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Il n'y a pas d'homme
providentiel
Les français déclarent, dans une grande
majorité, être méfiants vis-à-vis de l’ensemble de la classe politique. Dans
le même temps, ils sont demandeurs de toujours plus d’État conformément au
fonctionnement d'un modèle social français dont les français se disent très
attachés (dans tous les sens du terme !). Ont-ils oublié que l’État, qui a
vocation à produire des biens et services publics, se doit d’être piloté et
géré par les hommes et femmes politiques qui sont responsables devant le
citoyen-contribuable de la bonne gestion des deniers publics ?
Mon beau père était un homme politique de
province, un maire bien enraciné promu député à la fin de sa carrière
tragiquement interrompue. Qu'il m'excuse (et j'espère que de là où il me
regarde il ne m'en voudra pas) d'invoquer sa mémoire, mais c'était le premier
homme politique d’envergure (à la fois proche de Chirac et de Pasqua) que je
rencontrais. Quand il a compris que ma relation avec sa fille (devenue plus
tard la maman de mes trois garçons) était sérieuse, il m'a accueilli à bras
ouverts dans le cercle familial. Un jour que je passais des vacances avec lui,
nous sommes allés ensemble faire quelques courses au supermarché tout en
parlant de l’avenir de l’Europe dans le cadre du traité de Maastricht qui
pointait à l’horizon. A ma grande stupeur, il découvrait l'usage de cet engin
dont il connaissait le nom mais pas la pratique : le caddie de la ménagère. Il
découvrait aussi le prix des aliments de base (lui qui mangeait tous les jours
au restaurant sans même prendre le temps de jeter un œil sur l'addition...).
Je ne lui jette nullement la pierre. Ces compensations sont bien peu de choses
par rapport au fait qu’il a sacrifié toute sa vie privée à la gestion
publique, à sa commune et à son département, voyant à peine grandir ses
propres enfants.
Mais, c’est à partir de ce jour que j'ai pris
conscience que les décideurs politiques ne vivent pas dans le même monde que
nous. Ils le voient à travers le prisme déformant des cabinets de
communication et des instituts de sondage. Ils s’en font l’image que leur
donnent des modèles savamment arrangés par des chercheurs plus soucieux de
faire carrière dans les institutions publiques que d’éthique scientifique. Et
ils communiquent par le biais de médias qui transmettent les messages après
avoir soigneusement orienté leur présentation. C'est pour cela qu'il vaut
mieux apprendre aux gens à se passer de l'Etat (comme on doit apprendre aux
enfants à se passer des parents…à devenir adultes), à limiter précisément le
champ de ses prérogatives (pour que son action redevienne efficace), à
inscrire dans le marbre d’une constitution claire le principe de subsidiarité,
et non à encourager l'assistance et l’irresponsabilité. Il n’y a pas d’homme
ou de femme providentiels. S’il existe un homme providentiel, il est en chacun
de nous.
Jean-Louis Caccomo
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