|
Grève dans les transports publics : New
York / Paris
Les Américains sont comme les Français : des
salariés et des syndicats font grève pour obtenir des augmentations de
salaires et d’autres avantages dits sociaux comme par exemple une assurance
santé et des pensions de retraite, mais la plupart d’entre eux analysent
correctement les problèmes posés et donnent des solutions satisfaisantes sur
le plan économique et financier... Les grévistes revendiquent en particulier
le maintien des conditions très avantageuses de retraite pour les nouveaux
embauchés.. Or cette charge devrait être immédiatement comptabilisée et venir
en déduction des bénéfices de la MAT (la société gérant le métro) qui serait
alors en déficit. Les dirigeants ont décidé de réduire les avantages sociaux
pour assurer l’équilibre des comptes, ce qui est certainement la meilleure
solution.
En France, dans une situation identique, les
dirigeants de la RATP ont décidé… de ne pas provisionner de telles charges !
Ainsi, 21,6 milliards d’euros de charges de retraite n’étaient pas
comptabilisées au 31 décembre 2004 en dette au bilan de la RATP (d’après le
rapport de gestion). Ces créances sont pourtant certaines et elles auraient dû
être enregistrées en tant que dettes au moment de leur fait générateur, c’est
à dire au fur et à mesure du versement des salaires donnant droit à des
pensions pour les futurs retraités. Il faudrait donc rajouter ces 21,6
milliards d’euros aux 10,6 milliards de dettes à long terme qui se montent
donc à 32,2 milliards. Avec moins de 900 millions de capitaux propres, le
dépôt de bilan de la RATP s’imposerait !
*****
Ces 21,6 milliards d’euros de charges de
retraite de la RATP font partie des 300 milliards de dettes publiques estimées
par Jean Arthuis (pour les entreprises publiques) qui s’ajoutent à plus de 800
milliards retenus par la commission Pébereau (pour les administrations
publiques). Les dirigeants de la RATP n’auraient jamais dû accorder de tels
avantages de retraite à leurs salariés. Les comptes de la RATP n’auraient
jamais dû être certifiés par PriceWaterhouseCoopers. Les inspecteurs des
finances qui sont chargés de la surveillance des comptes des sociétés, en
particulier de celles dans lesquelles l’Etat est majoritaire auraient dû
intervenir pour prendre des sanctions et porter l’affaire en justice. La
police judiciaire aurait dû être saisie et les dirigeants fautifs condamnés.
*****
Les dirigeants de la MAT auraient pu adopter
d’autres solutions, comme par exemple relever les prix des tickets de métro,
ce qui aurait été contraire à la volonté des New-Yorkais. Ils auraient pu
diminuer les salaires, ce qui n’aurait pas été acceptable par les salariés. La
solution adoptée est donc bien la meilleure. Elle respecte les règles
comptables ordinaires.
En ne comptabilisant pas les charges de
retraite, les dirigeants de la RATP laissent circuler 21,6 milliards d’euros
de créances sans contrepartie payée par les voyageurs du métro. C’est de
l’argent qui circule sans que les clients aient payé le prix réel des services
utilisés. C’est de l’argent non gagné qui se trouve dans le patrimoine des
salariés. La RATP a créé de la monnaie ex nihilo. Le problème est qu’elle
n’est pas la seule ! Les autres entreprises et les administrations publiques
font de même pour près de 1 200 milliards d’euros. Pour l’instant elles ne
sont pas en défaut de paiement car elles vivent sur une trésorerie qui donne
l’apparence d’être normale (avec 1 100 milliards d’euros de dettes). Il n’en
sera pas de même quand ces créances seront exigibles.
*****
Les salariés des entreprises publiques de l’Etat
de New York n’ont pas le droit de grève, ce qui ne les empêche pas de la
faire ! mais ils risquent de devoir payer de lourdes amendes avec leur
syndicat.
Jean-Pierre CHEVALLIER
Business économiste,
Professeur en
URSS (dans une Université
Républicaine Socialiste
Soviétique)
|