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Non
M. Jospin vous n’êtes pas vraiment bien différent de M.
CHIRAC !

Le Mensonge
de base est de nous imposer le choix strictement binaire entre
Chirac et Jospin.
Même Blondel ne s’y trompe pas.
Un sondage publié par
Libération (4 mars) donne Jospin gagnant avec 4 points d’avance.
Cela inverse une tendance généralement affirmée depuis
quelque 12 mois tendant à nous faire croire en la réélection
de M. Chirac.
Cette nouvelle, - virtuelle,
comme d’ailleurs étaient virtuelles les annonces de
pronostics précédents, - laisse la plus grande partie des
Français indifférents. Une semaine plus tôt, en effet, 74 %
des sondés, c’est-à-dire une écrasante majorité de l’échantillon
représentatif, et, de toute évidence, une proportion
considérable de la population représentée, nos compatriotes,
déclaraient ne pas percevoir de différence sensible entre
Chirac et Jospin. Vox populi, vox Dei
D’autres phénomènes
sociologiques se manifestent lorsqu’on examine les sondages
sous un angle qui doit bien se concevoir comme apparemment
"politique" traditionnel droite/gauche.
Mais une autre coupure s’introduit
désormais, entre les partis de l’établissement et les partis
protestataires.
Nous avons la faiblesse de
considérer cet antagonisme comme beaucoup plus significatif, du
point de vue de l’avenir des Libertés sociales en France, que
la plupart des querelles traditionnelles.
Or, cette coupure n’a cessé de
s’aggraver depuis 20 ans, entre le peuple français et sa
classe politique. Elle était déjà sensible dès le milieu des
années 1980. Elle s’est accentuée dans les années 1990.
Et, d’élection en élection,
on a vu grandir les formes de rejets, le nombre des abstentions,
le nombre des votes blancs et nuls, et on a vu en même temps s’accroître
régulièrement le score des partis marginaux.
On en arrive aujourd’hui au
point que les deux candidats "monopoleurs",
représentatifs de la classe politique et de l’énarchie, etc.
- MM. Chirac et Jospin additionnés - représentent, à eux
deux, dans les sondages moins de 45 % des voix exprimées au
premier tour.
Depuis 12 mois, on a vu osciller
les scores respectifs de Chirac et Jospin, on n’a toujours pas
vu leur pourcentage additionné, très faible, devenir
majoritaire.
3 autres candidats, sur un total
de 17 ou 19 actuellement déclarés, disposent, au moins
formellement, d’un groupe parlementaire : MM. Hue, Madelin et
Bayrou.
Or, non seulement leurs scores à
tous trois ne sont pas fameux dans les sondages, mais leurs
discours respectifs sont toujours dirigés contre le Système,
terrain sur lequel ils paraissent il est vrai assez improbables
à l’électeur moyen.
On comprend donc que M. Jospin,
tout autant que M. Chirac, cherche à paraître dissemblable de
son adversaire, car ils s’adressent, l’un comme l’autre,
à des publics apparemment antagonistes, chacun labourant
respectivement "à gauche" et "à droite".
Ainsi le 3 mars sur TF1, M.
Jospin dit à propos des Retraites : "C’est une urgence,
c’est le premier grand dossier social et de société de la
prochaine législature et de la prochaine mandature […]
Jacques Chirac parle de fonds de pension individuels. Nous, nous
parlons d’une épargne salariale collective qui serait sous le
contrôle des syndicats".
Ce dossier est effectivement
capital et ce n’est pas nous qui contredirons sur ce point M.
Jospin. Nous l’avons développé maintes fois.
Nous demeurons quand même plus
réservés lorsqu’il affirme ne pas s’être engagé dans le
passé à résoudre le problème. Pour un protestant, M. Jospin
tient là quand même un propos un peu jésuite. Nous relisons
en effet, depuis son discours d’investiture du 19 juin 1997,
une série d’affirmations formulées de manière ambiguë,
laissant croire qu’il prendrait les choses en main, mais sans
jamais s’y engager formellement.
À chaque fois, c’était des
trompe l’œil ; On n’allait pas tarder, s’agissant de
cette "urgence des urgences", à créer une commission
qui remettrait un rapport afin que, toutes affaires cessantes,
on se retrousse les manches, de sorte que, au bout du compte, la
patate chaude refroidissant puisse être consommée lors d’une
prochaine législature.
Le dossier des retraites avait
déjà perdu 6 ans, de 1991 (date de la sortie du Livre Blanc
Rocard) à 1997 (date de l’investiture du gouvernement
Jospin).
Au total nous en sommes
maintenant à 11 ans de perdus, après avoir proclamé l’urgence,
avec pour seule réforme la diminution unilatérale des
engagements du système décidée par M. Balladur et Mme Veil en
1993.
Dans sa grossière démagogie, M.
Blondel ne s’y trompe pas.
Dans une interview qui fait la
"Une" des Échos (4 mars) non seulement il reprend l’interpellation
de Mme Notat du 3 mars (cf. notre Courrier du 4 mars) renvoyant
plus ou moins dos à dos les deux candidats mais il embouche à
nouveau les trompettes optimistes du rapport Teulade de janvier
2000
La teuladologie et la
blondelologie relèvent en fait de l’analyse d’une même
imposture et d’un même concept de "mise en garde",
car Blondel comme Teulade met en garde, ce qui en langage clair
s’appelle du chantage.
Voilà comment Blondel,
secrétaire de Force Ouvrière ose s’exprimer : "une
légère augmentation de la part du PIB consacrée aux retraites
permettrait de sauvegarder nos régimes par répartition jusqu’en
2020 au minimum. Nous pensons qu’il est possible, ajoute M.
Blondel, de revenir aux 37,5 annuités de cotisation pour tout
le monde. Je voudrais que tous les candidats réaffirment que la
retraite à soixante ans est un droit. […] Je ne crois pas aux
fonds de pension à la française ni à l’épargne salariale.
[…] Dans le premier cas, c’est un coup de poing contre la
répartition, dans le second, une fissure." (Les Échos 4
mars 2002) C’est très précisément la logique du rapport
Teulade du 11 janvier 2000.
Face à ce chantage, tendant à
bloquer toute réforme la sécurité sociale il n’y a guère
de différence entre M. Jospin faisant appel en 1999 à Teulade
pour bloquer la réforme des retraites et M. Chirac se
proclamant garant de la sécurité sociale.
Mais en vérité il n’y a pas
de différence non plus entre les deux projets l’un soi-disant
individuel de "fonds de pensions à la française" qui
ne seront pas individuels, et l’autre "contrôlé par les
syndicats" qui ne sera pas favorable aux salariés, et qui
n’est qu’un cache sexe pour une épargne un peu plus
contrôlée par l’État.
Le technocrate Jospin et le
technocrate Chirac disent sur le fond exactement la même chose.
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