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L’assurance-maladie
à l’heure du rationnement du médicament

Ce 24
septembre, le bon Dr Mattei ministre de Santé communiquait sur
une politique décidée au ministère des Finances.
Devant la Commission des Comptes de
la Sécurité Sociale, réunie ce 24 septembre, le gouvernement
laissait communiquer son ministre de Santé, le Dr Jean-François
Mattei. Saluons cette attrayante novation. Depuis qu’existe
cette très consensuelle instance intitulée Commission des
Comptes (1) le ministre mobilisé d’ordinaire
était celui des Affaires sociales.
En réalité, la chose est de peu d’importance.
Car ces grandes séances sont seulement destinées à propager les
mots d’ordres de la tutelle véritable, qui est celle de l’administration
des Finances. On était donc appelé à se congratuler ce jour-là
autour d’un plan d’économies se voulant "drastique"
destiné à enrayer le dérapage incontrôlable des dépenses des
caisses monopolistes de l’assurance-maladie.
Faut-il encore s’étonner, ici,
que ce plan "drastique" vise une fois de plus le
médicament ?
On rappellera quand même que l’ensemble
de la loi de financement de la sécurité sociale porte sur plus
de 300 milliards d’euros. Sur ce montant, colossal, supérieur
au Budget de l’État français, la branche maladie absorbe 120
milliards soit 30 %.
Au sein de la branche maladie, les
dépenses en médicaments représentent 15 milliards d’euros, c’est-à-dire
12 % des dépenses de l’assurance-maladie.
Enfin le poste sur lequel "on
va voir ce qu’on va voir", - c’est-à-dire les
médicaments à SMR (2) jugé insuffisant, -
génère un chiffre d’affaires de 1,52 milliard d’euros : 11 %
des dépenses en médicament, 1,3 % des dépenses maladies. On
agit de la sorte sur 0,4 % de la loi de financement de la
sécurité sociale.
Certes en 1999, les services du
ministère de la Santé avaient entrepris d’évaluer l’efficacité
des 4 490 médicaments remboursés par les caisses. La Commission
de transparence évalua ainsi que 835 d’entre eux (en gros 1 sur
5) offraient un "service médical rendu" insuffisant.
Aujourd’hui encore, ces
traitements, toujours remboursés cependant sont au nombre de 650.
En juin 2001, Mme Guigou, ministre des Affaires sociales, avait
jugé préférable d’en baisser le prix arbitrairement plutôt
que de cesser tout remboursement.
Car le ministre de l’Industrie,
M. Christian Pierret, avait alors fait valoir qu’on allait
ruiner ainsi de sympathiques petits laboratoires familiaux
français, ce qui aurait provoqué 5 000 pertes d’emplois.
Faut-il aller plus loin dans l’analyse
du plan "drastique" de rationnement du médicament ? On
se bornera à remarquer que ce plan est recommandé de longue date
par le Lobby des Mutuelles présidée par ce bon M. Davant.
Ce que le Lobby des Mutuelles veut, dans notre république laïque
et obligatoire, Dieu le veut.
Pendant ce temps, on se prépare
surtout à voter, enfin, un Ondam (3)
"réaliste". Pour la première fois depuis le mirifique
plan Juppé de 1995-1996, une loi de financement de la sécurité
sociale reconnaît que toute notion d’un Ondam
"volontariste" est vide de sens. Mais alors que signifie
l’expression d’un "Objectif national" des dépenses
d’assurances maladie si cet "objectif national"
devient une simple prévision passive de l’évolution des
dépenses ?
Ne serait-il pas grandement temps
de constater que, depuis l’année de sa mise en place par le
gouvernement Juppé en 1997, que
A/ non seulement l’objectif
national a toujours été dépassé
B/ mais l’a été de plus en plus
:
- de 1,4 milliard d’euros en
1998 ;
- de 1,6 milliard d’euros en
1999 ;
- de 2,7 milliards d’euros en
2000 ;
- de 3,1 milliards d’euros en
2001 ;
- de 8,1 milliards d’euros en
2002…
C/ et qu’à l’arrivée les
dépenses d’assurance-maladie seront passées de 91 milliards d’euros
en 1997 à 121 milliards en 2002 : + 25 % en 5 ans.
La réponse du plan "drastique", c’est-à-dire le
rationnement mesquin, n’est évidemment pas à mesure de l’enjeu.
Dire, d’ailleurs, qu’en 2002 le
"déficit du régime général de l’assurance-maladie"sera
évalué à 6 milliards d’euros et que celui prévisible sur
2003 sera de 8 milliards ne veut pas dire grand-chose.
Cela veut dire, certes, que les
mécanismes brandis entre 1995 et 1997 pour mettre en place le
"fameux" plan Juppé-Barrot sont déjà totalement
périmés.
Mais on ne perdra pas de vue que la
comptabilité des régimes sociaux n’est pas une comptabilité.
On demande aussi aux professions de
santé de maîtriser des dépenses qu’elles n’ont aucun moyen
d’évaluer : même un simple logiciel comptable permettant d’entrer
le coût des prescriptions n’existe pas dans les ordinateurs des
prescripteurs (4).
Et sur 10 ans, parfois 16 ans, de
dures études, aucun membre d’aucune profession médicale ne
reçoit de formation économique, juridique ou comptable qui
serait de nature à répondre à cette demande de maîtrise des
dépenses de formulée par les pouvoirs publics.
De qui se moque-t-on alors en
sollicitant leur concours ?
Il est totalement malhonnête d’imaginer
que l’État puisse maîtriser dans l’avenir, ou même
simplement prévoir l’évolution de la consommation médicale.
Prenons le seul cas de la démence sénile décrite en 1906 par le
Dr Aloïs Alzheimer. Près d’un siècle plus tard, la France
compterait actuellement 435 000 cas, environ 11 % des 4 millions
de victimes dans le monde. Les dommages de cette affection
dépassent de beaucoup le simple coût des soins apportés aux
victimes. Il n'existe pas de vrai traitement médical.
On parle, s’agissant du simple
accompagnement des malades d’un coût oscillant entre 60 euros
par jour et 4 600 euros par mois. Comment en prévoir l’évolution
? Et à vrai dire la charge véritable de cet atroce fléau est
bien laissée aux familles. Sur un département comme la Côte-d’Or,
qui compte à l’évidence plusieurs milliers de victimes de la
maladie d’Alzheimer, il existe une unité de soins de 10 lits.
On commence aussi à mesurer les
incroyables conséquences de la Loi du 4 mars 2002 sur les droits
des malades face aux maladies nosocomiales. Chacun sait, ou
devrait savoir, que ces maladies font plus de victimes, - environ
11 000 morts chaque année, - que les accidentés de la route,
environ 8 000. Mais si le battage médiatique et moralisateur est
moindre pour l’hôpital que pour la violence routière, le coût
des indemnités est comparable.
De plus, on a inventé une
délirante "charge de la preuve" qui va coûter
extrêmement cher aux établissements, à leurs assureurs, et en
définitive, tant que les frais de l’hôpital demeureront à sa
charge, à la sécurité sociale.
Répondre par le rationnement
arbitraire et médiatique des soins et des médicaments,
communiquer sur la hausse de 15 % des taxes sur le tabac, c’est
vraiment démontrer que le système monopoliste français n’a
plus rien à dire.
Ce système étatique est piloté non par le ministère de la
Santé, ni par celui du Travail, mais par le ministère des
Finances. Ce système étatique est périmé.
Ce système étatique n’aura
hélas ni la lucidité de voir qu’il est en fin de course, ni le
courage d’organiser son évolution vers le libre choix, la
responsabilité et la subsidiarité.
Ce sera donc à la société civile
de se prendre en main en tournant le dos à ce système étatique.
(1)
La prétendue Commission des comptes de la sécurité sociale
rassemble à parité, et de manière purement formelle, les
représentants de toutes les forces syndicales agréées, de
toutes les caisses monopolistes, etc. Elle ne dispose d’aucun
pouvoir.
(2)
SMR = "service médical rendu".
(3)
Ondam = Objectif national des dépenses de l’assurance maladie.
Cette idée d’origine socialiste, baptisée Taux directeur au
début des années 1990, a été inventée par le plan de MM.
Juppé et Barrot en 1995-1997.
(4)
Il n’est même pas certain que la mise en place d’un tel
logiciel serait conforme aux principes juridiques sur lesquels
repose l’assurance maladie telle qu’elle fut définie en
septembre 1945.
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