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Pour Sauver l'échographie

Jean-François
Mattéi président du groupe libéral propose que
"nul ne puisse invoquer un préjudice du simple fait de sa
naissance"
L’échographie
représente une avancée technologique extraordinaire. Son
application prénatale est génératrice d’une très grande
émotion pour les familles, futurs papas compris.
Ses bienfaits
sont indiscutables. Elle est aujourd'hui considérée comme un
besoin.
Hélas, aujourd’hui
encore, l’échographie sans erreur est presque aussi utopique
que la guerre sans morts. Les échographistes rappellent,
que selon leurs estimations, on ne détecte au mieux que 60 % à
80 % des malformations.
Première
question à se poser tout de même : s’il y a malformation, l’échographiste
y est-il pour quelque chose ? La réponse est clairement,
définitivement, non.
Cependant le
pouvoir judiciaire français n’hésite pas, depuis l’arrêt
Perruche rendu par la Cour de cassation en novembre 2000, à
considérer qu’il faut indemniser l’enfant pour le
préjudice d’être né handicapé. Cette surprenante décision
de l’institution supposée gardienne du Droit français a
été suivie d’une autre, tout aussi aberrante allant dans le
même sens en juin dernier.
Chose
stupéfiante, du fait de ces jurisprudences, l’échographiste
devient alors responsable de la malformation qu’il n’a pas
pu déceler. Ceci est d’autant plus lourd que sa
responsabilité professionnelle durera, dans ce cadre, quelque
49 ans. Aux 30 ans de la prescription civile classique s’ajoutent
les 9 mois de la grossesse et les 18 ans de la majorité de l’enfant
à naître.
Rappelons que,
dans cette logique, le 9 octobre, la Cour de cassation a
condamné un praticien pour n’avoir pas, en 1974, prodigué
des conseils exigés de lui aujourd’hui dans le cadre de l’information
du patient, mais qui ne l’étaient pas à l’époque. L’affaire
concernait un homme de 26 ans, handicapé à 25 % suite à un
accouchement par le siège. Il avait porté plainte contre l’accoucheur
de sa mère pour ne pas l’avoir informée des risques qu’elle
prenait en n’accouchant pas par césarienne.
Outre son coût
très élevé pour l’assureur, l’arrêt Perruche a
entraîné en effet une vague d’autres procès : les plus gros
assureurs médicaux annoncent que, chez eux, 200 dossiers
sont ouverts en échographie fœtale. Très logiquement,
plusieurs sociétés d’assurance ont décidé de ne plus
accepter de nouveaux contrats en RCP, responsabilité civile
professionnelle, pour l’activité d’échographie fœtale. D’autres
commencent à prendre leurs dispositions.
Comme on pouvait
le prévoir, les deux principaux assureurs en RCP du corps
médical, le Sou médical et la MACSF viennent donc, pour
pouvoir assumer ce risque nouveau très lourd, d’envoyer un
questionnaire à leurs adhérents praticiens pour savoir
précisément qui pratique des échographies fœtales et dans
quelles conditions. Dès 2002, on sait que les primes d’assurance
vont bondir. Elles devraient être multipliées par un facteur 8
à 10, selon le Sou médical. Un échographiste exclusif (dont l’échographie
est la seule activité), assuré pour environ 3 000 francs par
an aujourd’hui, devrait payer l’an prochain 25 000 à 30 000
francs.
Ce n’est
évidemment qu’un début. Entre 7 000 et 11 000 médecins, qui
peuvent être radiologues, gynécologues obstétriciens ou
généralistes, assurent aujourd’hui les échographies fœtales
en France. Ceux pour qui elles représentent moins de 50 % de l’activité
vont être progressivement pour les uns, très rapidement pour
les autres, amenés à y renoncer, Or, ils représentent environ
80 % des échographiste. Cela veut donc dire que si l’activité
échographique persiste elle sera concentrée dans des cabinets
5 fois moins nombreux. Mais le risque global restera le même !
À leur tour ceux-ci verront donc, à terme, leur risque
multiplier d’autant, peut-être par 4 ou 5, et à nouveau les
primes d’assurances seront multipliées elles aussi d’autant.
Conséquence
inéluctable : avec des primes qui deviendront colossales les
échographies prénatales disparaîtront… faute d’échographistes.
Ceci est d’autant plus choquant que les Français sont
actuellement parmi les leaders mondiaux du dépistage prénatal.
Pour sauver l’échographie
française deux pistes :
1° l’amendement
déposé par le Dr Mattéi président du groupe CL à l’Assemblée
nationale : amendement qui propose que nul ne puisse invoquer un
préjudice du simple fait de sa naissance.
2° la prise en
charge par la solidarité nationale des vrais handicaps
congénitaux graves, car si stupéfiant que cela puisse
paraître, dans notre société (si "solidaire"…),
le principe n’en est pas acquis.
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