Une lecture trop rapide de l'actualité
pourrait nous faire croire que la mise en place du couvre-feu
pour les enfants de moins de 13 ans serait une mesure d'ordre,
peut-être même d'autorité sécuritaire et tutélaire de la
part des pouvoirs publics français.
Si on lit par exemple le commentaire et le
titre du New York Times (10 juillet), journal particulièrement
sensible sur cette question, cela est sans doute l'impression
qu'en reçoivent des lecteurs étrangers, de même pour ceux de
La Repubblica en Italie, etc.
La première chose à objecter, cependant,
face à un tel sentiment très superficiel c'est que la
décision n'a pas été prise par le gouvernement
socialo-communiste, par le ministre de l'Intérieur chargé du
maintien de l'ordre, M. Vaillant, mais par la municipalité
d'Orléans puis par le Conseil d'État autorisant cette ville à
appliquer ce couvre-feu dans certains quartiers qualifiés de
sensibles.
D'autre part, on remarquera plutôt que
nous sommes en présence d'un constat de faillite de l'État
dans deux missions essentielles qu'il ne sait plus remplir. Il
ne sait plus maintenir l'ordre. Il ne sait plus administrer la
justice. Comme on lui fait grâce de sa 3e mission régalienne
qui est la défense des frontières, on se sent d'autant plus
autorisé à poser la question de l'utilité de cet État
républicain central. Il s'est pourtant octroyé depuis
l'apparition du parti radical en 1880 de nombreuses autres
fonctions, qu'il remplit fort médiocrement et que bien d'autres
systèmes pourraient arbitrer.
On soulignera de plus que ce constat de
faillite se solde par une disposition a priori exceptionnelle.
Elle permet ainsi à un Jean-Yves Le Gallou, chef de file des
élus de la droite nationale en Île de France, d'ironiser en la
comparant à l'état de guerre. Il met aussi l'accent sur une
autre caractéristique de ce système de couvre-feu puisque,
même dans la commune considérée ce sont certains quartiers
qui seront visés. Cela veut bien dire que le Conseil d'État
admet, dans les faits, l'existence de ces zones de non droit,
sans doute plusieurs centaines sur le territoire métropolitain,
abritant plusieurs millions d'individus.
Voici donc la situation réelle de la
France. On ne s'achemine pas vers la politique actuelle de New
York mais vers celle qui a caractérisé les États-Unis pendant
25 ou 30 ans, de dérive mafieuse sous l'influence de théories
permissives, de gonflement financier monstrueux de l'assistanat
à partir des présidences démocrates de Kennedy et Johnson, et
dans le cadre d'un développement de plus en plus inquiétant de
l'idéologie politiquement correcte. Non, ni le Conseil d'État
français, ni le ministère de l'Intérieur n'en sont encore aux
prémisses de la politique américaine attribuée à l'excellent
maire de New York M. Giuliani.
Mais en France, probablement depuis
l'époque glorieuse du passage du général Boulanger au
ministère de la Guerre en 1886, droite et gauche ne rivalisent
que dans un seul exercice, celui du cocorico. Et ce cocorico est
d'autant plus poignant que le coq est blessé, impuissant sur
son tas de fumier.
Mme Voynet quitte le Ministère de
l'Environnement. Voilà, dira-t-on, une mesure écologique par
excellence, car l'air y sera plus pur et son successeur Cochet
aura du mal à nous la faire regretter.
En réalité, c'est au moins en 1999, au
moment de la marée noire de l'Erika et du véritable désastre
écologique abattu sur la forêt française qu'elle aurait pu
montrer son éventuel talent. Oublions même sa prestation sur
les plages de l'Ouest, désastre de communication, ou plutôt
révélation de la vraie nature de nos princes et de cette
lourde princesse d'extraction gauchiste. Retenons plus
précisément que les forestiers français n'ont reçu de
l'État français qu'un seul signal de sollicitude : la menace
rampante d'une plus grande étatisation.
Juger Mme Voynet au nombre des échecs de
son programme serait faire la part peu belle aux lubies du parti
écologique. Il a échoué depuis 1997 où ils sont entrés dans
le nouveau gouvernement de la gauche plurielle sur tous les
dossiers face à l'influence écrasante de la CGT qu'il s'agisse
de l'application de la Directive Natura 2000 bloquée par Juppé
depuis 1996 jusqu'au transport des déchets nucléaires sans
parler du funeste projet d'écotaxe.
Hélas, d'ailleurs, c'est sur le terrain
fiscaliste que les écolos risquent de devenir efficaces car ils
viendront en soutien d'un Ministre des Finances incapable de
mettre la France en conformité avec les engagements du Traité
signé à Amsterdam en 1997 tant par Chirac que par Jospin...
Sans avoir la prétention ici de glorifier
particulièrement l'Euro, on doit quand même rappeler que la
mise en place technique arrive à grand pas inéluctablement et
que dans un an nous aurons tous en Europe continentale la même
unité monétaire en poche.
Or, ceci n'est réalisable, ou plutôt
ceci ne sera durable, qu'à la condition d'observer dans tous
les États Membres une stricte discipline budgétaire commune.
Sur ce terrain la France est très en retard et elle n'a cessé
de piétiner depuis 1993 en comparaison d'énormes efforts
consentis par tous ses voisins et partenaires.
M. Fabius incapable de freiner les
dépenses, interdit de recourir à l'emprunt et c'est une bonne
chose, n'aura d'autres ressources pour passer de 3 % de déficit
à 1 % que de recourir à de nouvelles taxes et, sur ce terrain,
écologistes et marxistes, staliniens ou trotzkystes, ne seront
pas concurrents mais complémentaires.
Ah, on peut dire que nous sommes
gouvernés mais on ne saurait dire que nous sommes bien
gouvernés...