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Au-delà
d’une déclaration de politique générale

Au-delà du
scepticisme : la vigilance s’impose.
La simple lecture du Message
présidentiel, adressé le 2 juillet au parlement à l’occasion
de la session extraordinaire, donnait évidemment le ton.
Il s’agissait de faire comprendre
aux Français, en commençant par les représentants du peuple,
que la Vème république
entend revenir à la pratique présidentialiste.
Celle-ci avait prévalu pendant ses
quelque 30 premières années, exactement de 1958 à 1986.
Et les 15 dernières l’avaient
terni par 9 années de cohabitation.
Dans ce contexte le chef de l’État
assumera à la fois le pouvoir exécutif et entendra impulser 95 %
du travail législatif. 365 députés sur 577 se réclament d’un
parti s’intitulant explicitement Union de la Majorité
Présidentielle.
Le Premier ministre ne semble donc
là que pour mettre en musique, pour appliquer un scénario
largement décidé par l’Élysée.
Dans de telles conditions, la
Déclaration de politique générale, prononcée par M. Raffarin
ce 3 juillet, si habile que l’homme puisse éventuellement se
confirmer dans l’avenir, était bien encadrée par les
contraintes autoritaires définies la veille par M. Chirac.
Car, des 4 axes de la politique
chiraquienne, c’est le "renforcement de l’autorité de l’État"
qui était énoncée en premier, avant la "garantie de la
sécurité des Français", avant la "restauration de la
compétitivité de la France", et avant l’inoxydable
"solidarité nationale".
Certains s’emploieront sans doute
à repérer particulièrement les nuances entre les propos du chef
de l’État et la tonalité du discours du chef du Gouvernement.
Ces nuances, à dire vrai, sont loin d’être imperceptibles.
D’un côté, nous retrouvons la
conception bonapartiste du pouvoir associée à une philosophie
radicale-socialiste : c’est décidément l’horizon
indépassable de M. Chirac.
De l’autre, on se plaira à
recenser les signaux de modération, de proximité et même,
quelle audace, de libéralisme (1).
Personne ne doute de la nécessité
de restreindre et même de faire disparaître les zones de
non-droit.
Mais on doit aussi se demander si
les moyens envisagés seront suffisants.
On parle au départ de 6 milliards
d’euros étalés sur 5 ans. C’est un coût financier
finalement minime.
Mais on aimerait en savoir plus sur
les orientations judiciaires, pénitentiaires, éducatives, et
même médiatiques qui devront épauler des moyens strictement
matériels alloués à la police et à la justice.
Personne ne peut se plaindre de
savoir que le gouvernement souhaite aboutir à la création de 1
000 000 d’entreprises dans les 5 ans. Mais ces fameuses PME ne
pousseront pas comme des champignons dans le jardin de M. Hurel.
Ou, plutôt, si l’alternance de fraîcheur et de lumière permet
leur apparition à l’automne, ne faut-il pas redouter qu’une
autre alchimie de fiscalité, de charges sociales et de
réglementation n’aboutisse à leur disparition en hiver.
La création d’entreprises n’est
pas seulement entravée en France par ce que M. Raffarin décrit
à juste titre comme "la paperasse, tous les ennuis et toutes
les tracasseries qui font qu’aujourd’hui les acteurs sociaux,
économiques sont transformés en bureaucrates alors que nous
attendons qu’on puisse libérer leur énergie".
La simplification par ordonnance
cela séduit toujours beaucoup de bonnes fées, penchées depuis
des années sur le berceau de la petite princesse Entreprise.
Mais la sollicitude de ces âmes
bénévoles, si nombreuses dans les chambres de commerce, si
nécessaire soit-elle, n’est suffisante ni pour la création, ni
pour la pérennité des initiatives économiques réelles.
| Il faudra baisser massivement les
charges, les taxes, les contraintes, les allocations, les
subventions, les gaspillages, les dispositifs d’aide à ceci,
les interventions en faveur de cela. |
Pour y parvenir, il faut
développer le espaces de libre choix, de responsabilité et de
concurrence.
5 ans ne seront pas de trop. Même
en commençant immédiatement.
M. Chirac lance deux principes :
celui de la compétitivité qu’on appelle aussi attractivité
française, et aussi de celui qu’il nomme "solidarité
nationale".
Ces belles idées, assaisonnées de
prétentions à la fois européennes et universalistes (ce qui n’est
pas la même chose) peuvent éventuellement cohabiter.
Mais on a tout lieu de redouter
aussi que, dans la pratique, ils se contredisent.
M. Raffarin a déclaré que
"tous les emplois de fonctionnaires ne seront pas
systématiquement remplacés." Comme cela est bien dit.
Mais on aurait aimé savoir aussi
quelle règle arithmétique pourra bien prévaloir pour ce
non-système de non-remplacement. On embauchera 10 000 personnes
supplémentaires dans la magistrature et 13 500 dans la police et
la gendarmerie. C’est précis. C’est (presque) parfait (2).
À un chiffre si précis d’embauche
combien répondront de non-embauches ?
On pourra se féliciter des
critiques des syndicats de l’Éducation nationale (3).
On peut presque se satisfaire de la
volonté de faire évoluer le statut d’EDF-GDF conformément aux
nécessités européennes.
On pourra s’inquiéter de la
timidité des intentions libérales en matière de retraites (4).
Non il ne faut pas être sottement
sceptique.
Il faudra intelligemment savoir
tempérer l’immense enthousiasme que l’on devine vibrer, -
mais seulement dans le secret des cœurs, - sous les pas si
gracieux des jeunes visages si éblouissants de nos réformateurs
et libérateurs.
Et il faudra le tempérer par une
vigilance sans relâche.
Yves Saint-Lot
(1) Il y avait presque autant de
libéralisme dans ce discours qu’il n’y en avait dans la
Déclaration de politique générale de M. Laurent Fabius du 24
juillet 1984 où le mot "entreprise" apparaissait 23
fois.
(2) Mais ce n’est probablement
pas suffisant. Les recrutera-t-on via le syndicat de la
magistrature ? Où les formera-t-on ?
(3) Le SNES-FSU estime dans son
communiqué que "la simple mention de la lutte contre l’échec
en premier cycle universitaire n’est pas à la hauteur du besoin
crucial pour le pays de former un nombre accru de diplômés. Cela
commence par l’élargissement de l’accès aux différents
baccalauréats".
(4) M. Raffarin a annoncé la
création prochaine d’une "incitation fiscale" en
faveur d’un "revenu d’épargne" pour compléter le
système de retraites par répartition. La réforme, évidemment
nécessaire depuis 20 ans, attendra 2003.
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