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Fiscalité de
l'épargne : Paris condamné
La France de Bercy va devoir
adapter sa fiscalité de l'épargne à la logique européenne. A
une semaine d'intervalle, la Cour de justice des Communautés
européennes (CJCE) pourrait bien faire avancer d'un grand pas,
dans notre pays, la tendance à l'harmonisation des règles en
condamnant par deux fois Paris pour entrave à la libre
circulation des capitaux au sein de la Communauté.
A la fin de cette semaine, une
décision importante est attendue sur la question de «l'exit tax»,
cet impôt sur les plus-values latentes qui avait été instauré
par la loi de finances pour 1998 afin de décourager les
contribuables tentés de se délocaliser. Cette taxe devrait,
selon les fiscalistes, être déclarée hors la loi par la CJCE.
Comme un signe avant-coureur, la
Cour a, le 4 mars dernier, condamné la France sur le mode
d'application du prélèvement libératoire. «En excluant de
manière absolue l'application du taux du prélèvement
libératoire aux revenus découlant de placements et de contrats
(...) dont le débiteur n'est pas domicilié ou établi en France,
la République française a manqué aux obligations qui lui
incombent», a estimé la Cour. Jusqu'à présent, seules les
obligations françaises peuvent faire l'objet d'un prélèvement
libératoire. Leur détenteur est alors taxé à 26% sur les
revenus de ses titres, alors que les coupons des obligations
étrangères sont passibles, eux, de l'impôt sur le revenu. La
discrimination est similaire pour les dépôts sur des comptes
détenus à l'étranger.
«Cette décision permettra
également aux contrats d'assurance-vie émis par des compagnies
européennes de bénéficier du même régime fiscal que ceux des
compagnies françaises. On crée ainsi une véritable liberté de
choix du placement», explique Jean-Yves Mercier, avocat à
CMS Bureau Francis Lefebvre.
La Cour de justice ouvre donc les
portes du marché français aux compagnies d'assurances
européennes. De quoi réjouir certains banquiers privés dont les
clients les plus fortunés pourront loger des actions non cotées
ou des immeubles de rapport dans des contrats de droit étranger. «Un
tiers de la production en assurances des grandes fortunes pourrait
ainsi à terme être réalisé sur des contrats de droit
étranger», estime un professionnel.
La décision du 4 mars n'est pas
une surprise : la France avait déjà reçu un «avis motivé»
fin 2000 l'enjoignant de se mettre en règle... dans un délai de
deux mois ! L'administration fiscale, qui avait joué la montre,
vient de se faire rattraper par la justice européenne.
«Toutes les mesures du Code
général des impôts ayant trait à la répression de l'évasion
fiscale internationale tombent les unes après les autres», observe
Yann de Givré, avocat associé et directeur du département
fiscal de Fidal.
A terme, il faudra donc bien
réussir à faire converger la politique fiscale française et
celle des pays voisins. L'Europe sera-t-elle le déclencheur de la
réforme tant attendue de l'Impôt de solidarité sur la fortune (ISF)
et d'une remise à plat de la fiscalité ?
La fiscalité du capital est l’élément
clé de la reprise économique française.
Mais l’Europe saura t elle
chasser les prébendes, et plus, les mentalités imposées par les
hommes de Bercy ?
En tous les cas, on peut noter la
diminution constante de l’influence de Paris sur les Cours
Européennes. Et c’est peut être là un élément très
encourageant.
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