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Nécessaire
remise en ordre dans la justice

Souhaitons,
dans la patrie de Montesquieu, qu’elle n’aille pas dans le
sens de la gesticulation,
de l’arbitraire et de la technocratie.
Un heureux concours de
circonstances est venu au secours de M. Dominique Perben.
Empressons-nous de souligner qu’il
serait inimaginable que le Garde des Sceaux ait pu lui-même y
conspirer.
Aucun ministre, ni aucun
apparatchik ne sauraient avoir été capables de programmer de la
sorte le sentiment populaire d’un malaise majeur face au loto
judiciaire français, appelant à une remise en ordre au sein de
la magistrature et de l’institution.
Car l’opinion éprouve un malaise
majeur autour de l’affaire du sang contaminé.
Ce qu’on appelle son volet
non-ministériel faisait, depuis 1991, l’objet de poursuites
renouvelées, sur la base de faits remontant à 1985.
À peine se souvient-on de ce que 3 politiques, amalgamés à plus
ou moins juste titre, Hervé en tant que ministre de la Santé,
mais aussi la très maladroite Dufoix, ministre de la sécurité
sociale, et même Fabius en qualité de Premier ministre bouc
émissaire, avaient été mis en examen en 1994, pour "
complicité d’empoisonnement ".
Et si, en 1999, Fabius et Dufoix
avaient été acquittés par la Cour de justice de la république,
Hervé, bien que reconnu coupable " d’homicides et
blessures involontaires ", avait été dispensé de peine.
Le malaise est durable dans ce
dossier, depuis plus de 15 ans, car l’implication distanciée,
et finalement l’impunité des hommes politiques, accréditent le
sentiment un peu inexact que l’appareil de l’État décharge
sa responsabilité sur des seconds couteaux.
Ce sentiment est inexact d’abord
parce que le Centre National de Transfusion Sanguine,
établissement technocratique, était à l’évidence le lieu de
l’opération.
Ce centre était dirigé par Garretta, et par son adjoint Allain,
qui furent condamnés, en 1992, respectivement à 4 ans et 2 ans
de prion.
Le Directeur de la santé publique
de l’époque fut lui aussi condamné mais avec sursis.
Il est tout à fait possible, et
même il est légitime, de considérer que tout ceci a été mal
jugé il y a 10 ans. La personnalité de Garretta, notamment,
restera sans doute l’objet d’un très grand dégoût, pour
très longtemps, dans la mémoire collective.
L’indulgence surprenante dont fit
preuve à son égard l’Ordre des Médecins laisse, elle aussi,
une impression difficilement effaçable.
Quant à l’ensemble de la justice
française, nous avons eu, enfin, dans cette affaire une occasion
supplémentaire d’en évaluer et les rouages et la machinerie (1).
Depuis 10 ans, pour d’estimables raisons, les parties civiles, c’est-à-dire
les familles de quelques centaines de morts, ferraillaient pour
aller plus loin.
En 1998, les premières plaintes
déposées invoquaient la loi de 1905 réprimant les fraudes ! Le
jugement de 1992 condamnait l’épicier Garretta pour "
tromperie sur la qualité substantielle " de ce produit, le
sang transfusé, dont il faisait l’affreux commerce en revendant
ce sang donné par des bénévoles !
Tous ces termes juridiques
relèvent d’une offensante dérision !
Depuis, on a cherché à parler d’empoisonnement.
La Voisin et la Brinvilliers ressortaient de l’enfer et de l’oubli.
Cela était sans doute plus
consolant pour le souvenir des innocentes victimes.
Mais c’était peut-être trop
tard.
Car le 4 juillet, 30 non-lieux
tombaient de la machinerie judiciaire administrative.
Le Parquet général, éperonné par le ministre Perben, disposait
alors de 5 jours pour faire appel, pour se retourner vers la
gardienne du Droit, la cour de Cassation (2).
Quelle magnifique occasion de
revanche du pouvoir exécutif, issu du suffrage universel, sur la
magistrature syndiquée, bureaucratique, engluée dans ses
étroitesses, ses œillères et ses partis pris.
M. Perben s’en est saisi. Il l’a
fait à sa manière, plutôt discrète et courtoise, ce 8 juillet,
à Londres (3).
Ceci vient à la veille de manœuvres qui devraient se développer,
pendant l’été, autour de la structure judiciaire, du
renouvellement de ses fonctionnaires, du Conseil supérieur de la
Magistrature.
L’opportunité est parfaite.
Osons dire que même les petits
camarades des " gentils " voleurs de voiture abattus par
les " vilains " policiers, ceux qui protestaient à
Douai contre l’indulgence de la cour d’Assises du Nord le soir
même où tombait la nouvelle du non-lieu du sang contaminé ce 4
juillet, apportaient de l’eau au moulin d’une plus forte
reprise en main des juges par le gouvernement.
Tout semble donc conforter cette
velléité de remise en ordre.
Souhaitons que ce soit dans le sens
de la clarté et de la vraie justice, et pas seulement au profit
de ces gesticulations, de cet arbitraire et de cette technocratie
dont 44 années de 5e
république ont hélas donné à ce pays la mauvaise habitude.
JG Malliarakis
(1)
Mais cette occasion ne venait-elle pas surabondamment ?
(2)
Dans un arrêt de 32 pages, la chambre de l’instruction écrit
" qu’en l’absence de toute infraction de quelque nature
qu’elle soit, caractérisée à l’encontre des mis en examen,
la cour dit n’y avoir lieu à suivre contre quiconque. "
(3)
Où l’on est pourtant soucieux d’indépendance de la justice.
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