Microsoft démantelé et délocalisé ?

Ce matin même, on a annoncé en grandes pompes que le juge Jackson a décidé de rendre son verdict final contre Microsoft, avec le démantèlement de celui-ci.
Alors que le géant américain des logiciels attend patiemment de savoir à quelle sauce
il va être mangé par les autorités Antitrust américaine, la Colombie-Britannique a annoncé le 2 juin qu'elle invitait Microsoft à s'installer, avec ses 20.000 employés, sur son sol. 

Le gouvernement canadien a promis à la firme un traitement fiscal favorable ainsi qu'un prêt afin de construire ses nouveaux quartiers si Microsoft acceptait de déplacer ses opérations de 160 kilomètres au Nord de son emplacement actuel, de l'autre côté de la frontière canadienne. Si ce transfert avait lieu, il aurait, on l'imagine facilement, des conséquences dévastatrices sur l'économie du Nord-Ouest de ce coin des États-Unis.

Il n'est pas compliqué de percevoir tout ce que le gouvernement canadien peut avoir à gagner de ce déménagement. Apres tout, l'incroyable valeur de la compagnie fait qu'Ottawa pourrait encaisser des milliards de dollars sous la forme de " Corporate taxes " et par le biais de l'impôt sur le revenu et les gains en capital des employés de Microsoft (Microsoft qui a pourtant perdu plus de 100 millions de dollars de valeur depuis que le Département de la Justice Américaine l'a prise pour cible). En plus, qui
sait, Bill et Melinda Gates décideront peut être aussi dans le même temps de changer la destination de leurs oeuvres caritatives. Malheureusement, la question qui demeure est quel va être le prix en impôt pour les contribuables canadiens de la carotte que l'on agite devant le nez de Microsoft.

Cette option qui s'offre à Microsoft aujourd'hui ne peut que rappeler aux fans du roman de Ayn Rand Atlas Shrugged un certain déjà vu. En effet, si Microsoft décidait d'accepter l'offre canadienne, ce serait dans le but d'échapper aux remèdes antitrust que s'apprête à annoncer le Juge Jackson.
Microsoft, cette usine à créer de la richesse, des ordinateurs et logiciels à bas prix pour tous, est depuis des mois persécutée, menacée d'être dépouillée de ce qui lui revient de droit, détruite et poursuivie par ceux qu'elle a le mieux servi. 

Depuis l'annonce de l'offre canadienne, Microsoft a démenti considérer sérieusement cette option. Ses experts semblent penser que, puisque Microsoft souhaite continuer à vendre ses logiciels sur le marché américain, une fuite vers le canada ne résoudra pas le problème. De plus, la firme serait soumise à de nombreuses amendes, à des sommations et des condamnations de toutes sortes, et sans pour autant être à l'abri des poursuites civiles engagées par des compétiteurs qui ont promis de ne pas la laisser en paix.
De plus, on ne peut pas vraiment dire que le Canada soit un paradis fiscal ou le paradis de la libre entreprise, d'autant plus que son gouvernement fédéral menace de s'associer à l'Union Européenne dans un éventuel et nouveau procès antitrust. 

Malgré tout, si l'on met de côté pour un instant la question de savoir ce que Microsoft pourrait avoir à gagner en s'installant au Canada, cette histoire nous rappelle la leçon centrale d'Atlas Shrugged. Dans ce livre, le personnage de John Galt, héros randien par excellence, est le leader d'une grève, celle des gens productifs et créatifs, la grève " des gens d'esprit ". Fatigués d'être constamment harcelés et persécutés par le pouvoir et par tous les vautours improductifs qui l'entourent, Galt suivit des capitalistes qui sont à la tête et à l'origine des compagnies fournissant tous les biens et services, progrès et innovations du pays, se réfugient dans un paradis caché. Sans ces producteurs de richesse, la société se détériore, les matières premières viennent à manquer, le système de distribution s'effondre, les famines pointent leur nez suivies du chaos social.

Si Bill Gates en venait, à son tour, à décider de faire pareille grève aux Etats-Unis et de s'enfuir au Canada, loin des abus du Département de la Justice, l'analogie serait presque totale. Les Etats-Unis et les consommateurs qui se plaignent aujourd'hui de Microsoft et la poursuivent opportunément en justice, auraient tout à perdre. De plus, tout ça a un vrai avantage: se dire que quelques soient les raisons de la province canadienne, elle se dresse contre le Département de la Justice Américaine, et offre une terre d'accueil, pour ne pas dire de refuge, à Microsoft déclarant ainsi que tous les gouvernements ne sont pas forcement d'accord avec les lois antitrust.

Véronique de Rugy

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