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ENFIN

M. Denis Kessler
propose
la mise en
concurrence de la sécurité sociale
Ça s’est passé à Strasbourg
le 20 novembre. M. Denis Kessler, vice président du Medef a
proposé, enfin, d’ouvrir à la concurrence le marché de la
couverture maladie obligatoire en France.
Enfin.
En elle-même, cette prise de position est de toute façon, une
bonne nouvelle. C’est une avancée considérable pour les
idées de réforme en faveur desquelles nous militons depuis
1991 et pour laquelle, seule, une poignée de militants, d’économistes,
de syndicalistes indépendants ont eu la détermination de s’engouffrer,
sans aucun écho véritable dans l’établissement politique.
On pourrait compter sur les doigts d’une seule main les hommes
politiques ayant eu le courage de prendre personnellement dans
les 10 dernières années une telle position. Aucun parti n’en
a fait officiellement son programme.
Évidemment, il est permis de se
poser quelques questions sur les propositions elles-mêmes.
Un mois et demi après avoir
cessé de siéger, le 1er
octobre, au sein des organismes paritaires, le Medef a proposé
la " nouvelle architecture " d’un système de
Sécurité sociale en partie privatisé. Relevons-en quelques
traits.
On pourrait ainsi ergoter. Les
entreprises choisiraient toujours, par exemple, l’assureur de
soins, public ou privé, de leurs salariés. Au nom de quoi ?
M. Seillière, président de l’organisation
patronale a déclaré dans le cadre plus large de la réunion
que "ce qui est bon pour l’entreprise est bon pour la
France". Bravo ! Cette doctrine est excellente ! Elle est
même encore meilleure que le fameux slogan américain ("ce
qui est bon pour General Motors est bon pour les
États-Unis") un peu restrictif en faveur des seules
grandes entreprises.
Alors : doit-on imaginer que l’assurance
"d’entreprise", quelle qu’elle soit, serait
favorable à "l’entreprise" ? Certainement pas. L’exemple
américain le prouve, non dans le sens que présentent toujours
les désinformateurs et les sots (qui croient que le pauvre
peuple américain est "exclu" de la protection
sociale) mais tout simplement par le fait que les assurances
"corporate" créent des aberrations comparables à
celles de nos chères "mutuelles". Cela peut coûter
très cher à l’entreprise sans apporter un véritable
progrès pour le salarié.
Notre préférence ira toujours
à l’affiliation libre et individuelle. Et puisque les
syndicats et autres "partenaires sociaux" ont la
prétention d’avoir leur mot à dire dans la protection
sociale, ils n’ont qu’à créer, ou impulser, ou gérer
directement, ou sélectionner au profit de leurs adhérents, ou
étalonner, ou comparer, ou recommander tel produit d’assurance
qui leur semble profitable à l’ouvrier, à la veuve, à l’orphelin,
etc. Pourquoi l’assurance maladie échapperait-elle à la
consommatique, à la comparaison ?
Faut-il restreindre aussi, selon
la doctrine esquissée par M. Kessler, la sécurité sociale d’entreprise
aux seuls risques "liés au contrat de travail" que
seraient l’accident du travail et la retraite ? Doctrine
fantaisiste en ce qui concerne l’assurance vieillesse dont on
voit mal en quoi l’âge du capitaine aurait un rapport avec le
compte en banque de l’armateur. Le "risque
vieillesse" n’a rien à voir avec l’entreprise. Etc.
Etc.
Ce n’est donc hélas peut-être
pas encore l’estoc définitif qui nous délivrera de la Sécu.
Mais nous serions injustes si nous insistions plus longtemps sur
les éventuels discords.
M. Kessler propose que l’on
évolue vers la liberté. La rançon d’une telle évolution
est qu’elle implique précisément la diversité, les choix
multiples, les points de vue différents. Il serait absurde, une
fois le mouvement lancé, de prétendre programmer son
évolution. Ce serait retomber dans le monopole et sa
planification rationnelle qui ont fait tant de mal à notre
pays.
Nous sourions aux réactions
gênées de la classe politique et particulièrement de l’opposition
RPR-UDF toujours si fiérote de son imbécile plan Juppé de
1995-1996. Si nous en croyons La Tribune et Les Échos,
"seule Démocratie libérale" serait d’accord sur le
fond, tout en paraissant trouver légèrement inopportune
"l’intervention du MEDEF dans le débat politique"
(cf. déclaration de M. François Goulard, habituellement plus
convaincant, rapportée par Les Échos du 21.11).
Quant à nous, nous trouvons au
contraire très positif que les entreprises, dans un pareil
débat, se mêlent, enfin, de leurs affaires. Cela nous semble
un droit inaliénable et même un devoir sacré.
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