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Délocalisation :
Depuis des semaines, une campagne d'intox tend à associer dans l'esprit des Français délocalisation et " paradis fiscal ", " paradis fiscal " à " blanchiment d'argent ", blanchiment d'argent à trafic de drogue, etc.
La délocalisation est donc présentée comme une forme du crime.
On va bientôt chercher à " prouver ", en amalgamant des faits marginaux ponctuels, que la délocalisation est en elle-même une escroquerie. Le crime virtuel est toujours plus intéressant à dénoncer pour les énarques que la " petite " délinquance bien réelle….
La presse française n'a pourtant pas pu boycotter longtemps le phénomène de la délocalisation :
- Le Monde (10 septembre 1997) évoquait " Les aventuriers français dans la Silicon Valley."
- Capital (décembre 1997)
" Ces Français qui fuient vers Londres : golden Boys ou jeunes diplômés, 12 000 de nos compatriotes s'expatrient chaque année en Grande-Bretagne. "
- L'Événement du Jeudi (14 novembre 1998) se demandait si " le paradis est à l'autre bout du tunnel ".
- Le Figaro (20 février 2000) estimait, quant à lui, que " les 150 000 Français partis faire fortune en Grande-Bretagne sont souvent des jeunes qui rêvent de créer leur entreprise. "
- Le Point (15 novembre 1998) énumérait ainsi les différentes catégories d'exilés économiques : " des patrons qui délocalisent leur entreprise pour fuir des charges trop lourdes, des particuliers qui mettent leur fortune à l'abri d'un fisc trop gourmand, mais surtout une génération de jeunes qui, de plus en plus, s'expatrient pour profiter ailleurs, à Londres, aux États-Unis, en Asie, de miracles économiques prometteurs et échapper aux lourdeurs de l'emploi et du fisc à la française. "
- La Tribune du 15 octobre 1999 titrait sur " l'appel de la vallée. "
- Le Revenu du 3 septembre 1999 sur " les Français de la Silicon Valley. "
- Et Les Échos s'interrogent :
" Cerveaux français, entreprises américaines, pourquoi sont-ils partis aux États-Unis ? Reviendront-ils un jour ? "
Le rapport d'information du Sénat N° 388, fait par M. Jean François-Poncet, Sénateur du Lot-et-Garonne au nom de la commission des Affaires économiques et du Plan sur " l'expatriation des jeunes Français " (Annexé au procès verbal de la séance du 7 juin 2000) imprime de la sorte :
" Ces informations ne pouvaient manquer d'interpeller votre Commission des Affaires économiques. Elles ont suscité étonnement et inquiétude. "
La réaction des pouvoirs publics est révélatrice :
- Depuis deux ans, l'ambassade de France aux États-Unis a diligenté deux enquêtes portant respectivement sur ce qu'elle appelle la
"fuite des cerveaux français aux États-Unis" et la "présence française en science et en ingénierie".
- Le ministère des Affaires étrangères a réalisé une étude sur l'émigration des jeunes Français.
- Le poste d'expansion économique de Londres a élaboré un rapport sur ce qu'il ose nommer le " shopping fiscal au Royaume-Uni ". (Que penser, dès lors, du " shopping " linguistique ?)
- Et enfin la Direction générale des impôts a rendu publique une note sur
"les délocalisations de contribuables personnes
physiques".
Or, la France est, parmi les grands pays industriels, l'un de ceux dont les nationaux s'expatrient le moins volontiers.
Si on se fie aux évaluations du ministère des Affaires étrangères fondées sur les immatriculations facultatives auprès des consulats français à l'Étranger le nombre des expatriés serait passé de 1 636 000 en 1995 à 1 784 000 en 1998. Et la tendance semble s'accélérer. Comme toujours en France cette évolution est ressentie comme un drame national.
" L'étonnement et l'inquiétude " exprimés dans le rapport François-Poncet, d'ailleurs fort instructif, nous semblent donc le reflet d'une campagne que nous trouvons à notre tour inquiétante et étonnante. Cette campagne ne fera revenir aucun des 7 000 informaticiens français travaillant en Californie. Au contraire. Cette campagne n'a pour but que d'intimider les Français les plus modestes de tenter leur chance à l'Étranger, et de convaincre les citoyens qu'ils appartiennent à l'État, et qu'il est immoral, de leur part,
(" bien que légal… "), de mettre les administrations en concurrence. Cette campagne est une insulte aux droits des pauvres. JGM
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