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Loi
sécu signée Guigou : on devait s’y attendre…
Lorsque fut
adoptée en 1996 l’aberrante réforme constitutionnelle,
permettant à M. Juppé d’étatiser la Sécurité sociale, on
pouvait savoir, et on savait, ce qui allait se passer, du moins
dans les grandes lignes.
Il était, d’abord,
évident que les deux réformes positives instaurées par la
pauvre Loi Veil de juillet 1994 seraient effacées dans la
pratique par le nouveau système. D’une part, le rapport
spécial de la Cour des comptes destiné au parlement perdrait
très vite son impact légitime. De document d’information, il
deviendrait le prétexte à définition des lignes d’action de
l’État. Et, comme tout document de cet ordre, personne ne le
lirait. D’autre part, la très importante velléité de mettre
en place l’autonomie des branches se verrait niée par le
principe même des lois dites de financement de la sécurité
sociale, combiné avec les deux prélèvements hybrides,
malsains et intolérables baptisés CSG et CRDS.
De plus, il
était évident que l’attention du grand public et des groupes
de pression se focaliserait principalement sur les dépenses de
maladie. Et, comme ces dépenses seraient indexées à la hausse
par le “ taux directeur ” et par l’Ondam, sigle nouveau
désignant l’Objectif National de Dépenses de l’Assurance
Maladie, ce taux directeur, “ voté par le parlement ” et
cet Ondam auraient un effet inflationniste en longue période
sur les dépenses que l’on affirmait la prétention de juguler
(cf. le discours caractéristique de M. Juppé le 15.11.1995).
Dans le
prolongement de toutes ces folies, Mme Guigou est encore venue
devant la commission parlementaire du 25 septembre, apporter sa
touche de démagogie au projet de loi de financement de la
sécurité sociale pour 2002. Dans la foulée de son collègue
Fabius, Mme Guigou n’hésite pas à présenter ses projections
2002 sur la base de prévisions de croissance absolument
invraisemblables dans la conjoncture actuelle. M. Fabius fait
semblant de croire possible un taux de croissance de 2,5 % pour
le produit intérieur brut français en 2002. La réunion de la
Commission des comptes de la nation, organisme purement
consensuel en temps ordinaire s’est inscrite en faux contre
une telle évaluation, estimant à 1,7 % la meilleure
possibilité actuellement envisageable. N’importe, les
services ministériels et la majorité parlementaire “
voteront ” une croissance de 2,5 %. Amen. M. Emmanuelli,
président de la Commission des finances s’il vous plaît (et
si cela ne vous plaît pas c’est quand même comme cela)
pousse le vice (Les Échos du 26) à conforter ses décisions
relatives à la croissance d’une volonté de “ relance
économique ” à l’échelle de l’Europe. Comme cela, si le
taux de 2,5 % n’est pas observé en France, et il y a 99 % de
chances qu’il ne le soit pas, on pourra dire que c’est de la
faute aux 14 partenaires.
Une fois
calculées des recettes artificiellement en hausse il est
évidemment loisible de définir des objectifs de dépenses
inflationnistes : +4,8 % pour l’hôpital public ; + 4,8 %
aussi pour les instituts médico-pédagogiques ; +3,5 % pour les
cliniques privées ; +3 % pour les dépenses dites de Ville.
Pourquoi pas plus, d’ailleurs ? Les lois de financement de la
sécurité sociale ne sont pas constitutionnellement ce que les
initiateurs du système avaient pensé en 1995 : ce ne sont pas
des “ lois d’équilibre ”. Si Mme Guigou fait semblant de
présenter des comptes impeccablement équilibrés c’est pour
que non seulement les syndicats hospitaliers soient contents,
mais aussi pour que la droite soit politiquement prise à son
propre piège.
Qui peut prendre
tout cela au sérieux ?
Certains
remarqueront quand même une nouvelle positive : le JO N° 218
du 20 septembre 2001 publiait page 14902 un Décret n° 2001-859
du 19 septembre 2001 relatif à l’organisation comptable des
régimes et organismes de sécurité sociale et modifiant le
code de la sécurité sociale. Ce décret dispose des articles
D. 114-4-1, D. 114-4-2 et D. 114-4-3 du Code de la sécurité
sociale organisant “ un
plan comptable unique des organismes de sécurité sociale visé
à l’article L. 114-1-1 est approuvé par arrêté conjoint
des ministres chargés du budget, de la sécurité sociale et de
l’agriculture. ”
Formidable
avancée n’est-ce pas ? Ce décret fait suite à des demandes
réitérées de la Cour des comptes remontant à 1952, il y a
seulement 49 ans. Le plan comptable unique, basé sur la
méthode des “ droits constatés ”, au lieu de la
pratique antérieure, aura mis un demi-siècle à entrer en
vigueur. Merci l’euro ?
En gros, jusqu’ici,
les comptes de la sécurité sociale ressemblaient
structurellement à comptabilité associative “ de caisse
”. Mais qu’on se rassure. Cette victoire des principes
de la comptabilité publique n’aboutira pas pour autant encore
à la définition d’une vraie comptabilité en partie double
de ces organismes étranges au patrimoine tenu secret, aux
engagements mal définis, aux évolutions arbitraires, et aux
prestations modulables.
Qu’on nous
permette ici de rappeler que l’argent des assurés sociaux ira
encore en 2002, avec la complaisance du patronat institutionnel,
les entreprises étant prises en otage, dans des caisses qu’en
fait personne ne contrôle.
Avant que les
organismes français de sécurité sociale présentent des
comptes sincères et véritables, ce qui serait conforme aux
intérêts des preneurs d’assurance, il s’écoulera encore
pas mal de temps.
Espérons que ce
délai sera inférieur à un demi-siècle.
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