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Pour
la CGT c'est toujours le moment
L’Huma,
elle-même, l’avouait dans son édition du 3 octobre : “ La
question trottait sans doute dans les têtes de nombreux
salariés, syndicalistes inclus : est-ce bien le moment ? ”
Le moment de quoi ? De faire grève dans les services publics à
la française, les entreprises d’État subventionnées, celles
où on prend sa retraite avant 60 ans.
Eh bien dans ce
genre de circonstances la réponse cégétiste est toujours :
oui. Et elle trouve d’utiles idiots, différents selon les
branches, pour accompagner sa démarche. Le quotidien communiste
en donne fièrement la liste : “ ainsi
des cheminots, dont toutes les fédérations, CGC exceptée,
appellent à une grève de 24 heures ; ainsi des traminots qui,
avec leurs syndicats FO, CGT, FNCR et CFTC, se joignent à l’action
lancée pour réclamer le droit à la retraite à 55 ans ; ainsi
encore des salariés de la santé qui, avec la CGT, FO et la
CFTC, entendent faire du 16 octobre, le prolongement de leurs
actions précédentes pour les 35 heures. ” On remarque que la
CFDT est très peu dans l’affaire.
Passons sur la
conjoncture internationale. Dans les colonnes du même journal
on retrouve toujours la même rhétorique contre ce qu’il
appelle “ une escalade guerrière qui, loin de résoudre le
problème, risquerait d’ajouter du malheur au sang déjà
versé ” (édito du 4 octobre) dans le droit fil de l’intervention
de M. Hue osant déclarer : “ C’est à la violence et aux
injustices intolérables générées par l’actuelle
mondialisation sous l’égide du capitalisme financier qu’il
faut s’attaquer. ” (Débats de l’Assemblée nationale du 3
octobre).
Passons sur la
conjoncture sécuritaire française. On remarque que, pour une
fois, la CGT ne fait même pas semblant de demander plus de
sécurité dans les transports ou dans les usines… “ Au nom
du danger, on ne peut pas décréter la fermeture des
entreprises ”, déclare-t-on à la CGT, en rappelant que 880
000 salariés travaillent dans la filière chimique…
La grande urgence
pour la CGT, et pour ceux qui accompagnent sa stratégie et sa
tactique, c’est de faire pression pour l’augmentation des
traitements des fonctionnaires et l'abaissement de l’âge de
leur retraite. Elle trouve l’appui de gens comme Cazettes,
président de la très monopoliste Caisse nationale d’assurance
vieillesse des travailleurs salariés. “ La chute de la
croissance, on la vivait déjà depuis le début de l’année.
Le contexte ne fait qu’aggraver les choses. Quand une
économie commence à perdre de la croissance, c’est justement
le moment de réinjecter, par du pouvoir d’achat, de l’optimisme
chez les consommateurs et les salariés. C’est donc maintenant
qu’il faut se mobiliser ”, déclare à l’Humanité
Jean-Luc Cazettes, le président de la CGC-CFE, qui met l’accent
sur les salaires car “ ce sont eux qui vont tirer l’emploi
”.
En même temps
cette pression dans le secteur public s’accompagne dans le
secteur privé d’une agitation partout où la CGT peut faire
feu de n’importe quel bois. Ainsi le 4 octobre, dans le
département de la Sarthe c’étaient environ 3 000
cégétistes du département qui manifestaient dans le centre
ville du Mans au nom “ de la défense de l’emploi, des
retraites et de la protection sociale. ” Quelques-uns des
actuels salariés de l’usine Philips, touchée par un vaste
plan social qui prévoit la suppression de 1 142 emplois sur un
total de 2 300, prenaient place en tête du cortège, suivis de
salariés de Framatome, qui fabriquent des connecteurs pour
téléphone mobile, et d’EDF, portant des banderoles : “ on
est tous des Philips ” (ce qui était manifestement faux).
En réalité
cette attitude, totalement démagogique, a pour effet de
diminuer les chances de salariés du privé d’être
réembauchés dans le contexte actuel et de renforcer les
privilèges des titulaires du secteur public, qui sont en force
à la CGT et à FO. Dans les mois à venir il sera intéressant
de mesurer les positions respectives du bloc CGT et FO, d’une
part, et des directions syndicales associées à la refondation
sociale, CFDT et CFTC d’autre part, - la ligne des
administrateurs actuels de la CGC étant apparemment inspirée
par leur position au sein des organismes sociaux.
Déjà, lors des
élections de 1997, les politologues et les observateurs
impartiaux (cf. sondages de la Tribune de Genève) avaient pu
évaluer une différenciation notable du vote chez les salariés
du secteur privé et chez les personnels à statut.
Plus des
grèves scandaleuses comme celle du 16 octobre se multiplieront,
et plus cette différenciation s’approfondira, annonçant une
nouvelle forme de “ lutte des classes ”, en somme…
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