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Nos gouvernants sont-ils autre chose
que de tristes syndics de copropriété ?
Comme cela
paraît étrange et dérisoire, loin de Paris, d’apercevoir
les titres de cette presse française dont je n’arrive même
plus à trouver nécessaire la lecture. Elle n’a même plus,
à mes yeux, ce charme décalé et vacancier de la presse
grecque - avec ses énormes titres qui, depuis 40 ans semblent
annoncer une imminente déclaration de guerre, et ne font qu’interpréter
en les gonflant des événements franchement minuscules.
Ainsi donc, le
Figaro découvrait en première page en ce début septembre que
la campagne présidentielle est lancée. Pourtant, depuis 1997,
il est tellement évident que tous nos hommes politiques ne
pensent et n’agissent qu’en fonction de cette hypothèse !
Quant à l’échéance
maintenue de 2002, cela fait bien entendu des mois qu’elle
monopolise les préoccupations des clowns. On ne peut que penser
à l’excellent album On a marché sur la Lune où
Haddock dit aux Dupont dans un premier temps : “ Le cirque
Hipparque a besoin de deux clowns, et vous pourrez parfaitement
faire l’affaire. ” Devant leurs objurgations, il corrige :
“ Le cirque Hipparque n’a pas besoin de deux clowns, donc
vous ne pourrez pas faire l’affaire. ” La seule nouvelle
intéressante dans les mois à venir serait l’effondrement des
clowns et l’annonce, enfin, que le cirque va quitter la ville.
Je n’ose espérer, encore moins pronostiquer, cet instant et
il se produira au moment où on s’y attendra le moins.
À vrai dire, si
déprimantes que soient leurs prestations, nos politiciens
parisiens ont, quand même, beaucoup moins d’importance que
nous le croyons même lorsque nous croyons les mépriser comme
ils le méritent. En réalité, nous leur accordons encore trop
de crédit.
Pendant longtemps
l’opinion libertarienne du Professeur Lemennicier sur l’État
m’a laissé sceptique et m’irritait. Non, pensais-je, l’État
ne peut pas être comparé à un syndic de copropriété car non
seulement nos gouvernants feraient et font d’assez mauvais
gérants d’immeubles, mais il existe une essence du politique
consistant d’une part en la désignation de l’ennemi et d’autre
part en la gestion des événements exceptionnels.
Or, les
gouvernants français d’aujourd’hui, non seulement n’ont
aucune espèce d’idée que l’Europe gavée puisse encore
avoir des ennemis, mais, bien plus, ils baissent les bras dès
qu’un incident de parcours perturbe les beaux programmes
édifiés à l’avance. Ils sont donc ainsi doublement sortis
de l’espace légitime du politique.
Nous avons donc
bel et bien affaire à des organisations gouvernementales
apparentées comparables à ces syndicats de copropriété qui s’en
remettent au concierge (c’est-à-dire à quelqu’un d’autre)
quand il y a lieu d’appeler les pompiers.
S’il en est
ainsi, et il en est ainsi, si la thèse de Bertrand Lemennicier
est pertinente, et rien ne semble le démentir, alors il faut
appliquer à nos syndics de copropriété les critères de leur
corporation.
Premier vice du
système : les syndics de copropriété sont ordinairement
rémunérés en fonction d’un pourcentage des dépenses, un
pourcentage légal et des ristournes occultes. Il est donc dans
la nature même de ce commissionnement d’en faire des
instances dépensières. Comment imaginer qu’un personnage
institutionnellement bénéficiaire lors de toute augmentation
des dépenses puisse tendre à les diminuer ?
Or, il convient
de rappeler que l’un des problèmes essentiels de la France
est de dégonfler les prélèvements obligatoires à propos
desquels on ment systématiquement aux Français car en
additionnant la fiscalité ordinaire de l’État, les diverses
parafiscalités et les charges dites sociales, la France est en
pourcentage le grand pays industriel qui lève le plus lourd
tribut sur ses citoyens honnêtes. Et comme la nature profonde
des Français est instinctivement honnête, peut-être un peu
timorée, mais certainement pas stupide, un tel encouragement
donné à la fraude tend à bouleverser les mentalités.
Deuxième vice de
la copropriété : elle ne pratique la démocratie que de
manière formelle. Les conseils sont toujours réélus. Les
quitus sont toujours accordés. Les mandats sont toujours
renouvelés. Toujours ou presque. Et les exceptions sont
ordinairement pires que la règle.
Comment dès lors
s’en satisfaire ? Quiconque a fréquenté dans un cadre ou
dans un autre les systèmes de copropriété, les grosses comme
les petites, les pauvres comme les riches, a pu constater que la
règle dominante est celle de l’unanimisme, des décisions
grises et de la dictature des bureaux. Cela préfigure en effet
ce qui tient lieu d’Europe.
Tant qu’à
faire cependant de se contenter d’une copropriété autant se
rabattre sur la moins disante, la moins verbeuse, la plus
modeste et la plus besogneuse. S’ils ne sont que des syndics
de copropriété, nos politiciens flamboyants sont hors sujet.
Ils ne sont pas dans le thème. Ils doivent disparaître.
De là vient sans
doute l’ambiguïté du rôle de certains trouble-fête. Dans
divers pays étrangers nous avons vu l’exemple de ces
charmeurs de serpents habiles. On les a hélas beaucoup vu
augmenter les impôts, enfler les dépenses publiques - même
M. Haider l’a fait dans sa province autrichienne de Carinthie.
Or, on n’a
jamais vu l’augmentation de la dépense publique diminuer le
nombre des immigrés, ni la hausse des impôts faire reculer le
chômage pas même juguler l’insécurité. Car les dépenses
de justice et de police sont à la fois les plus nécessaires et
les plus modestes dans nos sociétés.
Tant qu’à
faire d’élire des syndics de copropriété donc, autant ne
les recruter ni dans les prétentieux énarques ni parmi les
filandreux droitsdelhommistes ni parmi les démagogues, quels qu’ils
soient.
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