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Francis
Mer aura fort à faire

"Il
serait un mauvais économiste celui qui ne serait qu’économiste"
Friedrich von Hayek, La
Route de la servitude
Parmi les nouvelles positives de
cet incertain printemps aux giboulées tardives, on doit saluer
la nomination au ministère de l’Économie et des Finances d’un
vrai représentant de l’industrie française M. Francis Mer…
À cette nomination d’un
dirigeant de la sidérurgie européenne répondent, d’ailleurs,
d’autres promotions de ministres nouveaux venus.
Citons celle du sénateur-maire d’Alençon
M. Alain Lambert.
Les abondants rapports parlementaires de cet homme fort
compétent n’ont jamais cessé de confirmer nos
préoccupations, y compris quant à l’avenir de l’assurance
française dans le contexte de la concurrence internationale
généralisée.
En fait, depuis le tournant
technocratique français de janvier 1960, jamais un industriel n’avait
occupé des fonctions aussi élevées au sein d’un
gouvernement de Paris.
Et contrairement à Antoine
Pinay, M. Mer n’a pas d’ancienneté dans le sérail
politique, ayant jusqu’ici exercé ses responsabilités
sociales au sein du mouvement patronal.
Or, tout indique qu’une série
de difficultés, d’ordre essentiellement politique, vont
surgir, comme une immense nuée de méduses sur une plage de
vacances pour polluer la modernisation de notre économie.
Aussi bien pour Francis Mer que
pour Alain Lambert en effet l’exercice central va porter sur
la baisse des impôts.
Celle-ci n’a pas seulement
été promise par le candidat Chirac.
Elle est probablement voulue aujourd’hui de manière sincère
par le président réélu comme une authentique priorité.
Mais la gauche n’en veut pas (1).
- Les embûches de la
Féodalité Administrative
Il y a premièrement le fait que M. Mer entre à Bercy dans
une citadelle bureaucratique qui va chercher à lui imposer
son diktat (2).
Déjà en 1995, la féodalité administrative avait tout
fait pour éliminer le ministre de l’Économie issu de la
campagne présidentielle et de ses promesses réformatrices
en la personne d’Alain Madelin. L’une des premières
erreurs de cet estimable intellectuel, probablement égaré
en politique (3), fut d’accepter un
directeur de cabinet imposé par le réseau de pouvoir
conformiste (4).
Il est vrai que le premier ministre de l’époque, M. Alain
Juppé s’employait alors à savonner la route de
"son" éphémère ministre. On peut espérer un
autre scénario de son successeur à Matignon.
- Le prétexte des Engagements
européens
Le deuxième écueil viendra de la rhétorique artificielle
d’engagements européens mal interprétés.
Par la voix de Laurent Fabius en décembre 2001, puis,
solennellement représentée par MM. Chirac et Jospin à
Barcelone en mars, la France étatique s’est
officiellement engagée, vis-à-vis de ses partenaires de l’Union
monétaire à liquider ses déficits pour l’exercice 2004.
Elle doit le faire, et elle peut le faire - à cette date,
et pas plus tard.
Ceci n’est pas à comprendre seulement comme une
contrainte "imposée par l’Europe".
C’est aussi une nécessité pour la santé même de notre
économie, nécessité trop longtemps contournée, notamment
par une manière de falsification des comptes et de
mensonges sur les prélèvements.
Simplement, le programme de réduction des taux d’imposition
sur le revenu dès l’année 2002, tel qu’il a été
proposé par le candidat Chirac (à hauteur de 5 %
forfaitaires dès le troisième 1/3 en septembre 2002, ceci
par l’effet d’une loi de finances rectificative à voter
en juillet, puis plus largement à partir de l’exercice
2003, pour atteindre 30 % en 5 ans) n’est pas incompatible
avec un équilibre budgétaire en 2004, c’est-à-dire dans
deux ans.
Il s’agira donc, pour faire coïncider les deux objectifs,
de trouver au cours de l’année 2003, le courage civique
et la majorité parlementaire, nécessaires et suffisants
afin de proposer et de faire voter une baisse de la dépense
publique française de l’ordre de 35 milliards, peut-être
40 milliards d’euros, en tenant compte du fait que
certains budgets régaliens, modestes en volumes mais
essentiels (police, justice, renseignement en vue de la
lutte anti terroriste) ou franchement légitimes (lutte
contre la grande précarité) devront être augmentés.
Cela peut paraître
considérable.
Pourtant, cela ne
représente même pas la moitié des gaspillages éhontés
de l’État subventionneur, employeur et redistributeur.
Et, à un tel programme, Jospin aussi eût été tenu.
Mais l’impératif
aurait alors été d’autant plus insurmontable que la
prospérité n’aurait sûrement pas été relancée en l’absence
du coup de fouet des allégements fiscaux.
On sait désormais de
manière certaine qu’un programme de décrue fiscale est
synonyme d’une relance de la prospérité.
Mais cette vérité hérisse le poil de nos socialistes et
de nos fiscalistes. Ceux-ci considèrent en effet que les
recettes de l’État sont un droit inaliénable et que
toute baisse de l’impôt est un cadeau. Lorsque celui-ci
est fait au profit de ceux qui payent effectivement l’impôt
et qui conduisent la prospérité de la nation, les bons
esprits soulignent que c’est un cadeau fait aux riches.
C’est sur la base de ce
raisonnement que le fiscalisme français a construit l’une
des législations d’ensemble les plus pénalisantes du
monde. (5)
Or, les affreux
entrepreneurs développent la prospérité dynamique de la
nation.
Aujourd’hui, pour entraver la relance de l’activité des
entrepreneurs français par une baisse de leur hyper
fiscalité, le fiscalisme se sert d’un faux raisonnement
sur les engagements européens. C’est la seule nouveauté
de son argumentaire mensonger et moisi.
- Les nouvelles offensives
contre l’Entreprise
Enfin Francis Mer
va se (re) trouver confronté à une campagne idéologique
dirigée contre l’entreprise.
Il y a quelques temps un passionnant colloque au Sénat,
organisé par le supplément "Enjeux" du quotidien
économique Les Échos, portait sur les nouvelles formes de
critique du "capitalisme". Francis Mer,
intervenant en tant que dirigeant d’Arcelor, était un des
défenseurs de l’entreprise. Chose frappante, il trouvait
à ses côtés non seulement le porte parole des Galeries
Lafayette, mais aussi des syndicalistes : le représentant
de la CFDT et même, avec des nuances, M. Le Duigou
économiste de la CGT.
Les adversaires de l’entreprise, et même ses
"accusateurs", pour ne pas dire ses
"agresseurs", étaient les gens des nouvelles
associations, principalement Greenpeace et surtout le
mouvement Attac.
Cette offensive
idéologique puissante représente aujourd’hui pour l’extrême
gauche française le relais de survie du moribond communisme
bureaucratique d’origine stalinienne.
Rappelons que le 21
avril, les 4 candidats se réclamant de Marx et de Lénine
ont obtenu ensemble 16 % des voix soit pratiquement le score
du Premier ministre Jospin.
Soulignons que ces voix
ne viennent plus de l’ancienne classe ouvrière française
mais de personnels à statuts privilégiés et d’une
partie des fonctionnaires.
Face à ce danger d’origine politique, le monde productif
de l’Entreprise aura fort à faire.
L’heure n’est donc plus, pour les gens sérieux, à une
division des droites entretenue par la classe politique sur
la base de sectarismes et de polémiques d’un autre âge,
mais à l’union et à l’action pour la Liberté.
Yves Saint Lot
(1)
Est-ce alors faire de la provocation que de rappeler notre
préoccupation au lendemain du résultat du second tour ? Pomme
de discorde entre la droite et la gauche, la décrue fiscale
constitue au contraire, pour les droites, la base de leurs
convergences économiques. Même si cela doit déranger les plus
sectaires des chiraquiens, dans l’entourage de M. Alain Juppé
par exemple, on ne doit ni perdre de vue ni accepter que soit
occulté ce fait : face aux 12 millions de voix de gauche et d’extrême
gauche, la baisse des impôts ne peut être majoritaire en
France sans l’appoint des 4,8 millions de voix qui se sont
portées le 21 avril sur Jean-Marie Le Pen et des 0,7 million de
Bruno Mégret. Sans ces voix, les partisans de l’économie de
marché et de la décrue fiscale partent battus avec seulement
9,5 millions de voix. Les difficultés qui attendent l’ouvrage
économique de Francis Mer comme d’Alain Lambert militent donc
pour qu’on en finisse avec les querelles artificielles.
(2)
C’est là sans doute le diktat central de la technocratie
toute-puissante en France depuis plus de 40 ans. Depuis les
années 1920, dans toute l’Europe, la technocratie s’est d’abord
imposée par la primauté du ministre des Finances, puis par
celle de l’administration sur le ministre nominal.
(3)
"La politique est une affaire de politesse." Léopold
1er roi
des Belges.
(4)
M. Lemierre, depuis, a fait du chemin.
(5)
Il est intéressant que, pour une fois, l’agence France Presse
ait fait état le 10 mai, d’un classement publié à Londres
par "Forbes Global" faisant apparaître la France,
avec un "indice de pression fiscale" de 181 comme le
pays du monde où la "douloureuse fiscale" est la plus
élevée pour les entrepreneurs, en tenant compte non pas
seulement de la tranche marginale de l’impôt sur le revenu
mais également des impôts sur les sociétés, sur la fortune,
sur la consommation (TVA), et bien entendu les charges sociales
payées par les entreprises pour le compte de leurs salariés et
de leurs cadres. Dans ce classement, l’Allemagne, les
États-Unis et l’Angleterre sont respectivement 15e, 16e et
18e. "We are the champions"… Nous militons depuis
longtemps pour une prise en compte des divers facteurs combinés
par Forbes sur ce que nous appelons Multiplicateur fiscal et
social.
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