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Le
monopole est-il d'interêt national ?
Le monopole économique est aussi
catastrophique que l'isolement géopolitique. Il est
catastrophique pour la nation qui le pratique, il est donc
blâmable pour l'État qui l'impose et pour le gouvernement qui
le préserve, impardonnable pour la doctrine qui le justifie.
Ne croyons pas l'esprit de
monopole limité dans un certain temps historique. Il n'est pas
strictement contemporain de son horrible incarnation en Russie
communiste puis en URSS entre 1917 et 1991. Si instructive que
soit l'observation de ce monstre, et du mal qu'il a fait au
peuple russe et à toutes les nationalités opprimées de
l'Empire soviétique, il est loin d'être un fait unique dans
l'Histoire. Et le concept de "service public à la
française" apparu du fait de l'aile socialiste du Front
populaire en 1936, - et non sous l'influence des communistes, -
développé par les Ordonnances de 1945, puis par les
nationalisations de 1981 a été solennellement réaffirmé par
le Conseil d'État en 1995 sous l'influence de M. Marceau Long.
On étonnerait bien du monde en qualifiant ce dernier de
communiste ou en appliquant cette épithète à MM. Juppé et
Barrot dont les Ordonnances de 1996 ont constitué la plus
formidable nationalisation de l'Histoire. Roosevelt non plus
n'était pas marxiste quand il a promulgué le Social Security
Act de 1935 et mis en place son redoutable New Deal (qui se
solda, faut-il le rappeler, par un échec).
L'un des plus anciens monopoles
étatiques français remonte à 1692 quand un Édit de Colbert
protège la Poste Royale de la concurrence de tous les métiers
susceptibles de concourir à l'acheminement du courrier. En plus
de 300 ans ce monopole s'est révélé fort lucratif. Seuls les
deux exercices ont été déficitaires : l'année de
l'importance en France, de l'innovation anglaise du
timbre-poste, et bien entendu, l'année terrible
Cresson-Beregovoy. Non seulement le lucre a inspiré de tout
temps la mise en place des monopoles mais son accaparement par
les gestionnaires ne date pas d'hier. En Chine, le monopole du
sel et du fer fut instauré par l'État sous la dynastie Qin. Il
sera aboli sous les Han, sous la pression des lettrés
confucéens (pauvres) à l'encontre des (riches) partisans de
l'école légiste : c'est la célèbre " Dispute sur le Sel
et le Fer ", premier écrit libéral de tous les temps...
Ne croyons pas la France actuelle
inerte, exclusivement attachée à un combat d'arrière garde
pour préserver les monopoles d'hier. En effet la France
actuelle se bat assez clairement pour construire les monopoles
de demain. En ce sens l'analyse banale selon laquelle l'État
français serait " le dernier pays de l'Est " a
quelque chose d'optimiste. Tout d'abord parce que de très
nombreux États dans le monde sont ou bien demeurés dans le
système stalinien (Cuba, Vietnam, Corée du Nord et à certains
égards la Chine mais aussi de nombreux États africains) ou
bien partiellement infestés de forts substrats étatistes et
monopolistes. La France est le seul pays du G8, en clair la
seule grande puissance économique, à s'accrocher au
monopolisme. C'est plus grave parce que son apport "
idéologique " consiste à faire le lien entre les restes
staliniens et étatistes et à projeter le modèle vers l'avenir
!
Ainsi est apparu le concept
" d'opérateur historique ". France Télécom, SNCF,
EDF-Gaz de France, etc. sont des systèmes étatiques faussement
immergés, lovés comme de venimeux prédateurs dans
l'environnement concurrentiel. Divers " arbitres "
comme l'ART dans les télécoms, le CSA dans l'audiovisuel, et
tout simplement le gouvernement assurent la promotion par
d'importants avantages accordés à " l'opérateur
historique ". Il est remarquable de voir à l'œuvre les
bureaucraties syndicales, et principalement la CGT, qui tirent
une partie importante de leurs ressources propres de ces
avantages accordés aux " opérateurs historiques ".
Le circuit est donc :
1° Des transferts d'avantages,
au gré d'arbitrages étatiques, revenant à une subvention
déguisée aux ex-monopoles ;
2° Une partie de ces subventions
transitent, par exemple, par les œuvres sociales du comité
d'entreprise ou par d'importants effectifs détachés au profit
des centrales syndicales, organisations satellites, etc. Elles
aboutissent aux bénéfices des manipulations de l'idéologie
nationale ;
3° À leur tour, ces mêmes
" manipulateurs intellectuels ", chercheurs
subventionnés, etc. intoxiquent l'opinion française en lui
servant la fable de l'exception culturelle, du modèle français
de service public.
Voilà comment on en arrive à
faire croire aux Français que le monopole gazier, ou n'importe
quel autre serait éventuellement " d'intérêt général
".
Yves Saint Lot
EST-CE "LA FRANCE"
CONTRE "L'EUROPE" ?
La nouvelle brute a été
diffusée, pour une fois, dans tous les médiats français :
On apprenait, à Bruxelles, le 8
mai que La Commission décidait de saisir la Cour de Justice
pour non-transposition par la France de la directive gaz. Cette
transposition dans le droit interne français devait se faire
avant la date butoir du 10 août 2000. La directive
"Gaz" a pour objet d'ouvrir à la concurrence le
marché du gaz naturel dans l'Union européenne.
La directive d'ouverture à la
concurrence (directive 98/30 CE) du marché du gaz naturel de
l'Union européenne a été adoptée par le Parlement européen
et par le Conseil européen il y a près de trois ans, en juin
1998. La directive est entrée en vigueur le 10 août 1998 et
les États membres devaient la mettre en œuvre avant le 10 août
2000. La France a informé la Commission qu'un projet de loi à
cet effet a été adopté par le gouvernement français le 17
mai 2000. Toutefois, ce projet de loi n'est toujours pas adopté
par le Parlement français. Aucun calendrier n'a par ailleurs
été fixé pour son adoption.
L'absence de transposition de
cette directive par la France constitue un manquement à ses
obligations juridiques. La Commission a donc décidé de
poursuivre la France devant la Cour de Justice.
La Commission européenne
regrette qu'aucune base juridique n'ait été jusqu'ici adoptée
en France pour la mise en œuvre de la directive, malgré
l'appel unanime du Conseil européen de Lisbonne de mars 2000 en
faveur de l'accélération de la libéralisation du marché
européen de l'électricité et du gaz, et en dépit des
progrès réalisés par les autres États membres. Cette
situation handicape l'achèvement du marché intérieur du gaz
et la création de conditions de concurrence équitables.
Depuis l'entrée en vigueur de la
directive, tous les États membres ont mis en œuvre la
directive à l'exception de la France et de l'Allemagne.
L'Allemagne devrait achever la mise en œuvre de la Directive
dans les prochains mois. La Commission examine la situation
allemande afin de déterminer si des mesures supplémentaires
s'avèrent nécessaires.
En diffusant cette nouvelle, les
médiats français ne cherchent pas à faire savoir la vérité.
Ils transforment la vérité en mensonge : c'est la
caractéristique de la désinformation.
Où donc se situe dans cette
affaire la désinformation ?
La première désinformation
lancée par les médiats à propos du monopole de Gaz de France
consiste à faire croire que le litige oppose " la France
" à " l'Europe ".
Ceux dont la mémoire reste
encombrée de la littérature française ingurgitée de force
dans les lycées du monopole d'État se souviennent
éventuellement d'un passage célèbre des Châtiments de Victor
Hugo. L'incipit est connu de tous " Waterloo, Waterloo,
Waterloo, morne plaine ". Quelques vers plus loin le grand
poète lyrique que le monde nous envie décrit ainsi le choc
terrible de 1815 " D'un côté c'est l'Europe et de l'autre
la France ". Inutile de raconter la fin du film. Cela nous
évitera de remettre en cause un mot ordurier auquel est
attachée la mémoire de l'héroïque major général de la
Garde.
Puissent les petits écoliers
avoir cependant retenu, sinon les gros mots, du moins le danger
pour la France de se trouver comme en 1815 devant la conjonction
des principaux pays européens et de l'Europe elle-même.
Je crains ici que les très bons
élèves de l'École monopoliste, ceux qui sont passés par
l'École Nationale d'Administration aient retenu au contraire
qu'il est louable, pour un homme d'État français de rechausser
les bottes de Napoléon. Malgré Waterloo. Malgré Sedan. La
" culture " officielle retient les " citations
". Elle en ignore, volontairement ou non le contexte.
" D'un côté c'est l'Europe et de l'autre la France
", cet alexandrin décrit ainsi une position héroïque et
patriotique.
Elle ne leur semble pas une
catastrophe.
Nous voudrions dire avec force
que cette situation est catastrophique, tout simplement parce
qu'aucun monopole n'est d'intérêt national
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