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Il faudra bel et bien gouverner autrement

Nous n’avons
pas attendu la conférence de presse du Medef pour renvoyer dos
à dos MM. Chirac et Jospin…
Dès leur ridicule prestation
commune de Barcelone on pouvait qualifier MM. Chirac et Jospin
de Dupond et Dupont (cf. Notre dernier courrier de la liberté)
La formule commence à
apparaître sous des plumes amies et cette convergence nous
réjouit. Car l’équivalence des deux candidats nous a
frappés dès qu’elles se sont profilées à l’horizon de
cet an de grâce 2002.
Chaque jour, malgré d’infimes
polémiques en trompe-l’œil, confirme la convergence des deux
personnages et de leurs programmes. Si j’étais de gauche, j’éprouverais
d’ailleurs le sentiment d’être aussi clairement trahi par l’ancien
trotskiste porteur de valise que nous ne l'avons été, du point
de vue des droites de convictions qu'elles soient nationales,
libérales, chrétiennes, européennes, ou décentralisatrices,
par l’énarque Chirac.
Chirac s’est encore exprimé,
longuement, dans le Quotidien du Médecin (26 mars), sur l’avenir
des professions de santé, et de la sécurité sociale. Il ne
suffit pas de citer quelques bribes de cet entretien. Ce document
publicitaire (pardon : "communicant") mérite d’être
lu, de bout en bout, malgré l’ennui qu’il distille, malgré
la langue de bois qu’il utilise.
Passons sur le fait que M. Chirac
a un avis sur le clonage thérapeutique.
Voilà en effet qui est admirable ; un personnage qui n’a
aucune compétence particulière ni dans le domaine de la
philosophie, ni de l’éthique, ni de la théologie, qui par
ailleurs n’en a pas non plus ni dans la sphère de la
biologie, ni de l’évolution de la médecine, un personnage
dont l’information se résume notoirement à la lecture des
titres du quotidien Le Monde, un personnage dont l’environnement
culturel résume à l’addition du jazz et de la musique
militaire, à l’admiration affichée pour les arts premiers
polynésiens et la chanson française dite de variétés, se
prépare à trancher en matière de bioéthique, sujet où s’épuisent
à se rencontrer les plus éminents philosophes, théologiens et
scientifiques.
Au moins, avec Chirac on pourra
dire que les intellectuels qu’ils soient de gauche ou de
droite, seront remis à la place où M. Meyssier place son
fessier. On ne sera pas agacé par Agacinski : rien à craindre
de ce côté-là.
Quant aux professions de santé,
elles chercheront vainement dans les 5 pages de l’article de
Chirac un mot, un seul, de regret pour le plan Juppé.
Cela est bien beau en effet de
dénoncer "5 ans d’étatisme médical depuis 1997".
C’est oublier que TOUTES les ordonnances dont les socialistes
se sont servis, sans avoir à les modifier, remontent à 1996,
et sont signées de M. Barrot. Elles entrent dans le cadre d’un
plan annoncé le 15 novembre 1995 par le Premier ministre de l’époque,
actuel grand architecte de l’Union en Mouvement, le roquet
Juppé - à l’époque d’aucun l’appelait "le
communiste Juppé".
Ce système a nécessité en
février 1996 une réforme constitutionnelle : elle fut
patronnée par le même Chirac qui sollicite nos suffrages, sans
repentance.
Allons plus loin : à la même
époque le plus ardent défenseur de la politique dite de
Maîtrise des dépenses de santé était et a été jusqu’au
bout M. Georges Jollès représentant
patronal au sein des instances de l’assurance maladie
monopoliste. La rupture du paritarisme n’est, de ce point de
vue qu’un épiphénomène. Ceux qui applaudissaient au plan
Juppé en 1995, y compris l’éditorialiste de Valeurs
Actuelles, n’ont aucune leçon à nous donner.
M. Chirac a même quelques
phrases mal construites dont il a le secret, et qui donnent à
penser qu’il ira encore plus loin que Juppé-Barrot en 1996,
ou que la Mégère Aubry, s’il le peut, si le peuple lui en
donne les moyens.
Par exemple, évoquant les 35
heures dans les hôpitaux, il n’a pas un membre de phrase, pas
même un point-et-virgule, laissant entendre qu’il réformera
ces deux lois. Au contraire.
Idem pour la démographie médicale.
Idem pour la fameuse "maîtrise".
Idem pour l’hypothèse d’une ouverture de l’assurance-maladie
à la concurrence.
On en arrive donc à constater
objectivement que les deux Dupondt sont identiquement deux
socialo-technocrates, qu’ils mèneraient la même politique,
rencontrant les mêmes difficultés.
Ainsi, par exemple, Libération
(27 mars) évoque le fameux projet de l’enfermement éducatif
pour les jeunes "sauvageons". Ce projet est commun aux
deux candidats, sous des mots à peine différents : centres
fermés dit l’un, structures fermées dit l’autre. Cette
idée se trouve plébiscitée par l’opinion publique
sécuritaire, dont il est difficile de se désolidariser
entièrement. Elle a au moins le mérite d’en finir avec l’idée
fausse de la "rééducation pénitentiaire" des jeunes
délinquants.
Seulement voilà. Il faudra bien
l’appliquer. Or, cette omelette ayant vocation à casser pas
mal d’œufs, on entrera en conflit avec l’idéologie
dominante. Le conflit est à prévoir de manière strictement
symétrique dans l’environnement des deux candidats.
Que dira Claude Chirac ? Que
diront les "potes" de Cohn-Bendit ? Que pensera
Roselyne Bachelot ? Que deviendront Ségolène Royal, Jack Lang
ou Catherine Tasca ?
On a sans le droit le droit de
formuler une préférence pour l’un ou l’autre
"scénario", pour l’un ou l’autre
"casting".
Nous éprouvons surtout le
sentiment qu’ils sont interchangeables, et qu’il faudra bel
et bien - si l’on veut que la France survive, en tant que
partie prenante de l’Europe des Libertés, - gouverner
autrement, à la fois plus modestement et plus sérieusement,
que ne l’ont fait par le passé et se proposent de le faire
dans l’avenir les deux candidats monopolistes.
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