Une semaine sur les barricades

Au cours de cette semaine de conflits, on a vu à plusieurs reprises le refus de la « base » de répondre aux mots d’ordre des « représentants » syndicaux parisiens.
La perte de l’engouement syndical n’est pas une nouveauté dans notre pays, la remise en question des « responsables » parisiens par la base, un peu plus.

Elle fait même apparaître une véritable crise d’identité du mouvement syndical hexagonal.

Cette crise a pour premier indice la perte d’adhérents des grandes centrales salariales, même si cette crise se retrouve dans presque tous les pays industriels. D’après les données de 1997, et en s’en tenant aux seuls pays occidentaux, voici en effet les pourcentages d’adhésion à un syndicat au sein des populations actives salariées ou fonctionnaires dans les pays industrialisés:

  1. Un groupe de quatre pays nordiques vient en tête avec plus de 3 salariés sur 4 adhérents à un syndicat : d’abord la Suède avec 91 %, puis l’Islande avec 83 %, puis le Danemark avec 80 % et la Finlande avec 79 %.

  2. Viennent ensuite trois pays seulement qui dépassent 30 % : l’Italie avec 44 %, l’Autriche avec 41 %, et le Royaume uni avec 33 %. 1 salarié sur 3…

  3. Tous les autres pays se situent entre 14 et 28 %, ce qui signifie que sur 7 salariés, 1 ou 2 y donnent leur adhésion à un syndicat : Allemagne 29 %, Portugal 27 %, Pays-Bas 26 %, Grèce 24 %, Suisse 23 %, Espagne 19 %, États Unis 14 %.

  4. Enfin UN SEUL pays est au-dessous de 10 %. Ceci veut dire que plus de 9 salariés sur 10 dédaignent de s’y affilier à une organisation syndicale quelle qu’elle soit. Ce pays c’est la France avec 9 % seulement.

La France est le pays le plus atteint, et de loin, par cette désertification sociale, syndicale et associative. 
Au sein de l’OCDE, on soulignera en effet, que la France vient après la Turquie ou les États Unis qui, pour des raisons très différentes, comptent très peu de syndiqués. Or, contrairement à ces deux pays, la France a eu dans le passé une très forte tradition de syndicalisme ouvrier. Elle a même été, avec l’Angleterre, au XIXe siècle, une sorte de berceau du syndicalisme.
Au lendemain de la seconde guerre mondiale, la CGT revendiquait 6 millions d’adhérents. Aujourd’hui elle en aligne péniblement 600 000 plus 300 000 retraités. La CFDT prétend, de son côté, compter 830 000 syndiqués. Ce chiffre, à supposer qu’il soit réel, n’est cependant pas tout à fait comparable, en ce sens qu’un adhérent CFDT n’obéit pas à un appareil aussi homogène que celui des camarades Thibault, Maryse Dumas, etc. De plus, même si les nombres d’adhérents correspondaient effectivement au nombre des gens qui ont "couponné" dans les 12 derniers mois, les actes militants sont-ils de même nature ? En revanche, on peut estimer que la CGT, implantée à 50 % chez les fonctionnaires et agents de monopoles étatiques privilégiés se trouve beaucoup moins forte auprès des 14 millions de salariés du secteur privé…
Capacité de nuisance ? Certainement ! 
Représentativité ? Certainement pas !

Dans les raisons multiples de cette nécrose française du syndicalisme, nous distinguons assez clairement le fait que les syndicats français sont :

  • Ceux qui s’accrochent le plus à une conception archaïque du Travail, récusant toute flexibilité ;

  • Et ceux qui bénéficient des privilèges de représentativité les plus extravagants, tels que la fameuse présomption dite irréfragable de représentativité.

Et l’on doit ajouter à cela que la gestion paritaire des organismes de sécurité sociale monopoliste achève d’encroûter ces centrales en déclin.
 

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