|
Banqueroute et fausse monnaie dans les
administrations
et les entreprises publiques françaises
Les entreprises et les administrations
publiques françaises publient des
comptes qui ne donnent pas une image fidèle de la réalité en vue de tromper le
public. En effet, elles ne provisionnent pas les
engagements de retraite de leurs salariés ni des fonctionnaires
contrairement aux règles habituelles. Ce sont pourtant des créances certaines
qui atteignent des sommes considérables car des conditions de retraite très
avantageuses ont été accordées à un très grand nombre de personnes. Cependant,
quelques rares entreprises publiques ont publié ou publient des données
chiffrant ces charges de retraite : 14,8 milliards d'euros sont
mentionnés dans le rapport annuel de gestion 2004 de GDF, 70
milliards d'euros dans celui de La Poste (au 31 décembre 2004).
Les administrations et la plupart des
entreprises publiques ne comptabilisent pas leurs engagements de retraite
alors que les règles ordinaires de la comptabilité l'imposent. Les autorités
françaises qui doivent faire respecter les lois et règlements ne les
respectent pas elles mêmes dans leurs propres comptes ! Le traité de
Maastricht impose pourtant des obligations financières contraignantes : la
dette d'un Etat de la zone euro ne doit pas dépasser 60 % du PIB. Or
actuellement, la dette de la France atteint déjà officiellement 1 117
milliards d'euros soit 66 % du PIB. Par ailleurs,
la commission Pébereau (créée par
le Parlement) évalue les charges de retraite non provisionnées à 800
milliards d'euros (compte tenu des prélèvements finançant la retraite par
répartition) ce qui porte
l'endettement réel de la France à 2 000
milliards d'euros environ soit 115 % du PIB
… 32 000 euros par Français !
Le dérapage des comptes publics français est
catastrophique. Les agences de notation vont abaisser la note de la dette
publique française, ce qui va renchérir son coût. Des réformes très
impopulaires devront être prises car des avantages acquis devront être
supprimés. Les impôts vont augmenter. La croissance du PIB restera durablement
faible. Le niveau de vie ne progressera (globalement) que très lentement…
*****
Aux Etats-Unis,
les charges de retraite sont presque totalement provisionnées car les
Américains ont placé une partie importante de leur épargne, qui est
considérable (5 000 milliards de dollars dans les caisses d'épargne),
dans des fonds de pension (9 000 milliards de dollars) qui sont le seul
et unique moyen d'assurer rationnellement et efficacement le financement des
revenus des retraités. Ils disposent ainsi de 11 000 milliards de
dollars de provisions (avec le fonds public de retraite) équivalant au PIB
annuel.
*****
Le surendettement de la France est hors normes,
mais d'autres pays de la zone euro sont dans une situation comparable. Ces
dérives sont révélées dans l'agrégat monétaire M1 qui correspond à
l'ensemble des disponibilités des ménages (l'argent que nous avons dans nos
portefeuilles et sur nos comptes courants). M1 est anormalement élevé :
3 350 milliards d'euros, en augmentation de plus de 10 % depuis
2001 alors que la croissance du PIB est de 1 à 2 % en moyenne. Ainsi,
2 000 milliards d'euros environ circulent sans qu'ils aient pour
contrepartie la vente de produits tirés d'un travail. C'est
de l'argent non gagné. Pour l'essentiel,
il s'agit d'aides dites sociales, des salaires de fonctionnaires dont le
travail ne crée aucune valeur réelle supplémentaire et de subventions à des
entreprises publiques.
Les dirigeants de la Banque Centrale Européenne
s'apprêtent à augmenter le taux de base pour ralentir l'augmentation de la
masse monétaire M3, mais cela aura peu d'effets positifs car les causes
profondes de l'inflation ne seront pas combattues. En effet,
ce sont les dirigeants
des administrations et des entreprises publiques qui créent cette… fausse
monnaie !
La situation au Japon est pire : la croissance
du PIB s'est arrêtée depuis 15 ans (dans une stagnation déflationniste) alors
qu'elle était très forte après la Seconde guerre mondiale.
*****
En l'absence de données chiffrées, les charges
de retraite peuvent être estimées par extrapolation des comptes certifiés de
certaines entreprises publiques qui les ont publiées. Ainsi par exemple, comme
le statut des électriciens est identique à celui des gaziers,
les charges de retraite d'eDF peuvent être estimées à 70 milliards
d'euros par rapport à celles qui sont publiées par GDF et pour le même montant
pour la SNCF par analogie avec celles de La Poste. Ce sont ainsi 225
milliards d'euros qui ne sont pas provisionnés dans ces seules quatre
entreprises ! La commission Pébereau les évalue à 800 milliards d'euros
pour l'ensemble des administrations et des entreprises publiques. Ces données
sont concordantes et vraisemblablement très proches de la réalité.
*****
A qui la faute ?
Les responsables de cette banqueroute généralisée
sont nombreux. Ce sont d'abord les dirigeants de ces
entreprises publiques et les hauts fonctionnaires des
administrations. Ce sont ensuite les hommes politiques des partis
qui se sont succédé au pouvoir depuis une trentaine d'années car ils ont
accepté de couvrir ces irrégularités. C'est aussi toute la communauté
financière française : les dirigeants de la Banque de France, de
l'Autorité des Marchés Financiers et des organismes comptables et financiers
qui supervisent le système financier français, les banquiers, c'est à
dire les dirigeants et les spécialistes des établissements financiers et des
sociétés de bourse, les analystes, les experts (!) et les journalistes
financiers. Les sociétés de certification et les agences de notation ont perdu
une grande partie de leur crédibilité dans cette aventure : Ernst & Young a
certifié les comptes de la SNCF et d'eDF avec Deloitte, PricewaterhouseCoopers
ceux de La Poste. Standard & Poor's, Fitch et Moody's n'ont pas déclassé la
dette de la France et des autres pays alors que ces dérives étaient évidentes,
etc, etc. Les universitaires, les chercheurs et autres enseignants sont
notoirement totalement incompétents dans ce domaine et toujours hors course…
*****
Code de commerce (Partie Législative) Section 1
: De la banqueroute
Article L626-2 (…) sont coupables de
banqueroute les personnes (… qui ont) tenu une
comptabilité manifestement incomplète ou irrégulière au regard des
dispositions légales.
Article L626-3 La banqueroute est punie de cinq ans d'emprisonnement
(…)
*****
La dette d'une nation est légitime quand elle
finance la construction d'infrastructures
qui augmentent la productivité des entreprises,
comme par exemple la construction de routes, d'autoroutes, de ponts, de
tunnels, etc qui facilitent la circulation des personnes et des marchandises.
Dans le cas présent, pour la France et d'autres pays de la zone euro, cette
dette publique réelle alimente des revenus qui sont distribués mais qui n'ont
pas pour contrepartie la vente de produits tirés d'un travail. Ces revenus
sont dépensés. C'est de l'argent non gagné qui circule, qui ne rapportera rien
et qui n'augmentera pas la productivité en France.
*****
Le général de Gaulle disait que les Français
étaient des veaux. La situation a empiré depuis cette époque révolue car ils
sont maintenant victimes d'une encéphalite spongiforme qui les touche
quasiment tous. Le manque de culture économique et financière élémentaire leur
sera fatal. De Gaulle qui avouait ne rien connaître à l'économie, avait eu la
sagesse de s'en remettre à des économistes libéraux compétents comme
Jacques Rueff, qui ont assuré la prospérité de la
France dans les années 60. La propagande antilibérale qui sévit depuis une
trentaine d'années a des conséquences qui seront de plus en plus
dévastatrices…
Jean-Pierre CHEVALLIER
Business économiste,
professeur en URSS (dans une
Université Républicaine
Socialiste Soviétique)
|