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Qu'il n'y ait plus " deux poids et deux mesures " !
demandait le peuple en 1789.
Les poids et mesures étaient devenus le symbole même de l'inégalité, de l'injustice et du pouvoir arbitraire des seigneurs, alors même que ces unités correspondaient à des us et coutumes.
Ce ne sont pas des dizaines, voire des centaines, mais près de 2.000 mesures qui avaient alors cours sur l'ensemble du territoire français en 1788. D'une province à l'autre, d'un bourg à l'autre, et quelque-fois à l'intérieur de la même cité, les mesures différaient. Et ce qui était le plus gênant : souvent le même nom recouvrait des quantités différentes. Plus de 200 " livres " différentes !
Uniquement dans la région d'Angoulême, on comptait plus de " boisseaux " que de communes !
Autre exemple, la " lieue " de Picardie valait 4,444 km celle de Touraine 3,933 km, celle de Bretagne 4,581 km, celle de Provence 5,849 km et à Paris 4,18 Km.
Et il en était ainsi depuis des siècles.
Et pourtant, dans le domaine métrologique, les essais de normalisation au cours des siècles se sont succédés, tous suivis d'échecs retentissants.
Pour Rome, l'unification métrologique était une nécessité pour permettre la circulation des marchandises à travers son empire, les échanges entre les divers pays conquis et surtout ceux entre la mère patrie et les pays conquis. Charlemagne l'avait compris , il échoua dans l'harmonisation.
François 1er institua un seul " aunage " et une seule " aune " dans tout le royaume, sans effet ;
Henri II, un seul " boisseau ", conservé à l'Hôtel de Ville de Paris, sans effet ;
En 1576, les Etats Généraux expriment le vœu d'une seule " aune ", d'un seul " poids ", d'une " mesure " et d'un seul " pied " dans toute la France, sans effet.
En 1614, d'autres Etats Généraux récidivent, sans effet.
En 1680, le grand Louis XIV nomme un commissaire général député pour l'uniformité de tous les " poids " et " marcs " de France, sans effet.
Et il en était ainsi dans toute l'Europe, de la grande Russie d'Ivan le Terrible à celle de Pierre le Grand, de l'Autriche à la Prusse en passant par la Pologne, partout le rejet de l'harmonisation des normes en matière de poids et mesures.
Vers les années 1770, la grande aventure de la naissance du mètre et du kilogramme est partie de Turgot, homme d'Etat animé d'une volonté de réforme radicale et pionnier de la science économique. En 1775, il nomme l'homme de la situation comme inspecteur général des monnaies. C'est un mathématicien philosophe, Marie Jean Antoine Nicolas de
Caritat, marquis de Condorcet, membre de l'Académie des sciences connu pour ses travaux de mathématiques, qui sera à l'initiative de la très grande aventure qui verra la naissance du système métrique.
Pourquoi s'intéresser à la naissance d'une norme dans Le Courrier de la Liberté ?
C'est Condorcet qui nous donne la réponse dans une lettre adressée à un lord anglais :
" On dira que les droits féodaux sont une espèce de biens plus nobles que d'autres. Est-il noble de lever un impôt sur le pain du pauvre et de lui ravir une partie d'une nourriture souvent déjà au-dessous de ses besoins ?…
Mais ces droits conservés dans nos terres sont des monuments de la puissance de nos ancêtres. Hélas, ce qu'ils prouvent, c'est que nos ancêtres ont été des tyrans ! "
Le lien entre la tyrannie et l'égalité passe par l'absence de règles claires pour Condorcet.
Quel parallèle avec notre droit et la loi émise par les petits hommes gris qui nous gouvernent ? La loi injuste, la loi des punitions collectives, la loi aux principes flous comme " la solidarité " l'intérêt général ", la loi aux règles et aux juridictions d'exception, la loi de cette fin du XX è siècle constituée de multiples normes pour mieux tyranniser le petit.
Voilà en quoi la réforme de 1789 des poids et mesures nous intéresse.
Et c'est Louis XVI qui fut l'aiguillon de cette réforme, sans aucun doute. Il en avait compris la nécessité et sut nommer les hommes de la situation.
Pour Condorcet, le choix de cette mesure ne devait être fondé sur aucune vanité nationale, mais sur un principe admis par tous, afin de donner une norme internationale.
On sait que le mètre est né de la mesure d'un arc de méridien, de Dunkerque jusqu'à Barcelone. Ce sera la plus grande opération géodésique jamais entreprise.
Il s'agissait de remplacer la force de l'usage. Et même de lutter contre elle. Pour se faire adopter par la population et s'insérer dans les actes de la vie quotidienne, la nouvelle mesure devait en imposer, être tirée de la nature, être pourvue d'autorité.
Deux hommes auront la mission de mesurer le méridien du 45è parallèle, MM Méchain et Delambre. Pendant 6 ans, ils vivront tous les affres de la révolution française.
Le brillant Condorcet mourra pendant la terreur, dans une prison, aux mains des révolutionnaires.
A Méchain et Delambre, rien ne sera épargné pendant 6 ans, mais ils réussiront en novembre 1798.
Certes, le mètre est un authentique concept créé de toutes pièces par un petit groupe de savants et d'hommes politiques, mais il est devenu une norme internationale reconnue. C'est une superbe victoire de la sciences appliquée.
L'exploit de ces savants fut remplacé le 20 octobre 1983 par une nouvelle définition du mètre :
" La longueur parcourue dans le vide par la lumière pendant la durée de 1/299792458 seconde. "
Au cours de la même période révolutionnaire, Lavoisier et Haüy réussiront à normaliser le poids avec le kilogramme :
" Poids d'un décimètre cube d'eau distillée, dans son état de plus grande densité, pesée dans un cylindre de laiton de 243,5 millimètres de hauteur et de diamètre. "
Ce " vieux " kilogramme en platine iridié du pavillon de Breteuil est aujourd'hui encore le prototype international de l'unité de masse. C'est à lui que les étalons nationaux du kilogramme sont régulièrement comparés. On n'a encore rien trouvé de mieux.
Alors nos " normes " juridiques me direz-vous ?
Aux privilèges des seigneurs abolis par la révolution française, on a fait succéder des super-privilégiées aux entités floues, les caisses sociales, gérées par des fonctionnaires irresponsables et anonymes.
A la pluralité du droit, a succédé un droit " positif " aux normes inexistantes, destructeur du seul droit réel et naturel, le droit de propriété.
" Deux poids et deux mesures ", voilà la doctrine de nos princes, encore et toujours.
OUI, la Révolution reste à faire.
Patrice Planté
Pour en savoir plus sur la réforme des poids et mesures :
Le mètre du Monde de Denis Guedj, Ed Seuil, mai 2000.
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