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Feront-ils
mieux ou pire que Lyndon B. Johnson ?

Le
rusé Raffarin (à
g.) suffira-t-il à empêcher que notre pauvre Chirac (au
c.) commette les mêmes erreurs unanimistes que Lyndon B.
Johnson (à dr.) ?
Comparaison n’est pas toujours
raison.
Il est dommage que les médiats
hexagonaux aient tous affirmé, en ce 6 avril, unanimement et
stupidement - cela va souvent ensemble - que le score de M.
Chirac, obtenant 82% des voix au second tour, était sans
précédent, hors de comparaison.
Nos communicateurs se prétendent
et se croient "ouverts au Monde". Mais ils se
révèlent incroyablement chauvins et ridiculement
franco-français. À la vérité, ils ignorent la géographie
autant que l’histoire.
Car les exemples abondent. Mais
il faut les chercher antérieurement à la réforme 1962 de l’article
7 de la Constitution actuelle, ou dans un monde inconnu de nos
journalistes : "l’Étranger".
Certes, toute comparaison de ce
score avec celui des élections totalitaires serait excessive,
polémique, grossière, et par conséquent insignifiante.
Sans doute, subsiste-t-il quelques pays de démocratie dite
populaire, entre Corée du nord, Birmanie ou Cuba. M. Chirac,
quoique "président de tous les Français" (...
avec quelque 5,7 millions de partisans sur 41 millions d’électeurs),
et bien qu’il aime à s’exprimer "au nom de
tous", ne saurait être comparé physiquement à Fidel
Castro.
Le Dealer Maximo persiste à
faire des discours de 6 heures quand son homologue parisien
improvise péniblement plus de 6 minutes.
Le score de Chirac ressemble à peine, par ailleurs, à celui de
régimes relookés d’Europe orientale ou d’Asie centrale
comme ceux de la Biélorussie, de la Transnistrie ou de l’Ouzbékistan
: 82% ce n’est pas 95%.
N’était pas Ceaucescu qui veut.
N’est pas Loukachenko qui veut.
Toutefois, une comparaison peut
être tentée avec un exemple finalement assez récent, dans un
pays civilisé : la victoire de Lyndon B. Johnson sur Barry
Goldwater en novembre 1964 aux États-Unis.
Le désastre de la
présidence Johnson
Ce succès foudroyant du parti
démocrate fut obtenu par 43 millions de voix (61%) contre 27,
et, surtout, par 486 mandats (90 %) contre 52. La comparaison n’est
pas tant dans les pourcentages électoraux.
Elle réside surtout dans l’unanimisme
incroyable qui s’investit alors au service de la campagne
présidentielle de Johnson. Tout ce que l’Amérique comptait
de professeurs des universités, d’intellectuels, de
psychanalystes, de peintres abstraits, de cinéastes, de
freudiens et de keynésiens exposait cette année-là qu’entre
Johnson et Goldwater c’était le combat du Bien contre le Mal.
Dans un scénario hollywoodien qui se respecte, le Bien l’emporte
obligatoirement sur le Mal. Il existe à ce sujet une espèce de
Loi Gayssot nord-américaine pour garantir les spectateurs
contre toute mauvaise surprise.
De plus, les ligues de vertu n’ont
pas eu à se plaindre des programmes sociaux de Johnson.
Dès 1965, furent mis en place les programmes de la "Big
Society" promise pour succéder aux velléités d’assistanat
apparues sous John F. Kennedy, arraché à l’affection
universelle à Dallas en 1963 (1).
En particulier, depuis lors le
système Medicare, aura induit plus de dépenses publiques en
maladie en 35 ans aux États-Unis que le monopole français de
la Caisse nationale d’assurance maladie n’en a engendré en
France depuis 1945.
Il a fallu attendre 30 ans pour
qu’un président, d’ailleurs démocrate, mais sous la
poussée des majorités républicaines du Congrès, reconnaisse
publiquement la plaie financière, mais aussi la nuisance
sociale, de toutes les institutions mises en place par la "Big
Society" des années 1960, sous l’emprise des bons
sentiments.
Pour dire le vrai, la présidence
de Johnson se révéla un désastre.
Et cependant son élection avait
été soutenue par l’unanimité des bonnes consciences.
La présidence de Johnson embourba les États-Unis au Vietnam
dans une conception technocratique de la guerre, ingérable et
ruineuse. La présidence de Johnson vit se développer cette
durable poussée de l’idéologie gauchisante, de la
criminalité galopante et de la puissance mafieuse qui révulsa
contre l’Amérique pendant quelque 30 ans, tout Européen
normalement constitué. De plus, l’addition des budgets
militaires et sociaux américains, sous la présidence de
Johnson, empoisonna l’ordre économique international pendant
des années. Ceci conduisit à la liquidation dès 1971 de la
parité or du dollar. Il a fallu, là aussi, attendre plus d’un
quart de siècle pour assainir la situation.
Tout cela a été rendu possible
par la diabolisation de Goldwater.
Goldwater n’osait-il pas dire, face au communisme : "Pourquoi
pas la victoire ?" Insensé et inconvenant, n’est-ce
pas ? On l’accusait de vouloir ni plus ni moins la guerre
nucléaire. Et les crispations convulsives anti Goldwater ont
provoqué une série de triomphes pour l’Union soviétique. En
vérité ces avancées du communisme international durèrent,
jusqu’à l’élection de Reagan en 1980 (2).
Le Code pénal français prévoit encore la prescription des
crimes, principe que nous avons hérité en occident du Droit
romano-byzantin. Je puis donc avouer aujourd’hui, sans crainte
ni repentance, avoir éprouvé en 1964 une sympathie active pour
le sénateur de l’Arizona Goldwater, victorieux lors de la
convention républicaine du très "libéral"
Rockefeller.
Pis que ça : non seulement j’ai
collé à Paris des affichettes artisanales soutenant Goldwater,
mais je les ai fabriquées et financées de mes deniers. Je l’ai
fait avec la complicité d’amis de 30 ans, dont je tairai
aujourd’hui le nom. Ma seule honte c’est de n’avoir pas
pressenti, à l’époque, que certains deviendraient des
politiciens et vivraient d’argent public.
En 1964 Goldwater disposait d’un seul soutien notable dans le
paysage intellectuel et universitaire occidental. Ce soutien n’était
cependant pas dénué de signification du point de vue des
économistes. Il s’agissait de Milton Friedman, auteur en 1962
du courageux "Capitalisme et Liberté" et qui
fut son conseiller économique officiel (3). Prix Nobel d’Économie
en 1976, il aura été le vrai rénovateur de la pensée
économique occidentale de la seconde moitié du XXe siècle,
notamment en raison de son irremplaçable "Histoire
monétaire des États-Unis" de 1963. Il y démontrait
sobrement que tout ce que les keynésiens ont propagé, à
propos des raisons de la crise de 1929, est aussi faux que la
description de l’industrie du XIXe
siècle dans les romans d’Émile Zola.
Ma repentance est, je le souligne
à nouveau, absolument nulle.
Elle l'est demeurée en dépit des exhortations de l’Épiscopat
et de la Sorbonne, en dépit des éditoriaux du Monde, en dépit
des déferlements de bons sentiments de l’époque. Je sais, en
effet, que Goldwater avait raison (4). Et, contre lui, tous les
infaillibles unanimes se sont trompés : Jean-Paul Sartre plus
encore que Paul VI. Et toute la petite vermine gauchiste est
montée depuis lors en graine. Et elle monopolise l’expression
médiatique. Mais tous ces gens avaient tort hier.
Ils n’ont jamais cessé d’avoir
tort.
Ils avaient tort sur la Chine de
Mao ; ils avaient tort sur Cuba ; ils avaient tort sur le
Vietnam ; et ils avaient tort sur cette délicieuse Algérie
indépendante, dont les drapeaux ornaient, si agréablement et
opportunément, la place de la République à Paris, au soir de
ce dimanche 5 mai pour saluer, en leur second avènement,
Jacques et Bernadette.
JG Malliarakis
(1) Du fait d'un complot ourdi
par JR Ewing, de source sûre...
(2) Avec 44 millions de suffrages
contre 35,5 à Jimmy Carter et 5,7 à l’indépendant Anderson.
De 1964 à 1980 les communistes s'étaient emparés du pouvoir
dans une bonne dizaine de pays.
(3) Il osa prendre son parti dans
une tribune libre du New York Times en octobre 1964. La
réplique lui fut donnée par le célébrissime Samuelson
partisan de Johnson.
(4) Après l'avoir copieusement
vilipendé, les Américains (au moins les Américains de
droite...) le reconnaissent aujourd'hui et placent Goldwater
parmi les "pères fondateurs" du conservatisme
américain.
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