« Le courage est le moteur principal de la créativité et de l’innovation ».
Aventis Pharma Australia
Il y a quelques années, Singapour lança une campagne de sensibilisation de ses acteurs économiques sur le thème : « Innovate
or evaporate ! » [1]. Les USA sont en passe d’exercer aujourd’hui une suprématie absolue dans les technologies de l’information, du vivant
et des nouveaux matériaux qui seront bientôt les supports incontournables pour le développement des industries et des emplois de demain.
Pendant ce temps, la France perd pied dans ces mêmes secteurs en l’absence desquels toute création d’emplois nouveaux, susceptibles de remplacer les emplois
dépassés et condamnés, est illusoire. Dans les années 60, notre pays a raté quelques virages technologiques cruciaux qui furent à l’origine de l’explosion de
nouvelles industries dans les années 80 qui auraient pu fournir des emplois à la jeunesse actuelle (à condition de recevoir la formation adéquate et de ne pas
s'engouffrer dans des filières parking). Mais, à ce moment, la France a consacré son énergie et ses moyens pour protéger les acquis (dans la sidérurgie, le
textile, l’agriculture) en sacrifiant délibérément l’avenir. Va-t-on répéter une telle erreur collective ?
Tout le monde s’accorde à dire que pour innover, il faut une vision à long-terme, des projets à long-terme et donc de
l’investissement à long-terme. Or, c’est le pays du « capitalisme sauvage » qui tire le mieux son épingle du jeu dans ce domaine. Ce pourrait être un paradoxe
pour ceux dont la vision de l'économie ne dépasse pas les incantations bovéennes et les théorèmes d'Attac. Pourtant, c’est seulement dans le cadre d’une
économie de marché que les innovations prennent naissance et s’épanouissent, fournissant l’aliment d’une croissance économique viable et durable.
La France avec son Commissariat au Plan et son C.N.R.S. n’a pas vu l’avenir, n’a pas préparé le futur, ratant de nombreux rendez-vous technologiques cruciaux
[2].
Pourtant, sur fond de contestation sociale chronique, on continue de débattre dans nos shows médiatiques de la crise du
capitalisme, de la tyrannie des marchés financiers braqués sur le court-terme au détriment du long-terme. Et toutes ces idées reçues, martelées dans la tête
d’une jeunesse désorientée et démissionnaire, nous empêche définitivement de voir le monde réel. C’est la France qui décroche, c’est son modèle social qui
agonise, notamment parce que, au lieu de préparer le futur, de maintenir l’envie d’innover et le courage de produire, on se contente de réciter les versets
usés d’une religion dépassée.
[1] Haour G. Resolving the Innovation Paradox, Palgrave Macmillan, New York,
2004.
[2] Caccomo J.L. « Les secrets de l’innovation ». Revue Sociétal, n° 13, novembre 1997, Paris.
Jean-Louis Caccomo