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Grogne
sociale. Puis séisme électoral ?
On est reparti pour un tour de
grèves dont la France a le secret et que vraiment personne nous
envie.
Lundi 19 janvier, ce sont les
restaurateurs et les sages-femmes qui ont battu le pavé.
Mardi 20 janvier, les agents du
secteur du gaz et de l'électricité ont mobilisé. Outre l’arrêt
de travail et les rassemblements classiques, on annonce également
« des baisses de charges ».
Mercredi 21 janvier, c'est au tour
des cheminots de se croiser les bras.
Jeudi 22 janvier, le personnel des
hôpitaux, des postes, des télécommunications et des aéroports
de Paris les imiteront.
Et la semaine prochaine, les
syndicats de fonctionnaires à leur tour monteront au créneau.
Modifications statutaires,
revendications salariales, problèmes de budget ou de personnel:
tous ces mouvements sociaux ont des motivations bien diverses.
Les observateurs de la campagne, observeront sereinement ces
mouvements en constatant la grande division syndicale.
Les trois plus nocifs syndicats français ont chacun de gros
problèmes internes à régler.
Enfin, ils ne sont pas encore remis de leur «annus horribilis»
de 2003, année au cours de laquelle leurs trois grandes
mobilisations - contre la réforme des retraites, les projets de
Luc Ferry dans l'enseignement et la refonte du régime des
intermittents du spectacle - ont, l'une après l'autre, échoué
face à une prise de conscience partielle des français et d’un
profond raz le bol.
Pour toutes ces raisons, il est douteux que les mouvements sociaux
de ces prochains jours s'agrègent et, par effet de contagion,
mènent à nouveau le pays à un climat de protestation sociale
généralisée, similaire à celui de 2003.
Les combats syndicaux sont
clairement d’arrière –garde. L’EDF a été obligé de s’adapter
au marché à l’étranger, de même que la Poste, pour tout
simplement survivre.
Les batailles de nos bureaucrates syndicaux n’en sont pas moins
dangereuses pour ceux qui travaillent et qui produisent.
Pour autant, ceux qui ont les
moyens aujourd’hui de réformer notre pays, ne peuvent pas ne
pas avoir conscience de la faiblesse des syndicats
représentatifs.
Jamais une majorité n’a eu autant de pouvoir : majorité
aux deux chambres, au Conseil Constitutionnel, un Président de la
République convaincu et convaincant !
On ne peut pas ne pas réformer.
Or rien n’a été fait ou si peu !
Pourtant, les réformes libérales
sont voulues clairement par tous les français.
Dans son supplément du 17 janvier 2004, le Figaro publie un
sondage éloquent :
- 90% des interrogés sont
favorables au libre choix de l’école pour leurs enfants,
- 76% pour la création de fonds
de pension pour les retraites,
- 55% pour la régionalisation
- 51% pour la mise en concurrence
de l’assurance maladie,
- 77% pour l’instauration d’un
service minimum lors des grèves,
- 74% pour une baisse massive des
impôts,
- 90% pour le développement de l’intéressement
aux bénéfices de l’entreprise
- 84% pour le développement de la
participation des salariés au capital,
- 75% pour l’obligation pour les
chômeurs de longue durée d’accepter les emplois qui leur
sont proposés,
- 70% pour la diminution des
charges sociales payées par els entreprises,
- 59% pour la suppression des
droits de succession pour les entreprises familiales,
Nous sommes bien face à un
décalage de plus en plus grand entre une classe politique et la
volonté d’une nation.
Évidemment, nos élus pensent avoir sauver leur siège par
différentes magouilles, dont le monopole quasi de fait de la
représentativité par l’instauration du financement public des
parties politiques.
Les autorités, toutefois, aurait
tort de minimiser la dangerosité de ce décalage.
Mme Chirac ne pourra pas toujours rattraper l’absence d’intuition
de son mari.
Dans les cartons de la chiraquie,
en effet, figurent trois projets en forme de grenades, qui, s'ils
ne sont pas dégoupillés avec beaucoup de tact et de prudence,
risquent bel et bien de faire exploser le climat social:
l'instauration d'un service minimum dans les transports publics en
cas de grève, l'assouplissement du code du travail et la
suppression des 35 heures, et, surtout, la refonte de l'assurance-maladie,
à côté de laquelle la réforme des retraites fait figure de
partie de plaisir.
Un climat délétère
Au demeurant, de toute évidence, le climat actuel est mauvais.
Le climat communautaire, bien sûr: comme l'illustre la très vive
tension autour du projet de loi sur la laïcité.
Le climat social, pareillement. Et on peut d’ores et déjà
annoncer l’aggravation de la situation dans les hôpitaux
publics. Les urgences iront de plus en plus mal par la gratuité
des soins.
Les bonnes nouvelles économiques tardent à se
concrétiser : Des entreprises publiques annoncent des
licenciements par paquets.
Les récentes réformes des systèmes d'assistance sociale et
d'indemnisation du chômage ont, dans l'immédiat, grossi les
rangs des précarisés - en témoignent les cris d'alarme lancés
par les associations caritatives cet hiver.
Le moral des ménages peine à se redresser. Quant aux hausses de
prix (tabac, gazole, etc.) et à la chasse aux incivilités
routières de ces derniers mois, elles ne vont sans doute pas
contribuer à la popularité de la classe politique au sein d'un
certain électorat.
C'est précisément dans ce
contexte social et sociétal délétère que s'ouvrira
officiellement la campagne électorale pour les élections
régionales des 21 et 28 mars prochains.
Quelle sera la traduction
électorale de ce climat? Difficile à dire dès maintenant.
Mais si d'ici à deux mois, les
choses ne se sont pas un peu améliorées, le séisme historique
du premier tour des dernières présidentielles, le 21 avril 2002
pourrait bien être oublié au profit d’un autre encore non
gradué dans l’échelle de Richter.
Alice Borghèse
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