|
Lois
sociales et économiques
La condamnation de Marks and
Spencer par le Tribunal de grande instance de Paris est très
certainement conforme à l'esprit de la réglementation
française. Voici donc une direction générale londonienne
contrainte, ou plus précisément enjointe par les autorités
françaises de suspendre juridiquement son programme de
fermeture des 18 magasins français de la chaîne.
La première remarque qui vient
à l'esprit est cependant la suivante : les magasins Marks and
Spencer perdaient de l'argent. Le groupe Danone, lui, se porte
plutôt bien. Dans le même temps la gesticulation politique du
parti gouvernemental français se propose de "trouver les
moyens législatifs de rendre plus coûteux les plans sociaux
des entreprises qui font des bénéfices" (communiqué du
parti socialiste du 9 avril). Or, il semblerait bien que Danone,
en fermant certaines de ses usines échappe aux foudres de la
justice. Ce n'est pas du chauvinisme français. Ce n'est pas le
fait que le groupe Danone a toujours été lié à la gauche.
C'est tout simplement le fait que la réglementation sociale
française est une des plus protectrices du monde. Elle l'est à
un point tel que des investisseurs étrangers s'y trouvent comme
pris au piège. Ils 'établissent en France sans avoir toujours
conscience qu'il s'agit d'un pays où les normes juridiques vont
au rebours des lois économiques et de l'intérêt véritable
des salariés du privé que les fonctionnaires prétendent à
surprotéger.
Cette surprotection est
totalement illusoire pour les salariés de Marks and Spencer :
les magasins fermeront puisque la maison mère en a décidé
ainsi sur toute l'Europe et que les marchés financiers ont
salué cette courageuse et chirurgicale décision. On peut même
dire, sans forcer le trait, que la meilleure chance des
salariés de Marks and Spencer est que leur entreprise ne soit
pas pénalisée de manière trop exemplaire de manière à ne
pas décourager un repreneur chilien, suédois, turc, ou,
pourquoi pas, français, de reprendre l'exploitation de magasins
analogues sous une autre enseigne.
Ce que la CGT et tous ses petits
concurrents souhaitent voir s'établir c'est cependant une
législation encore plus contraignante. Que cela se fasse avec
l'appui du parti gouvernemental socialiste est particulièrement
consternant. Cela prouve que ces socialistes français n'ont pas
encore intériorisé ce que la sociale démocratie allemande a
voté dès son fameux congrès de Bad Godesberg, suivie en cela
20 ans plus tard par les travaillistes anglais avec le New
Labour de Tony Blair. Il est vrai que la droite française (la
droite qui cherche à se regrouper derrière M. Juppé) est,
elle aussi, plus socialiste que MM. Blair et Schroeder réunis.
Elle est même nettement plus étatiste que les anciens
communistes italiens du Parti démocratique sinistre. Ce n'est
donc pas une question politique au sens passionnel, culturel et
partisan du mot. C'est une question économique.
Le tribunal de grande instance de
Paris, et même la cour d'Appel, et même la cour de Cassation,
sont-elles des instances effectivement compétentes en matière
économique ? Au plan de la procédure, c'est probablement le
cas. Ces affaires relèvent de leur compétence, au sens
strictement juridique du mot. L'incompétente Guigou est venue
à la barre ce 9 avril, s'appuyant sur le rapport de
l'inspectrice du travail du 9e arrondissement, Mme Steinberg. On
se prépare à des poursuites pénales " tant sur les
conditions d'annonce du projet de restructuration que sur le
fonctionnement des instances représentatives du personnel au
cours des derniers mois ". Et M. Patrick Brody, secrétaire
général du Sycopa, Syndicat du commerce de Paris, voit dans
tout cela une grande victoire morale.
Quand on a pratiqué les sports
collectifs au PUC, où les victoires morales étaient à peu
près aussi nombreuses que les défaites au tableau d'affichage,
on sait se méfier de ce genre de succès.
Mme Guigou n'a créé aucun
emploi, ni comme ministre de justice, ni comme ministre de la
sécurité sociale. Tout au plus a-t-elle su conserver son
emploi de ministre en recevant la fessée méritée que lui a
infligée le suffrage universel en Avignon le 11 mars. Aucune
loi sociale ne tient face aux lois économiques. Les prétendues
normes juridiques de droit interne appliquées aux relations
sociales pénalisent le pays qui les impose trop lourdement.
Aucun investisseur n'échappe à la compétition transnationale,
y compris, bien entendu, les investisseurs français. Que Danone
sache un peu mieux se débrouiller avec la réglementation
française prouve qu'il en connaît la nuisance. Et d'ailleurs
sa réponse immédiate au président de la région Île de
France M. Huchon a été de renoncer à son implantation à
Palaiseau. "Trop de protection tue la protection"...
Ariste Saramon
|