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La
cause de la liberté des familles : un exemple éclatant

Même après
5 ans de gouvernement Jospin, la droite réglemente et conserve,
elle ne libère pas.
Ce 4 septembre (1)
le philosophe libéral Philippe Nemo analysait l’inventaire,
effectivement stupéfiant, des mesures prises depuis 1997 par le
funeste gouvernement de M. Jospin à l’encontre de la Famille
française.
On peut rappeler en vrac :
- les facultés nouvelles données
au divorce,
- le consentement mutuel pouvant
désormais résulter du seul consentement d’un des deux
époux, en même temps que l’institution si controversée du
Pacs ;
- l’égalisation de la situation
des enfants naturels en même temps que la systématique
promotion du couple homosexuel ;
- les atteintes nouvelles à l’autorité
parentale compensées par la licence nouvelle conférée aux
infirmières scolaires de délivrer la pilule du lendemain ;
- l’obligation du financement d’un
logement extérieur au profit d’enfants majeurs au moment
où même le droit du nom patronymique explose en lambeaux,
etc.
Point important : toutes les
résistances ont été occultées ou marginalisées, réputées
contre-productives.
Les noms et les images de Mme
Christine Boutin ou de Philippe de Villiers sont ridiculisés,
piétinés.
Et, pour l’essentiel, à l’exception
du Pacs, ces réformes sont passées comme une lettre à la poste.
Or, de toute évidence, le retour
au pouvoir d’une majorité de 400 élus, portés par le refus du
socialisme dans l’opinion, ne doit pas faire illusion : la
remise en cause de ces acquis du socialisme n’est pas à l’ordre
du jour.
Pour une certaine gauche, ce
processus est tout à fait naturel.
En détruisant la famille
nucléaire, on fait glisser la société sur une pente qui
conduit, apparemment, dans un premier temps, à un monde d’électrons
libres, mais, très vite, en fait, vers un plus grand
asservissement à l’État.
L’électron libre est ainsi mûr
pour la socialisation étatique.
Philippe Nemo parle ainsi
plaisamment des "fêtes de Jack Lang".
Mais la chose va bien évidemment
très au-delà des "fêtes", puisque l’État prend en
main, non seulement toute la solitude des individus, mais tous les
aspects du développement des personnes, de la crèche au tombeau.
En regard des réformes mises en
place par ses adversaires, la droite se caractérise par une
attitude essentiellement conservatrice.
Historien des Idées (2), notre intervenant
attribue, en partie légitimement, cette manière d’agir de la
droite politique à son attachement philosophique excessif à
toutes les communautés sociales instituées.
Et de citer Bonald, Hegel, La Tour
du Pin.
C’est, intellectuellement,
incontestable.
Cela éclaire, sans doute, cette
sorte de traditionalisme en carton-pâte dans lequel s’embourbent
les gens de droite.
Mais nous trouvons aussi qu’en
allant trop loin dans cette analyse on ferait peut-être beaucoup
d’honneur à la droite politique française actuelle ! Comme il
serait beau qu’elle ait seulement, sinon une base doctrinale, au
moins des principes !
En 1995-1997 le gouvernement Juppé
ne se réclamait ni de Bonald, ni de Hegel, ni de La Tour du Pin.
Mais il avait très
consciencieusement entrepris de manipuler la Conférence des
Familles pour l’aligner sur ses orientations technocratiques et
anti-familiales ; et ceci a frayé la voie et a permis d’aboutir
au dernier revirement, qui fut imposé par le gouvernement Jospin,
à l’encontre de la politique famille française telle qu’elle
avait été instituée en 1945 (3) : un
demi-siècle plus tard, on ne prétend plus soutenir "la
famille", et le socialisme étatique subventionne en vrac "toutes
les familles" et particulièrement celles qui n’en sont
pas, y compris la famille polygame, qui sera la dernière à
bénéficier pleinement des allocations familiales.
La droite réglemente et conserve,
elle ne libère pas.
Le conservatisme de la droite l’amène
à ne jamais remettre vraiment en cause les fondements socialistes
étatiques de la législation antérieure.
Au contraire, elle leur donnera une
application sans doute plus rationnelle, peut-être plus
rigoureuse, certainement plus autoritaire.
Contrairement à ce qu’une
lecture trop intellectuelle du phénomène suggérerait, ce n’est
pas seulement une question d’inspiration philosophique. C’est
aussi une caractéristique sociologique. La gauche rêve et
dilapide, la droite gère et digère.
Un autre piège, pas assez
clairement dénoncé, consiste à enfermer la famille dans une
stricte perspective nataliste.
C’est un discours que l’on a pu
repérer dans les théories d’un Michel Debré ou d’un Alfred
Sauvy. Le danger évident des propositions auxquelles aboutit ce
natalisme, ce "populationnisme", c’est que,
distribuant un salaire maternel d’État, il ramène la
maternité au statut de la fonction publique d’État. La
conséquence en est qu’évidemment, on encourage ainsi une
natalité de subvention : et la plus efficace de ce point de vue
demeure la natalité polygamique.
Bien différente est, au contraire,
la vision d’une lutte pour la famille associée à une lutte
pour la Liberté.
Non seulement en effet la famille
nucléaire peut être considérée comme cellule fondamentale de
la société, mais elle apparaît aussi comme le lieu privilégié
d’apprentissage de la responsabilité et d’épanouissement de
la personnalité. Autrement dit, la famille est une institution
essentielle du point de vue de la Liberté.
Cet aspect, rarement mis en
lumière, s’écarte à l’évidence de toutes les caricatures d’attachement,
en vrac, à tous les héritages du passé, affirmés comme autant
de "traditions", à toutes les communautés instituées
confondues faussement avec la société civile. La famille n’est
pas le relais de l’État : elle est le cercle le plus fort du
développement de la vie privée. Elle apparaît donc comme le
premier rempart contre l’étatisme.
On ne doit donc pas s’étonner si
l’étatisme, par tous les moyens dont il dispose, usant de
leviers fiscaux, éducatifs, judiciaires, audiovisuels,
philosophiques ou culturels, n'hésite jamais à tout
entreprendre, ouvertement ou insidieusement, pour détruire et
asservir la famille.
On s’étonnerait en revanche que
les défenseurs des Libertés n’aient pas à cœur d’en
assurer, prioritairement et courageusement, le développement, la
promotion et la libération.
(1)
Dans sa communication à l’Université d’Été des Nouveaux
Économistes à Aix en Provence le 4 septembre 2002.
(2)
Ph. Nemo est l’auteur, notamment, de "La Société de Droit
selon Hayek", mais aussi d’une "Histoire des idées
politiques depuis l’Antiquité" (PUF).
(3)
Elle avait reçu sa première impulsion en 1938 sous le
gouvernement du radical Daladier. Elle fut refondée, après la
guerre, en France sous l’influence du général De Gaulle et des
démocrates chrétiens du MRP.
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