|
Le lancinant déficit
français devient arrogant

Le gouvernement
chiraquien cherche-t-il à faire baisser salutairement l’euro ?
Pour des raisons tout à fait
circonstancielles, et pour tout dire paradoxales, on serait presque tenté de
donner raison à la position de l’État français lors de la réunion de l’Eurogroupe
ouverte le 6 mars. M. Francis Mer y a en effet imperturbablement
annoncé que le déficit français pour 2003, évalué artificiellement à
hauteur de 2,6 % en septembre dernier, atteindrait probablement 3,4 ou
3,5 %.
Déjà, le 3 mars, on savait que la
France, ayant notifié un déficit de 3,038 réalisé en 2002, était en
infraction.
Aujourd’hui, l’État central français s’installe
dans le déficit excessif. Il y patauge, il prend ses aises et s’ébroue
comme un éléphant joyeux en compagnie de l’autre poids lourd, l’Allemagne,
légèrement plus penaude.
Par l’effet de quel sortilège, pourrait-on s’ingénier
à se féliciter de cette attitude ?
1° Paradoxalement, certains pourraient tenir le raisonnement suivant. La
règle du déficit à 3 %, le pacte de stabilité, la promesse d’un
retour à l’équilibre vers 2006, tout cela tient à la volonté de
construire l’Union monétaire et donc de crédibiliser l’euro.
Aujourd’hui, l’euro à 1,09 dollar a retrouvé son cours du printemps
1999.
C’est catastrophique pour la croissance
européenne. Pire encore, de fins analystes prétendent que "le cours d’équilibre
de l’euro devrait s’établir autour de 1,15-1,17 dollar".
Cette prévision est formulée ex cathedra par
M. Philippe Ithurbide, chef stratégiste à la Société Générale et
elle est pieusement recueillie par les Échos, quotidien de l’économie ce
6 mars. De la sorte, la catastrophe pour l’économie européenne risque
bien de s’amplifier. Heureusement, le concept de "cours d’équilibre"
est excessivement fragile dans un monde en déséquilibre et la prévision
peut sembler jetable.
Mais tout cela peut inciter le gouvernement
chiraquien à s’entêter dans son déficit… Peut-être pour faire baisser
salutairement l’euro !
2° Paradoxe : non seulement ce qui nuit
au cours de l’euro pourrait faire les affaires de l’exportation
européenne, mais le gouvernement de Paris croit pouvoir se permettre d’accentuer
la crise des institutions européennes.
Dans les deux cas les Français "d’en
bas" auraient tort de se réjouir et d’applaudir car toute action est
le commencement d’une habitude. Un jour ou l’autre l’État français
devra purger les déficits de l’ensemble de ses administrations publiques.
Or, plus il différera ce redressement financier, plus celui-ci sera difficile
dans le contexte monétaire rigide représenté par l’euro.
En face du laxisme financier français, les
institutions européennes ne disposent aujourd’hui que de procédures
finalement assez douces, trop douces.
En mettant les institutions européennes en face d’un déficit arrogant et
provocateur les autorités publiques françaises persistent à la fois à se
marginaliser au sein de l’Europe des 15, à s’affaiblir encore plus dans
la perspective de l’Europe des 25.
De plus, elles invitent très fortement les
autres Européens à construire des parades beaucoup plus punitives que les
actuels avertissements, avis motivé et autres rapports plus ou moins virtuels
assortis parfois d’amende.
Nos dirigeants sont toujours très prompts à
présenter les sanctions de la réalité internationale comme de mauvais
complots contre "la juste cause de grande nation". Cependant, il n’est
pas certain que cette attitude demeure perpétuellement convaincante pour les
"Français d’en bas".
C’est donc une habitude très dangereuse dans
laquelle nos dirigeants sont en train de s’installer.
Et le danger doit être d’autant plus
souligné que tous ces déficits sont occasionnés non par des investissements
productifs pour l’avenir mais par une gabegie et des dépenses démagogiques
authentiquement destructrices de la France et de son identité.
|