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Non
M. Fillon les réformes de liberté cela ne s’improvise pas !

"La
politique n’est pas l’art du possible, mais l’art de rendre
possible ce qui est nécessaire" (Richelieu).
En recevant les porte-parole des
bureaucraties syndicales et patronales ces 27 et 28 août, M.
François Fillon, ministre du Travail et de la sécurité sociale,
a lancé ce qu’on appelle conventionnellement la rentrée
sociale.
Les premières réactions
enregistrées à la suite de ces entretiens permettent, sans
doute, de décerner deux petits bons points à l’élégant
disciple et continuateur de Philippe Séguin et à son ondoyant
discours :
- Ce qu’il semble suggérer
donne l’impression d’irriter fortement le camarade
Thibault, chef indéboulonnable de la CGT.
Quelqu’un ou quelque chose qui disconvient à l’appareil
stalino-cégétiste ne saurait être entièrement mauvais.
- Comme une seiche secrète un
nuage d’encre protectrice, Filon demeure assez ténébreux
quant aux objectifs réels assignés à la négociation. Il a
probablement tiré certaines leçons de l’expérience
désastreuse de 1995, où le discours psychorigide et l’arrogance
technocratique de M. Juppé et de son mirifique Plan, annoncé
en fanfare le 15 novembre, salué triomphalement le 16 par les
médiats et les éditorialistes conformistes, a provoqué 2
mois de désordres stériles pour la Réforme et ravageurs
pour le Pays.
C’est donc, là aussi, un bon
point que de ne pas vouloir faire comme M. Juppé.
Seulement voilà. Ce n’est pas
suffisant.
Un certain nombre de réformes sont
urgentes et le gouvernement le sait.
Au lieu de le faire savoir très
clairement à l’opinion, au lieu de mobiliser tous ceux qui
entendent alléger effectivement le pays de son pénible tribut,
hérité de 20 ans de socialisme et de 40 ans de technocratie, le
pouvoir donne l’impression de tergiverser, de vouloir s’arranger
avec un Blondel et peut-être de tendre à s’accorder avec un
Thibault.
Entre la psychorigidité d’hier
et l’improvisation, au moins apparente, d’aujourd’hui, il y
a place pour une attitude différente démontrant les avantages
résultant d’espaces de libertés plus larges et de contraintes
administratives moins rigides.
L’affaire des 35 heures est, à cet égard, significative.
Ou bien on laisse encore croire que la réduction impérative du
temps de travail a créé des emplois, et alors la démagogie des
bureaucraties syndicales pourra se développer en toute impunité.
Ou bien on est convaincu, expérimentalement ou logiquement, du
contraire et on le fait comprendre.
On ne parviendra pas à ce
résultat auprès de M. Thibault, qui de toutes manières ne
comprend que ce qu’il est décidé à faire prévaloir, et qui n’a
guère l’expérience de ce qu’est une entreprise
concurrentielle (1).
Du moins, pourra-t-on s’adresser
aux 14 millions de personnes actives salariées et aux 4 millions
de travailleurs indépendants qui nourrissent la France.
On peut aussi espérer en
convaincre une partie des fonctionnaires et des personnels à
statut, des retraités qui votent et des jeunes Français qui se
préparent à prendre la relève.
Non, par conséquent la réforme ne
s’improvise pas : elle se prépare d’abord dans les esprits.
Dans Les Échos (28 août) on
pouvait lire cet étrange titre de première page : "35
heures : la réforme se fera par étapes." Mais voilà
tout de même une curieuse aventure que ce Tour de France dont nul
ne sait où se situera la ligne d’arrivée, ni même dans quel
sens il franchira les Pyrénées du SMIC, les Alpes de la RTT ou l’épreuve
Contre la montre des charges sociales et fiscales.
Un sourd débat semble même
opposer (2), au sein du gouvernement Raffarin,
ceux qui entendent tenir les promesses électorales argumentées
de baisse de la fiscalité, et ceux qui prétendent prendre
argument - ou prétexte - des incertitudes de la croissance, sans
doute pour contribuer plus assurément à la ralentir.
On a pu lire à ce sujet, en date
du 22 août, un texte bien révélateur de la vieille murène
centriste Méhaignerie (3). ce suprême habile
développe hypocritement (dans Le Monde comme par hasard) la
logique des doutes qu’il entretient, ce bon apôtre, à propos
du taux de 3 % assigné pifométriquement à, la croissance
prévisionnelle.
Si la supériorité de la liberté
sur la bureaucratie s’indexe, en France, sur le cours du baril
de pétrole (4), nous sommes en effet exposés
à attendre encore longtemps notre émancipation sociale.
En bon élève de l’école
dirigiste française, M. Fillon aime probablement les citations de
Richelieu.
Nous lui dédierons donc l’apophtegme
cardinalice définissant la politique qui "n’est pas l’art
du possible, mais l’art de rendre possible ce qui est
nécessaire".
Yves Saint Lot
(1)
Sa carrière a été lancée lors du prétendu mouvement social de
novembre et décembre 1995 en tant que jeune porte-parole des
cheminots décidés à maintenir coûte que coûte le régime
spécial de retraites des agents de la SNCF. Puis la direction du
parti communiste en a fait le chef de la CGT, élu de pure forme,
seul candidat, lors du congrès de Strasbourg.
(2)
en dépit des démentis véhéments mais peu convaincants de M.
Copé devant la presse ce 27 août.
(3)
Pour récompenser ce grand finaud de ses multiples retournements
la nouvelle majorité a accepté de faire, de ce financier d’un
genre très particulier, le patron de la très stratégique
Commission des finances de l’Assemblée nationale, succédant à
Emmanuelli.
(4)
comme il est hélas d’usage de le faire sur la scène
internationale s’agissant des Droits de l’Homme.
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