situation plus
normale. En même temps les temps de rendement "affichés"
par l’AFER sont devenus plus réalistes et moins alléchants.
Il n’en demeure pas moins que si
cette forme d’épargne, et si l’assurance-vie traditionnelle sur
laquelle elle est assise juridiquement, a eu tellement de succès,
cela est peut-être dû aux défaillances de l’épargne
institutionnelle et aux inquiétudes naturelles des Français face
au fisc, aux droits de succession, à la captation patrimoniale de l’État.
L’AFER s’est frayé un chemin
dans la demande massive des Français d’une capitalisation sûre
et rémunératrice.
Or, cela dérange. Un bon scandale,
plus ou moins bidonné ou aggravé par les maladresses habituelles
de la magistrature ou par ses procédures, voilà qui arrangerait
bien les défenseurs de la répartition.
Dans l’affaire Hanau comme dans
celle de Panama, on se reportera au besoin aux travaux d’Emmanuel
Beau de Loménie ou au livre du président Quesnay de Beaurepaire
pour comprendre comment effectivement il est possible aux grands
habiles de procéder.
Faire 600 000 victimes chez les
épargnants ne les dérange pas, eux qui spolient depuis des années
les millions de souscripteurs des retraites par répartition.
JGM
(1)
Ils pourraient s'appliquer pèle
mêle, à TOUS les administrateurs, profiteurs et laudateurs des
différents dispositifs français de protection sociale, vantés
pour les meilleurs du monde : publicité mensongère.
(2)
De constitution presque aussi laxiste et dont le fonctionnement
statutaire offre à peine plus de garanties.
(3)
Taux d’intérêt nominal moins taux d’évolution des indices
supposés représentatifs du niveau général des prix.
(4)
Mise en place par les Bérégovoy, Trichet etc.
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