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LA
NATURE DÉPENSIÈRE DE LA LOI SÉCU
Dès l’époque
où le futur plan Juppé apparaissait comme un projet concocté
sous la houlette du redoutable M. Bianco, puis du très
consensuel et très inepte M. Teulade, l’idée du vote par l’Assemblée
nationale de l’évolution des dépenses de Santé pouvait
être dénoncée comme une dangereuse lubie. Puis, est
intervenue la réforme constitutionnelle de 1996 inventant le
concept de loi de financement de la sécurité sociale.
Présentée elle-même au public comme un moyen de maîtriser
les dépenses de Santé, en même temps qu’une rigoureuse
application de la démocratie planificatrice, cette réforme
Juppé, suivie de la mise en place du fameux plan Juppé
aboutissait, bien évidemment, au contraire de ce que pensaient
ses promoteurs et ses défenseurs, notamment dans les partis et
les journaux de droite, que nous aurons la charité (toute
provisoire) de ne pas nommer ici.
En particulier le
fameux Ondam, sigle mystérieux désignant l’Objectif national
de dépenses d’assurance maladie, n’est pas autre chose que
le taux directeur “ voté par le parlement ” dont nous
avions relevé, en riant, la proposition qui semblait (alors)
totalement farfelue dans les propos du niais député socialiste
Belorgey en 1991. Dix ans plus tard l’utopie technocratique
ubuesque est mise en pratique comme si elle remontait aux Pères
fondateurs.
L’Ondam
entraîne divers effets. Par exemple son choix systématique en
faveur des budgets énormes et incontrôlables de l’hôpital
public explique la révolte actuelle des cliniques privées
contraintes pour la première fois de faire grève les 24 et 25
octobre. La seule distorsion public/privé est en elle-même un
facteur aggravant des dépenses maladie. Le secteur public,
systématiquement favorisé, appuyé par les syndicats, a droit
à des rythmes d’augmentation plus fort que le second. Et
grosso modo, on peut évaluer à 35 % le surcoût, pour la
Caisse nationale d’assurance maladie du traitement d’une
même pathologie dans un hôpital public par rapport à une
clinique privée.
Mais l’Ondam a
des effets plus globaux encore.
M. Juppé
croyait, contre toute l’expérience historique de toutes les
démocraties, dans tous les domaines, que le vote des dépenses
de Santé par une assemblée d’élus aurait nécessairement un
effet de restriction de la dépense. Tout au contraire, dans un
pays où la majorité des électeurs ne payent pas l’impôt
sur le revenu, et où la totalité des salariés est tenue dans
l’ignorance du poids réel des charges sociales, où les 2/3
des élus sont issus eux-mêmes de la fonction publique, et où
les mouvements antifiscalistes sont vilipendés, diabolisés,
marginalisés et/ou réprimés, la majorité est toujours
dépensière. On le constate chaque année depuis 1996 : les
dépenses budgétisées augmentent toujours.
On peut donc
observer sans surprise les manœuvres parlementaires autour de
la discussion en carton pâte à l’Assemblée nationale du
projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2002,
débat commencé dans l’indifférence générale le 24
octobre. Chacun sait qu’en cette occasion une tractation
misérable permettra même au groupe communiste de faire
semblant d’arracher une concession “ en faveur de l’hôpital
public ”.
Car le point
essentiel est que ce mécanisme institué par l’actuelle
opposition, nous le soulignons à nouveau, a bel et bien pour
effet, non pas de promouvoir la préoccupation de l’équilibre
financier du système, encore moins celle d’une gestion plus
rigoureuse du risque maladie au bénéfice des assurés, mais d’une
programmation budgétaire très classique de dépenses en hausse
continuelle. On peut en effet, dans une période où la nation
est persuadée qu’elle n’a pas d’ennemi, rogner les
dépenses militaires. On ne peut pas comprimer celles de l’éducation
nationale puisque “ donner des moyens à l’école ” c’est,
paraît-il, investir dans l’avenir. On peut encore moins
diminuer les dépenses de l’hospitalisation puisque “ la
Santé c’est sacré ”…
Regardez, sans y
consacrer trop de temps bien sûr, la chose est ennuyeuse,
comment votre quotidien présente les discussions parlementaires
sur le sujet et vous mesurerez sans difficulté combien
dangereuse a été la réforme de 1996.
On a
effectivement étatisé le système de sécurité sociale et
nationalisé le secteur de Santé, en France : un formidable
progrès du collectivisme dans notre pays ! Et, pis encore, les
politiciens français trouvent cela si bien que l’on envisage
de faire du Premier ministre de 1995 le Premier ministre de
2002, peut-être même jusqu’en 2007, comme si rien ne s’était
passé dans le monde….
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