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Si
Giscard ne sera pas dans la campagne,
la réalité européenne y sera bel et bien !

"
La prochaine élection présidentielle ne sera plus l’élection
du Président d’un pays libre et indépendant " Michel
Barnier Membre de la Commission nommé par l’État français.
La timidité de la classe
politique française, la discrétion des médiats parisiens et
le conditionnement hexagonal de l’opinion face à la
construction européenne ne doivent pas nous tromper.
La plupart des grands problèmes
actuels se posent pour les Européens à l’échelle de l’Europe.
Et parmi les mérites que l’on doit reconnaître au président
Giscard d’Estaing, malgré tous les défauts qu’on lui
connaît, c’est d’être l’un des rares responsables
politiques de notre pays, non seulement à en avoir été
constamment convaincu, mais, de plus, à en tirer certaines
conséquences.
Ainsi donc, et sans doute en
partie pour s’en débarrasser dans la perspective de l’élection
présidentielle de 2002, les dirigeants actuels de l’État,
tant M. Chirac que M. Jospin, ont obtenu à l’automne 2001,
que cet élégant septuagénaire préside désormais l’ambitieuse
Convention pour l’Avenir de l’Europe.
Il ne faut donc pas s’étonner
dans ce contexte, que le citoyen Giscard, ci-devant maire de
Chamalières et président du Conseil régional d’Auvergne,
patrie des volcans éteints, ait déclaré ne pas vouloir
intervenir dans le débat présidentiel (Il
l’a annoncé le 3 mars à 23 heures sur France 3 à l’émission
France Europe Express de Christine Ockhrent épouse Kouchner.),
sans doute pour ne pas tacher son beau complet veston.
Ne l’oublions pas en effet,
dans le langage familier allemand "mettre son Giscard"
c’est revêtir son plus beau costume.
Sauf pour les deux candidats,
Bayrou et Madelin, apparemment les plus proches de Giscard, que
l’ex président abandonne manifestement au triste sort que
leur promettent de tristes sondages, cela ne changera pas
grand-chose au cours quotidien des événements que nous vivons.
Et l’on continuera donc dans
les médiats, à ne guère entendre parler de l’Europe que de
manière anecdotique, la rubrique "Europe" étant
traitée par le journal de la pensée unique "Le
Monde" comme si la France n’en faisait pas partie, la
mention de l’Europe étant pratiquement absente de l’AFP ou
du Figaro, l’actualité de l’Europe n’étant évoquée que
par les plus ennuyeux de nos chroniqueurs, et se trouvant
généralement reléguée au dernier rang des préoccupations.
Qu’au même moment Américains
et Russes développent leur coopération dans le Caucase, dans
toute l’Asie centrale ou dans la guerre civile de Géorgie, ne
semble toujours pas suggérer le sens d’une dimension
européenne.
Que la Chine s’affirme de plus
en plus, que l’Inde émerge de sa millénaire absence, que le
monde de l’islam bouillonne, ne suscite pas non plus de
réflexion sur l’avenir de l’identité européenne.
À peine mesurera-t-on les
tensions commerciales entre Américains et Européens.
Alors qu’on se contente au
moins de rappeler que, depuis le traité de Rome de 1957, depuis
l’Acte unique de 1986, depuis le traité de Maastricht de
1991, depuis le pacte de stabilité et le traité d’Amsterdam
de 1997, il est devenu pratiquement vain de concevoir une
souveraineté politique en dehors des contraintes économiques,
monétaires, budgétaires mais aussi sociales et commerciales
tissées par la construction européenne, le droit dérivé, les
règles concurrentielles, etc.
Cet aspect de la construction
européenne est évidemment crucial. Il a fait que dans les 10
dernières années le lobby français des mutuelles et de la
sécurité sociale, comme le très puissant lobby des
entreprises d’État et la CGT ont réussi à transformer le
gouvernement français, jusque-là moteur de l’Europe, en
frein et en nuisance de la construction européenne, en même
temps que notre pays accumulait les retards et multipliait les
handicaps pour l’avenir.
On remarquera d’ailleurs que
nos hommes politiques, y compris Giscard d’Estaing, s’expriment
très peu les implications pratiques et contraignantes de cette
Europe là, sur nos institutions, sur nos monopoles sociaux, sur
ce que nous sommes convenus d’appeler désormais nos
"opérateurs historiques" comme EDF, comme
France-Télécom, comme La Poste, comme Air France ou la SNCF,
dont la culture est monopoliste.
Même Giscard, qui depuis si
longtemps rêve d’une présidence européenne, dernier étage
possible de son ambition terrestre, même lui qui s’est tant
exprimé depuis 2 ou 3 ans, par des dizaines d’articles, par
des discours et par un livre sur l’Europe et les destinées de
la France, parle finalement très peu de la réalité
européenne concrète, juridique, sociale.
Les hommes de l’État sont
gênés aux entournures, face aux réalités européennes : c’est
encore un point de convergence entre MM. Chirac et Jospin.
Et comme on les comprend !
Si en effet, manifestement, les
peuples prennent conscience que l’Europe, vivante, dernier
rempart possible pour les libertés individuelles et l’identité
des Européens, peut et doit se construire en dehors des
appareils d’État, c’est bien la fin annoncée de nos
politiciens, de nos énarques et de nos petits maîtres.
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