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LE VRAI COÛT DES
35 HEURES NE SE LIMITERA PAS AUX CONSTATATIONS DU SÉNATEUR
DESCOURS
Révélée le 22 février, la
démarche courageuse du sénateur Descours à propos du
financement des 35 heures n'a pas fini de faire couler de l'encre.
On ne doit cependant pas s'y tromper. La question que pose la
réduction réglementaire du temps de travail va bien au-delà.
Le secret même, employé par
l'administration, montre à quel point la France s'enfonce dans le
règne du mensonge. La loi, ou plus exactement ce qui tient lieu
en France de norme juridique, disposait qu'un nouveau machin, le
"Forec", gérerait les fonds nécessaires à la
contrepartie des exonérations prévues par la loi des 35 heures.
Ce compte du Forec a connu un déficit de 12 milliards de Francs
en 2000 et il devrait connaître une perte située entre 16 et 21
milliards de Francs en 2001.
Rappelons que les recettes prévues
se fondent sur des parafiscalités. Là aussi, sous l'appellation
pittoresque de "tuyauteries" le développement de telles
opacités comptables est très dommageable.
Et cela est d'autant plus manifeste
que le Forec demeure encore virtuel. Il n'a pas encore reçu
d'existence légale.
Le gouvernement, le pouvoir
exécutif, s'est arrogé, et il s'arroge de plus en plus, le droit
de ne pas exécuter la loi qu'il a pourtant rédigée, la loi
qu'il a proposée et qu'il a fait enregistrer par une assemblée
nationale à ses ordres.
Dans ces conditions, la délicieuse
Mme Guigou constate que le déficit est encore entre les mains de
l'Acoss. Cet autre bidule, bien réel celui-là, "gère"
la trésorerie générale de la sécurité sociale. L'Acoss est
actuellement présidée par un représentant du Medef, M. Bernard
Caron. Celui-ci déclare au nom des partenaires sociaux unanimes,
qu'il n'est pas question d'aller vers "une contribution du
régime général au financement du Forec".
On se trouve en fait devant
plusieurs scandales. Ni le mot ni le pluriel ne sont surévalués.
Le premier scandale est qu'un
rapporteur parlementaire ait été dans l'obligation de se
transporter au ministère de la solidarité le 14 février pour
découvrir une partie de la réalité.
Le second scandale est qu'on viole
délibérément un principe légal promulgué en juillet 1994 et
dont l'évidence ne devrait échapper à personne : toute
exonération de charges imposée par l'État aux régimes sociaux
doit être intégralement prise en charge par le budget de
l'État.
Or, le gouvernement ergote sur
l'application d'une règle qu'il n'a pas eu l'audace provocatrice
de faire abroger par sa majorité. Il revient au mécanisme bien
connu du maquignonnage entre administrations. Puisque les
exonérations ont produit une baisse de chômage, celle-ci a
bénéficié aux comptes sociaux. Donc ceux-ci doivent contribuer
au financement des exonérations. De tels raisonnements spécieux
durent en France depuis à peu près aussi longtemps qu'il existe
un système de sécurité sociale hypocritement étatiste.
Le troisième scandale est qu'on
continue de bercer les Français dans l'illusion que les 35 heures
ont été une bonne politique qu'elles ont réduit le chômage,
etc.
À l'époque où l'on votait la 1re
loi des 35 heures nous nous permettions d'ironiser : si la
limitation du temps de travail à 35 heures est supposée
"créer des emplois" pourquoi pas 30 heures, 25 heures ?
Attention au-dessous, il faudra recourir à l'immigration ! La
seule frivolité de notre moquerie était de s'en tenir à une
analyse moyenne. En fait dès la fixation d'une barre à 35
heures, dans certaines professions, la France est entrée dans une
pénurie de main d'œuvre qualifiée.
Or cette pénurie sectorielle peut
être constatée dans des branches aussi différentes que
l'informatique ou l'hôtellerie restauration, sans parler des
soins hospitaliers. Elle amène certains esprits faux à suggérer
qu'on généralise le retour au laxisme légal vis-à-vis de
l'immigration.
Bien d'autres nuisances vont
compléter ce qui n'est qu'un exemple.
Il serait donc faux de limiter le
coût économique et financier de la réglementation des 35 heures
à son seul poids dans les comptes sociaux.
Il serait encore plus faux de
réduire à des simples données d'apparence comptable la prise en
compte de la nuisance de cette réglementation. Cette nuisance
s'analyse, aussi, en termes de compétitivité, en termes de
progrès de la fraude, et en termes de démoralisation générale
du pays
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