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Vive
le déconventionnement

Il
permettrait de diminuer de 1 point les charges sociales de tous
les Français !
(ci-dessus : la CSMF, le Dr Mattei, et M. Spaeth)
Le Dr Mattei, ministre de la
Santé, a sans doute eu raison, nous entendons par là qu’il a
certainement ses raisons, d’avoir appelé dans le Journal du
Dimanche (2 juin) tous les interlocuteurs du conflit médical à "prendre
leurs responsabilités".
Seulement, sur cette simple expression de prise de
responsabilités, il serait nécessaire de s’entendre.
En effet depuis exactement le 15
novembre (1) les médecins généralistes sont
en conflit ouvert avec les caisses étatisées de sécurité
sociale. Aujourd’hui tout le monde a retenu que la revendication
porte principalement sur le passage d’un tarif de consultation
ordinaire de généraliste de 18,5 à 20 euros.
En janvier on avait pu croire le
conflit terminé. La Fédération nationale de la mutualité avait
même cru pouvoir communiquer le 24 janvier sur sa satisfaction
quant au nouvel accord entre l’assurance maladie et
"les" médecins généralistes.
C’était aller un peu vite en
besogne. Les élections professionnelles en effet avaient
clairement et démocratiquement désigné pour principal syndicat
représentatif des médecins français la CSMF.
La centrale rivale MG France, proche du pouvoir socialiste, était
battue à plate couture.
Or le mécanisme conventionnel avait permis de se contenter de la
seule signature de l’accord par MG France.
Et la grève est repartie. Plus de
4 mois après ce prétendu accord et après plus de 6 mois de
conflit.
Cette grève dure encore. Et le
Dr Mattei, ministre de la Santé serait si heureux d’en finir
avant le premier tour des élections législatives !
Car au delà même de la rivalité
interne entre la CSMF et MG France, le phénomène habituel de la
Coordination contestataire déborde les bureaucraties syndicales,
dans cette profession comme partout.
Et même les instances corporatives
vermoulues de l’ordre des médecins se mêlent du conflit.
Et les contestataires ont lancé un
mouvement beaucoup plus radical dans sa forme. Cela a commencé en
Mayenne le 18 mai, puis s’est étendu chaque jour à un nouveau
département. Le mot d’ordre qui s’impose est le
déconventionnement.
Pour le moment, un tel courant, qui
fait tache d’huile, s’en tient à une menace purement
tactique. Réglementairement en effet, les lettres de
déconventionnement adressées par les praticiens à l’assurance
maladie ne prennent effet qu’après l’expiration d’un délai
de deux mois.
Or, on peut légitiment penser qu’un
vrai déconventionnement de la médecine de ville française
serait le point départ d’une évolution libératrice.
Et donc on doit se féliciter qu’une
telle idée révolutionnaire, ou plutôt contre révolutionnaire,
puisse commencer à germer dans les esprits du fait même que le
geste tactique et symbolique en aura été massivement et
collectivement accompli. Car aujourd’hui encore sur les quelque
500 000 professionnels de santé et sur les millions de cotisants
effectifs du système monopoliste de sécurité sociale très peu
imaginent possible de s’en libérer.
Ils ont actuellement en face d’eux
un personnage nommé par Juppé en juillet 1996, en la personne de
l’apparatchik CFDT Jean-Marie Spaeth, président théorique de
la Caisse nationale d’assurance maladie, que les plus
déterminés des contestataires semblent tenir pour responsable
des scandaleux incidents du 29 mai à Bayonne, où on a vu les
forces de l’ordre public matraquer les médecins manifestant
pour leur liberté. Bilan : 8 blessés.
Il serait intéressant de voir le
fusible Spaeth sauter au moment même où, le Medef continuant de
miser sur la maîtrise comptable des dépenses de Santé et sur la
coopération avec la CFDT, celle-ci se voit doter d’un nouveau
secrétaire général M. François Chérèque.
Soulignons que les dépenses publiques en maladie n’auront
jamais autant dérivé que depuis la mise en place du système
planificateur de MM. Juppé et Barrot et notamment depuis la farce
du vote solennel annuel par le parlement d’un Objectif
National des Dépenses d’Assurance Maladie, l’Ondam.
Globalement en effet, sur l’année
2000, dernière année pleine examinée par la Cour des Comptes (2),
par rapport aux chiffres planifiés de l’Ondam, le dépassement
aura été de 17,3 milliards de francs soit 2,6 milliards d’euros.
Le paradoxe est d’ailleurs que les caisses, les mutuelles et les
technocrates d’État (3) sont moins
préoccupés par la dérive des honoraires médicaux (+ 5,6 % sur
l’année 2000, + 5,4 % pour les généralistes) que par celle
des indemnités journalières (+ 8,3 %) et surtout celle des
dépenses en médicament (+ 10,7% sur la même période).
Et c’est précisément pour
associer les praticiens à la baisse des consommations de
médicaments, c’est parce qu’ils les pensent comme
prescripteurs des traitements et qu’ils supposent les médecins
généralistes responsables des dépenses induites, que les
planificateurs, c’est-à-dire les gens de la CFDT mais aussi du
Medef, s’opposent depuis 6 mois au relèvement à 20 euros de la
consommation médicale.
Les planificateurs veulent en effet
associer les médecins à leur politique, d’ailleurs discutable,
du médicament générique (4).
Cette attitude est tout à fait
symptomatique, et combien dérisoire, dans la mesure où les
Français sont de considérables consommateurs de médicaments, et
qu’ils sont encouragés en cela par une politique de prix bas
imposée depuis 50 ans par les pouvoirs publics.
Ainsi pendant l’année 2000, non
seulement 220 médicaments nouveaux ont été admis au
remboursement, ce qui doit être considéré comme un progrès,
mais le nombre d’unités vendues a encore augmenté de 4,3 %.
Au total, tout le dispositif d’encadrement
d’État a produit un dérapage des dépenses sans précédent (5).
Alors, puisque la contrainte, l’encadrement,
et la répression, imaginés par Juppé, appliqués par Aubry puis
continués par Guigou ont échoué, pourquoi en pas essayer au
contraire le respect, la responsabilité et la liberté ?
On peut estimer légitimement que
la meilleure manière de faire diminuer les dépenses publiques c’est
tout simplement de privatiser.
Pourquoi ne pas libéraliser des
dépenses que la plupart des assurés sociaux peuvent auto-assurer
?
Si par exemple on limitait aux
seuls bénéficiaires de la CMU, aux cas exonérés du ticket
modérateur et aux retraités de la MSA, le remboursement des
consultations de généralistes, on pourrait à la fois augmenter
le prix de ces consultations, en finir avec les conventionnements
de plus en plus contraignants, et réduire immédiatement de 1
point le montant des charges sociales supportées par tous les
Français et qui pénalisent l’économie.
Yves Saint Lot
(1)
Le 15 novembre était symboliquement l’anniversaire d’un
discours historique prononcé à l’Assemblée nationale en 1995
par le Premier ministre d’alors, M. Juppé, toujours "droit
dans ses bottes".
(2)
Dans son Rapport spécial annuel de septembre 2001.
(3)
Le ministère des Finances dirige et décide en dernier ressort
pour tout le dispositif. En fait, ni le Dr Mattei ni M. Spaeth n’ont
grand-chose à dire.
(4)
En toute logique, et à supposer qu’elle soit vraiment
pertinente, la promotion du médicament générique devrait
plutôt reposer, semble-t-il, sur un véritable accord contractuel
avec les pharmaciens, ou tout simplement sur un déremboursement
de la différence entre le coût du médicament effectivement
consommé et celui du générique.
(5)
Compte tenu d’une inflation relativement modeste de 2%.
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