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Appauvrissement
global des français
À la veille de l'été, et dans
la perspective politique du scrutin présidentiel de 2002, ce
qui tient lieu de débat social français se profile dans
l'arrière-boutique des débats budgétaires. Très
précisément la discussion ne se déroule qu'entre gens de
gauche et elle oppose, grosso modo, un ministre des Finances
acquis à une baisse (extrêmement lente, pour ne pas dire
dérisoire) de la fiscalité et les tenants du fiscalisme
égalitaire.
N'oublions jamais d'ailleurs que
le fiscalisme a pour vocation de justifier une pression fiscale
rendue nécessaire par la démagogie politique de la dépense
publique.
Or, la première donnée dont on
devrait partir, c'est la donnée nationale du problème. Où en
est la richesse moyenne des Français en ce début du XXIe
siècle ? Les comparaisons nous en donnent une réponse à la
fois claire et, selon nous, assez effarante : aujourd'hui la
France dispose du 12e Produit Intérieur Brut par habitant parmi
les 15 pays membres de l'Union Européenne. Elle fait partie des
4 nations de l'Union Européenne dont le PIB par tête est
au-dessus d'un indice moyen de 100, elle n'est suivie que de
l'Espagne (81), le Portugal (74) et la Grèce (68). Paris,
vitrine de la nation, est totalement éclipsée par Londres :
moins de 30 000 nuitées d'hôtel par jour contre plus de 60
000. Même la vitrine factice de la prospérité nationale est
balayée.
Toute discussion sur la
redistribution des revenus entre Français doit donc commencer
par cet état des lieux : pourquoi la France, et Paris, en 100
ans, se sont globalement appauvris, et démonétisés, à ce
point ? On ne peut pas considérer cette question comme
secondaire puisque précisément c'est la richesse nationale que
la fiscalité de l'État national a encore la prétention de
repartir.
Or, nous sommes aujourd'hui en
présence d'une thèse auto satisfaite d'un économiste
fiscaliste de la gauche française, M. Thomas Piketty. C'est sur
ses thèses que l'on est en train de s'appuyer pour faire encore
plus de redistribution par l'impôt. Son livre
"Inégalités et Redistribution 1901-1998", paraîtra
en septembre chez Grasset. Il pèsera 812 pages - un peu plus de
500 grammes - et il fait déjà l'objet de recensions très
favorables dans les bons journaux bien pensants.
Piketty se félicite en effet de
ce que la France soit devenue de plus en plus égalitaire avec
son taux marginal de 54 % pour l'impôt progressif sur le
revenu, de 40 % sur les successions et son prétendu impôt de
solidarité sur la fortune. La France est plus égalitaire en
2001 qu'elle l'était en 1961, plus encore qu'en 1931 et
certainement beaucoup plus qu'en 1901. C'est clair. Mais elle
est manifestement beaucoup plus pauvre. Cela est encore plus
clair.
Piketty et la gauche, qu'elle
soit plurielle ou singulière, verte ou rouge, rose ou grise ont
la prétention d'empêcher le projet Fabius tendant à réduire,
à un rythme très modeste et à peine symbolique en 3 ans, le
taux marginal nominal de l'impôt sur le revenu de 54 à 52,5.
L'Italie a clairement voté pour un parti qui promet de ramener
le taux marginal à 33 et de supprimer les droits de succession
et de donation. Prenons donc date : aujourd'hui, par rapport à
l'indice 100 de moyenne européenne, l'Italie - Mezzogiorno
compris - est à 102, la France est à 98, si l'Italie applique
le programme de décrue fiscale et si la France se laisse bercer
et berner par les rengaines fiscalistes égalitaires, l'écart
se creusera inexorablement. La France continuera de s'appauvrir
et ceux qui souffriront le plus seront les plus pauvres des
Français.
Ne limitons pas cette
constatation strictement économique à un stérile débat
politique. Il est atterrant de voir dans des journaux de droite
reprendre sans discernement les slogans du fiscalisme et de
l'égalitarisme. Le Figaro Économique (14 juin) publie même un
graphique provenant de l'INSEE et de la Direction Générale des
Impôts affirmant à l'indicatif que "la pauvreté recule
en France" - alors que la misère progresse et que le pays
se ruine. Il y a certes une pression dialectique très forte,
marquée par la survivance du communisme pour empêcher tout
recul de la fiscalité. Mais on a pu constater que la
plate-forme Alternance 2002, grande idée de l'opposition
institutionnelle RPR-UDF, se refusait clairement à promettre
une décrue fiscale mise en route non seulement par l'Italie
mais aussi par les États-Unis ou l'Allemagne, c'est-à-dire par
des nations où les prélèvements obligatoires sont déjà
inférieurs aux nôtres.
Précisons aussi que la
corrélation très forte entre la fiscalité française au XXe
siècle, son effet sur les patrimoines dont Piketty se félicite
sottement et l'appauvrissement global de la nation française
est une évidence pour tout économiste. Elle n'apparaît sans
doute par pour telle aux représentants de la pensée unique,
aux keynésiens de gauche et aux marxistes, alimentés qu'ils
sont encore par leurs sophismes indécrottables. Mais ce qui
nous frappe le plus c'est l'obstination dans l'autodestruction
et l'ignorance de l'environnement international : on comprend
dès lors le véritable sens des campagnes anti-mondialisation
et des mots d'ordre diabolisant non seulement les mouvements de
capitaux mais tout simplement même la liberté des échanges.
Cette régression mentale deviendrait presque un objet de
fascination si ses conséquences n'en étaient pas si
dramatiques pour la vie, les intérêts et la prospérité du
peuple français.
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