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En
finir avec la dévalorisation du Bac

Pendant combien
de temps encore l’Éducation nationale persistera-t-elle encore
à prétendre fabriquer "au nom de la Loi" 80 % de
bacheliers par classe d’âge ?
Ce jeudi 13 juin, 628 000 jeunes
Français de 13 à 78 ans commençaient les épreuves du
baccalauréat, cependant que ce vendredi 14 juin, pour 470 000
élèves de première des lycées, c’était le moment de l’épreuve
anticipée appelée ordinairement bac français.
Peut-être parce que l’on
commence par la philosophie et par la rhétorique, peut-être
même aussi parce que les journalistes eux-mêmes n’en
connaissent guère plus, les commentaires médiatiques portent
essentiellement sur "la dernière réforme". Pour ce qui
est du français cette "dernière réfrome" a été
lancée par M. Allègre en 1999.
Quant à la future et xième
refonte de l’enseignement de la philosophie, on la prépare
activement, sans se préoccuper des changements politiques, car on
nous soutient qu’il serait à peine croyable que certains
programmes puissent remonter à 1973. Mais, qu’on se rassure sur
un point essentiel : en fait, ça change quand même tous les ans,
et on a encore voté et débattu début juin (1)
sur un aménagement des programmes, fabriqué sous le gouvernement
de gauche, que certains croyaient démissionné depuis un mois.
Au sein du Conseil supérieur de l’éducation,
les avis sont partagés entre deux groupes. Il y a d’une part la
CFDT, l’ancienne FEN rebaptisée "Syndicat des enseignants
UNSA", et les parents d’élèves de la FCPE, c’est-à-dire
en gros la sociale démocratie teintée de laïcisme
philosophique.
Il y a, de l’autre, le SNES,
Force ouvrière et le SNALC, en gros les marxistes purs et durs.
Le débat se résume ainsi à la gauche d’un côté, l’extrême
gauche de l’autre.
Comme le président du Conseil
national des programmes de la gauche est devenu, le 7 mai, le
ministre de l’Éducation nationale de la droite, on est curieux
de savoir ce que M. Luc Ferry (2), au nom du
gouvernement, va bien pouvoir faire entre la gauche et l’extrême
gauche.
Car la lancinante question, la
question dominante est celle de savoir si, oui ou non, l’Éducation
nationale va persister dans la doctrine des 80 % de bacheliers par
classe d’âge.
Souvenons-nous en effet de l’origine
historique de cette théorie.
Elle fut énoncée pour la première fois, en 1985, par M. Laurent
Fabius, lui-même agrégé de lettres normalien et ancien élève
de l’Ena, puis par son ministre de l’Éducation nationale, M.
Jean-Pierre Chevénement, inventeur du concept d’énarchie,
toujours à contre emploi. En 1989, un certain Lionel Jospin,
devenu à son tour ministre de l’Éducation, et lui-même
énarque, inscrivait cet objectif dans une "loi".
Nous écrivons ici le mot "loi" entre guillemets car un
tel objectif constructiviste ressemble évidemment plus à de la
planification soviétique qu’à l’héritage juridique
romano-byzantin ou à la common law britannique.
L’objectif était fixé, à l’époque,
sur 10 ans. L’échéance prévue était située en 1999.
Or, s’il est de fait qu’entre
1985 et 1999, le pourcentage de jeunes Français auxquels on a
décerné le titre, autrefois sérieux, de bachelier, est passé
de 29 % à 63 %,
- d’une part le taux de 80 % n’a jamais pu être atteint,
- d’autre part, depuis 1999, et malgré la présence de M.
Jospin à l’Hôtel Matignon, le taux de bacheliers effectifs a
même eu tendance à régresser, atteignant seulement 61,5 % en
2001.
Reste en effet à mesurer le degré
de pertinence de cet objectif 80 %, aujourd’hui encore soutenu
par le SNES, syndicat national de l’enseignement secondaire dont
l’inféodation au parti communiste et à son idéologie ne s’est
jamais démentie.
On rappellera que la doctrine ainsi
formulée comme un dogme remonte aux années 1980. Elle s’appuyait,
ou plutôt elle prétendait s’appuyer sur le "modèle
japonais des ouvriers diplômés" - "modèle" qui
devrait avoir cessé de l'être depuis quelque 10 ans. Les 20 %
hors "modèle japonais" ne sont pas des Chinois.
Le taux en est calculé sur la base
de reliquats jugés incompressibles, évalués, une fois pour
toutes, forfaitairement à 15 % d’élèves en apprentissage et 5
% orientés vers l’enseignement spécialisé.
Et c’est tout (3).
Merveilleux "modèle" où personne n’est inapte,
personne n’est délinquant ou paresseux, personne n’est
illettré, personne n’est fou, personne n’est autiste,
personne n'est surdoué. Un seul "modèle" éducatif.
Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil, et
"plus rien ne sera plus comme avant."
Comme d'habitude.
Que cette idéologie soit encore
professée par le SNES est d’autant plus grave qu’il s’agit
de la branche des lycées et collèges de la FSU, syndicat
considéré comme majoritairement représentatif, au plan
national, du million de fonctionnaires de l’Éducation
nationale.
Cette bureaucratie parle haut et
fort. C’est elle qui contrôle le fameux "mouvement"
des enseignants, gestion centralisée des nominations que le
ministre Allègre n’est jamais parvenu à lui retirer.
Et elle s’enferme dans la
défense de cet "objectif 80 %" irréalisable, mais pour
la réalisation duquel elle demande, bien évidemment, "plus
de moyens". Puisque l’objectif ne sera jamais réalisé,
les "moyens" que l’on peut syndicalement revendiquer
pour y tendre sont mathématiquement illimités.
C’est donc toujours bonne
affaire, pour une bureaucratie syndicale, qu’un objectif absurde
!
Or, il est à remarquer que la
représentativité syndicale théorique de la FSU et du SNES,
irréfragablement présomptive et institutionnellement reconnue
(testée par des grandes marques) ne se retrouve pas dans l’opinion
réelle du corps enseignant. Un sondage réalisé en mars 2001
auprès d’enseignants de moins de 35 ans, établissait ainsi que
71 % d’entre eux estiment qu’inciter le plus d’élèves
possible à poursuivre jusqu’au bac "a surtout pour
conséquence de dévaloriser le baccalauréat et d’abaisser le
niveau".
Il serait temps d’en prendre
acte.
Alice Borghese
(1)
Réunion du CSE du 6 juin.
(2)
À en croire le Monde (9 mai) cet incurieux descendant de Jules
Ferry serait incapable de préciser son lien généalogique. Du
passé faisons table rase.
(3)
Cf. Claude Lelièvre "Les politiques scolaires mises en
examen : douze questions en débat" Éditions ESF 208 pages,
2002.
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